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REGARD

Des actes... pas des slogans

"Le Hirak est entrepreneur."

Le Secrétaire d'Etat chargé de la communauté nationale et des compétences à l'étranger, a annoncé la semaine passée, «la création d'un portail électronique pour l'inscription de plus de 25.000 experts algériens à l'étranger en vue de leur intégration à l'effort national visant le développement du pays».

De telles élucubrations prêtent à équivoque. D’où sort-il ce chiffre ? Ce dont a besoin le pays, c’est d’un noyau dur de stratèges, pas de 25 000 présumés experts. En vérité, il s’agit de produire de l’intelligence économique. Après le Covid-19, c’est à un débat de survie économique que le monde est convoqué.

Plutôt que battre le rappel, sans vision ni objectifs, des diplômés expatriés, pas forcément tous experts, si on ouvrait la porte à l’intelligence économique ? C’est-à-dire constituer des cellules d’intelligence économique pour créer une stratégie de développement, des scénarios réalisables.

Ensuite, mobiliser des experts pour les mettre en œuvre. Car c’est surtout d’un mode opératoire dont on a besoin, sans être tonitruant. Dans ces affaires, la discrétion est de mise. Les guerres d’information existent, et même si on n’est pas dans cet univers, rien n’interdit de se doter de moyens.

L’intelligence économique détermine des rapports de force entre puissances. Le renseignement économique est incontournable quand on est producteur de technologie. La Chine, par exemple, est dans une logique de domination du monde, les routes de la soie sont des routes de conquête. Qui gagne quoi ? Est-ce qu’elles sont dans les deux sens ? A force de focaliser sur la géostratégie, on a oublié l’écostratégie. L’Algérie n’est pas dans cette situation. Mais cela justifie-t-il l’absence d’intelligence économique, même si le pays est un nain économique ?

S’informer est indispensable pour l’économie. Il faut du discernement et une capacité à gérer les contradictions. Seule une vision, une prise de risques et du pragmatisme sont sources d’efficacité et d’entrepreneuriat. Mais la Haute Administration tue l’entrepreneuriat. Elle fabrique des rentiers. L’Etat ne doit pas tout contrôler. Plus que de vouloir tout encadrer, il s’agit de s’associer, d’être partenaires. La légalité de l’administration ne signifie pas qu’elle soit légitime. L’entrepreneur prend des risques. Il n’y a pas déconnexion entre économie réelle et économie virtuelle. Si les services de renseignement ne sont pas orientés, ils ne seront pas efficaces pour affronter des forces plus puissantes.

Avons-nous une vision géo-économique, des Think-Tank, un ministère du développement économique pour transformer les mots en actes, et bannir ces administrations qui s’enlisent dans leur inertie, dupliquent les entraves bureaucratiques, les procédures compliquées, les délais d'autorisation trop longs, rendant rédhibitoire toute tentative de création d’industries ? Cela exige un capital de savoir-faire. Il faut penser et agir. L’Etat doit être créateur de solutions plutôt que fabrique de problèmes.

D’un autre côté, la vocation universitaire a entraîné un affaiblissement de la formation professionnelle. Sans parler de la formation agricole en mutation profonde. De nouveaux pays industrialisés ont modifié les données de la concurrence internationale, obligeant à un inventaire des faiblesses pour développer leur capacité à réagir, changer la façon de penser et la manière d'agir. Au-delà des enjeux politiques internes, il y va du devenir d’une nation.

Pensons à agir pour ne pas se faire détruire. Mobiliser les compétences locales c’est libérer un potentiel de création. Mais avant cela, il faut en finir avec la horde des voleurs, des corrompus et des bureaucrates-rentiers. L’entrepreneur sait qu’il prend des risques, il n’est pas un rentier.

En ce sens, le Hirak est aussi entrepreneur, il prend des risques, il avance, il crée. Il a porté des fruits. Le Hirak est un acte, pas un slogan !

O. B.

Auteur
Omar Benbekhti