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COMMENTAIRE

Dialogue : Il est temps que l'institution militaire se contente de jouer son rôle

L'instance de dialogue et de médiation a été désavouée par la dernière sortie de Gaïd Salah..

Le premier qui a jeté l’éponge  est cet expert financier qui a accepté de faire partie du panel du dialogue, Smaïl Lalmas, quelques heures seulement après le discours d’Ahmed Gaïd Salah, lors d’une cérémonie spécifique à l’activité de l’institution militaire. 

On apprend par ailleurs que le coordinateur censé coacher ce groupe a le moral à plat. Pourquoi ? Parce que le vieux général qui a béni ce panel en regrettant ses préalables qu’il considère comme des « diktats »  semble décourager les membres de ce panel donnant ainsi la preuve que c’est l’armée qui décide et toute parole qui sort de la bouche du chef des armées fait force de loi. Sinon en quoi peuvent-ils être concernés par le point de vue exprimé par le représentant d’une des institutions de l’Etat qui n’engage qu’elle. 

Dans la logique des choses, ces membres ont pris contact avec le président par intérim, légitime ou pas, il engage de facto la république démocratique et populaire dont il a la charge pour le moment jusqu’à l’élection d’un nouveau président. 

Ils ont ensemble passé en revue la situation politique en Algérie, ils ont convenu ensemble de créer un climat serein pour le déroulement de ce dialogue entre Algériens et sans la présence ni du pouvoir civil encore moins celui militaire. 

Pour ce faire, des mesures d’apaisement se sont avérées nécessaires en ce qui concerne les arrestations pour délit d’opinion et l’allégement des mesures sécuritaires lors des manifestations  des mardis et vendredis, voire même l’instruction de la police pour ne plus procéder à des arrestations de trop. Le chef de l’Etat a trouvé tout ceci raisonnable pour faciliter la tâche de ce panel de dialogue afin de venir à bout de cette crise dont les conséquences à court termes sont incalculables aussi économiquement que socialement.

1- Avant l’autodissolution, il faut revenir au chef de l’Etat

Sur le plan constitutionnel dont la stricte application est chère à l’institution militaire, le représentant de l’armée même membre du gouvernement n’a pas le droit encore une fois constitutionnel de s’exprimer de la sorte sur une trajectoire de la politique générale du pays. Quand bien même, étant donné les circonstances de la crise dans laquelle est plongée la nation, il le ferait d’une manière discrète restreint à son secteur sans pour autant faire un tapage médiatique. Maintenant dans le cas où l’armée désapprouve le pouvoir civil dans ses engagements pour des raisons qu’elle juge d’Etat, qu’elle l’enlève par un coup d’Etat  et prenne le pouvoir pour qu’elle soit interlocuteur direct et qu’on en finisse. 

En tout cas, ses sorties verbales semaine après semaine ne donneront rien et mèneront certainement à une impasse extrêmement dangereuse pour le pays peu importe l’option prise : présidentielle ou transition. 

2- La bipolarisation qui se précise n’est en aucun cas une entrave pour le dialogue

Du moins ce que semble croire l’institution militaire en écoutant son représentant. Après la feuille de route de sortie de crise du 6 juillet dernier initiée par le forum de la société civile, lequel forum avait avancé une liste de 13 personnalités, d’abord  nationales mais issues de différents milieux à savoir : politique, économique, historique, universitaire, culturel, social et sociétal. 

Cette liste a fait l’objet d’une polémique mineure sur la forme mais globalement acceptée dans son contenu qui prône un dialogue sous certaines conditions bien entendu. La réaction de certaines personnalités comme Mouloud Hamrouche et Djamila Bouhired concernaient dans son fond, ces préalables pour aller vers un dialogue sérieux, productif et surtout inclusif. 

La semaine d’après, c’est au tour des «Forces de l’alternative démocratique » qui se sont réunies pour clarifier leur position et ont appelé à une rencontre nationale le 31 août prochain en vue d’élaborer une feuille de route pour sortir de la crise que « traverse le pays ». Début juillet, c’était au tour des « forces de changement » qui avait proposé une solution fondée elle-même sur le dialogue inclusif. 

En somme, les solutions se clarifient et les divergences se précisent ; ce qui peut constituer un grand pas vers une sortie de crise véritable. 

On arrive aujourd’hui à distinguer clairement le contenu des positions des uns et des autres. Certaines portant sur l'impératif de fixer un agenda pour l'organisation de la prochaine présidentielle dans les plus brefs délais et d'autres proposant une feuille de route élaborée conformément au processus constitutif dans le cadre de la période de transition, et toutes s'accordent à faire du dialogue une priorité. On peut tout de même relever que les préalables à ce dialogue pour défricher les feuilles de route afin d’arriver à une plateforme, ne diffèrent pas les uns des autres. 

L’ensemble des forces politiques toutes tendances confondues revendique l’apaisement vis-à-vis des libertés publiques et la liberté d’expression. Parfois un peu percutante même  en exigeant comme préalable à tout dialogue «la libération immédiate et sans conditions des détenus d’opinion, le refus purement et simplement de dialoguer avec les deux « B » et tous les symboles du système dont on veut se débarrasser coûte que coûte.»  

Ces forces  sont aussi unanimes quant à l’application des articles 7 et 8 de la constitution pour exercer la souveraineté du peuple et disposer de la liberté  de la déléguer à l’institution nationale de son choix. 

Le Pouvoir de son côté a exprimé et à maintes reprises, sa disponibilité pour ce dialogue. Le chef de l'Etat, Abdelkader Bensalah dans ses différentes interventions salue ces initiatives et  prône un dialogue dont il s'est engagé à confier la direction à des personnalités nationales indépendantes et crédibles, assurant que l'Etat avec toutes ses institutions, ne sera pas partie prenante, mais servira uniquement de pourvoyeur logistique. 

Pour lui « ce dialogue est urgent, parce que le pays doit recouvrer au plus vite sa normalité politique et institutionnelle » Il se trouve qu’en même temps il balise le contour «l'organisation de l'élection présidentielle reste la seule solution démocratique viable et raisonnable.» 

Dans tous les communiqués de ces initiatives de sorties de crise, tout porte à croire qu’on se dirige directement vers l’essentiel en évacuant  les surenchères et les escalades verbales d’une partie comme de l’autre. Donc en termes simples, il est grand temps que l’institution militaire joue son rôle d’accompagnateur sans s’y impliquer pleinement comme elle le fait et surtout s’abstenir de ce jeu paradoxal semaine après semaine

   

Auteur
Rabah Reghis
 

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