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Tribune

Des limogeages de généraux et des questions en suspens

Depuis deux mois, on apprend par le biais de médias nourris aux “sources sûres” non identifiées, voire par des communiqués qu’il a été mis fin aux fonctions de certains chefs civils ou militaires qui occupent des postes importants dans la hiérarchie des institutions de l’Etat depuis plusieurs années voire décennie. Ce qui devait passer pour normalement anodin est dévié par lecture politique.

Paradoxe du paradoxe !!! où est l’alternance ?

Pas moins de sept généraux-majors et non des moindres ont été débarqués sans la moindre explication officielle. Un exploit unique ! Ce peuple que les autorités glorifient souvent n'a-t-il donc pas le droit de savoir ce qui se passe ? Car le silence risque de laisser la place aux rumeurs les plus folles !

En effet, dans les discussions quotidiennes, chacun ‘’dénonce’’ le fait que plusieurs chefs sont indétrônables et indéboulonnables et sont souvent confondus avec les postes qu’ils occupent. Cette longévité aux postes est imputée, à tort ou à raison, aux relations qu’ils ont su nouer avec ceux qui détiennent le « pouvoir » mais dès qu’il est mis fin à leurs fonctions on fait exactement une lecture contraire : la nouvelle décision est critiquée. Et à défaut d’explication officielle, on se met à couper les cheveux en quatre !

Bon sang de bon Dieu ! Et la Raison dans tout cela est-elle au rendez-vous ? A-t-elle déserté les cerveaux ? Ce qui devrait passer pour une chose normale, anodine revêt un caractère éminemment politique. On voit partout les mains des clans, de mafias, de puissants du système (au fait c’est quoi ce machin ?) et parfois des mains étrangères (la belle affaire !) qui interférent afin de mettre fin aux fonctions de ces personnes qui se confondent avec leurs fonctions. C’est un imbroglio constitué de la chose et de son contraire, sans lecture claire possible.

Ceci est-il sciemment créé pour susciter des polémiques et des ‘’analyses’’ dans un brouillard politique sans lendemain : occuper seulement une certaine presse avide d’informations dans cet environnement politique bien verrouillé.  

Généralement les lectures faites par certains experts autoproclamés volent au ras des pâquerettes car elles tiennent compte de certaines données qu’ils jugent… politiques alors qu’elles doivent être considérées dans un autre contexte plutôt logique et raisonnable d’évolution de carrières : apport de nouvelle vision et stratégie, droit à l’alternance (pour éviter de faire des racines), transparence, démocratie, préparation de la relève (accès des jeunes aux postes importants), etc. Mais que nenni !

Les lecture politiques phagocytent tout et nuisent considérablement à la marche raisonnable des affaires de l’Etat. Le manque de communication est terrible car les tenants de la décision informent souvent mais ne communiquent pas. C’est ce qui manque terriblement à cette (notre) société qui patauge dans un système hors d’âge, et dans une logique (la leur) floue.

La gérontocratie aux affaires

La jeunesse, fine fleur de demain, est ignorée. Elle est déclarée incompétente par une frange de décideurs qui ne veulent pas quitter les arcanes du pouvoir, et qui dénonce les dépassements ou incongruités causés par eux : ils viennent au secours des désastres qu’ils ont générés. Cette politique de castration ampute la société de ses compétences avérées tout en dénonçant le contraire. C’est le cas de celui qui a un véhicule bolide entre les mains et qui freine sec et accélère en même temps ; ce qui engendre des ronflements du moteur et des tours en rond et sur place. On n’est pas à l’abri d’accident.

Les incohérences font légion dans un pays sans repères apparents. Lorsqu’un ministre déclare qu’un prix Nobel ne sert pas l’Université algérienne, lorsqu’un autre dit, après l’annulation d’un concert à Ouargla par une frange d’illuminés qui ont transformé un théâtre de verdure en lieu de prière, que dans ‘’un pays qui se respecte’’ ces gens sont passibles des tribunaux, il y a de quoi avoir froid dans le dos et on est pris de panique car cela ouvre les portes à toutes les médiocrités et autres dépassements.

Un responsable officiel et politique ne reprend pas le discours du peuple, il doit l’écouter, le décortiquer et prendre les mesures qu’il faut pour régler les problèmes posés. L’infantilisation absurde du peuple peut à n’importe quel moment se retourner contre ses initiateurs. La peuple a besoin d’être informé dans les détails des situations à travers une communication objective et éviter ces situations d’autistes dont font preuve certains responsables qui ont cessé la communication avec le peuple.

Aérez les cerveaux et débridez-les ! à force de comprimer les comportements, on risque l’éclatement et à ce moment-là c’est nous tous qui risquons de péricliter au risque d’entraîner l’essentiel : le pays.

Encore faisons appel à la Raison et au bon sens, communiquons et restons à l’écoute car l’écho n’est pas toujours semblable au signal réel, il est plein de bruit. Le géni réside dans le tri entre le bruit et le signal.

En l’absence de communication, le pire est à redouter car lorsque le présent est douloureux et l’avenir incertain, on ne peut que s’attacher aux promesses messianiques des prophètes des temps nouveaux (paraphrase de feu Rachid Mimouni).

Auteur
Arezki Zerrouki