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Culture en péril en Algérie

De Ouargla à Tébessa: Ces islamistes qui reprennent la main

A Ouargla, un concert de Rai a été annulé. À l’endroit, une prière collective a été organisée. Les conspirateurs de l'ombre évoquent des raisons farfelues de l'annulation; les jeunes de Ouargla ont besoin de travail, pas de concert de Rai. C'est compréhensible mais pourquoi organiser une prière collective dans ce cas? Il est clair que les auteurs de cette annulation ont une couleur idéologique: l’islamisme. Des islamistes toujours en embuscade pour profiter du malheur des jeunes pour opérer des récupérations politiciennes dans l’indifférence absolue des autorités. À Tébessa, ville de l'est du pays, même scénario, même auteurs, même mode d'emploi. Des jeunes qui organisaient une petite fête pour savourer un moment de joie ont été surpris par un groupe de barbus venus éteindre la sono leur ordonnant d'aller prier au lieu d'écouter les adeptes de Satan.

Même à Sidi Bel Abbes, capital du Raï s'il en est, un concert a été empêché à coup de jet de pierres!

Les pauvres gens sont la proie privilégiée de ces nervis en mal d'orgasme. Ils ne s'attaquent jamais au pouvoir politique. Ils ont peur de la matraque et de la prison. Et pour signifier qu'ils existent toujours et qu'ils n'ont pas renoncé à leur fantasme de république islamique, ils investissent les quartiers comme de redoutables caïds.

Et le pouvoir en place laisse faire. Cela arrange bien ses affaires. Tant qu'ils ne s'approchent pas d'El Mouradia et des quartiers qu'habitent la nomenklatura et ses enfants, on s'en f…On les laisse exister. Et puis, on a besoin des islamistes. La lune de miel entre les islamistes algériens et le pouvoir politique n'en finit pas et risque d'accoucher d'une nouvelle révolte monstrueuse. Au plus haut niveau du pouvoir, s’opère dans l'obscurité totale un autre épisode de replacement, d’arrangements claniques des futurs décideurs de cette pauvre Algérie.

Et pour détourner l'attention du peuple, on organise des concerts de Rai, puis, on les annule pour satisfaire les gardiens de la morale comme on a annulé le festival de la chanson Amazighe à Bougie. C'est le propre même des régimes totalitaires. "Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver », disait un lieutenant nazi.

On n'est pas loin. C'est juste les époques qui différent et les méthodes sinon, la tentation despotique est toujours la même, vivace et nous insulte, nous, qui rêvons d'un État démocratique et social, une république où le citoyen est maître de son destin, souverain dans ses choix, libre et libéré des chaînes de la dictature militaire ou religieuse. Au lieu de prier pour réclamer du travail, du logement et du développement local, il faut s'organiser politiquement pour clamer le changement. Dévisser ce modèle politique hyper centralisé qui a fait de ce paradis qui est l’Algérie, un enfer où brûlent les enfants du peuple.

Au lieu de prier et céder à la tentation théocratique, il va falloir s'ouvrir sur le monde. Un concert de rai n'est en rien responsable de notre malheur comme un festival de la chanson Amazighe n'est en rien responsable de nos ordures et incivisme. Les sept cent kilos de cocaïne se sont évaporés, semble-t-il dans nos cieux; nous les avons sniffés au point de perdre le nord pour river nos regards vers le sud.

Et alors qu'ils nous ont occupés avec leurs médias propagandistes  et les réseaux sociaux avec ces histoires, Merzouk Touati est à son vingt cinquième jours de grève de la faim et le procès de Salim Yezza est renvoyé aux calendres grecques. Prisonniers d'opinion dans une Algérie qui se meurt dans le silence. Allons-nous nous révolter pour conjurer ce mauvais sort ou laisserons-nous ce pays entre les mains de ces grabataires qui ont juré de la prendre dans leur tombe? Cinquante-six ans, ça suffit, non ?

Auteur
Salim Chait