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COMMENTAIRE

De quelle transition parle M. Macron ?

Alors que la situation du pays confine au désastre répété, M. Macron président d’une France aux prises à une terrible crise économique et sanitaire, vient au secours de son homologue, M. Tebboune, actuellement convalescent à l’étranger.

Dans son entretien paru ce vendredi dans Jeune Afrique, le président français s’est fendu de déclarations pour le moins hallucinantes sur l’Algérie. Il y fait montre d’un mépris insondable des aspirations du peuple algérien. Et des terribles réalités qui prévalent dans le pays.  

Commençons et prière de ne pas rigoler. Emmanuel Macron assure qu'il «fera tout ce qui est de son possible « pour aider le président Tebboune dans cette période de transition ». Le mot est lâché ! M. Macron parle de transition que les Algériens ignorent. En effet, en Algérie, il n’a jamais été dit qu’Abdelmadjid Tebboune gérait une "transition". C'est une révélation ! Selon la vulgate officielle, M. Tebboune est «président» et point barre.

Plus loin, il ajoute et insiste très sérieux : «Il faut tout faire pour que cette transition réussisse. Mais il y a un facteur temps important". Autrement dit, on doit laisser le temps et mettre entre les mains d’un chef de l’Etat,- dont l’élection a obtenu une participation ridicule,- le destin de tout un peuple sans rien demander en contrepartie !

Cynique M. Macron ? Manifestement oui.

Il y a des détenus d’opinion ? La répression ? La censure ? L’instrumentalisation de la justice ? Pas de panique sourit M. Macron. "On ne change pas un pays, des institutions et des structures de pouvoir en quelques mois", professe-t-il.

Le pays est dans un état de mort cérébrale ? Prière de patienter, conseille-t-il encore. 

Mais M. Emmanuel Macron ne s’arrête à ces vertueuses déclarations. Il soutient mordicus que M. Tebboune est « courageux ». Pourquoi M. Tebboune ne serait-il ? Et comment ? En mettant en prison des dizaines de manifestants pacifiques ? Le président français ne nous explique pas sa conception du courage !

Mais il y a un autre problème : le "président" dont parle avec emphase M. Macron est évacué vers une clinique allemande depuis presque un mois. Son état de santé et ses capacités à continuer à diriger le pays, interrogent beaucoup. Et les Algériens ignorent tout de son état de santé. A moins que M. Macron détienne des informations que nous ignorons ! Voire...

Le Hirak ? Il s’est transformé ! «Il y a eu un mouvement révolutionnaire, qui est toujours là, sous une forme différente ». Cette déclaration nous rappelle l’expression du « Hirak béni » chère à M. Tebboune. M. Macron suggère que l’équipe actuelle poursuit l'œuvre revendicatrice du Hirak !!! Reposez-vous vénérables marcheurs, M. Macron donne son onction à M. Tebboune. 

"Il y a aussi des choses qui ne sont pas dans nos standards et que nous aimerions voir évoluer", précise-t-il, sans détailler.

Faut-il s'étonner de ces déclarations  de soutien franc à un pouvoir répressif ? Bien sûr que non.

Rappelons-nous la fin crépusculaire du règne de Bouteflika et des déclarations de François Hollande au sujet de son état de santé et son "alacriité". 

Bien sûr, donc derrière cette élégante rhétorique se cache une volonté de soutenir un système politique en mort clinique mais qui arrange les affaires du pays de M. Macron. Il ne faut pas voir dans ces déclarations une expression d’amour ou de respect profond pour l’Algérie, bien au contraire. Mais une ambition de protéger les intérêts du pays qu'il dirige, voire une immixtion dans les affaires intérieures d'un pays souverain. Rien d'autres.

Auteur
Hamid Arab