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PUBLICATION

"Didouche Mourad, le fin stratège de la Révolution algérienne" d'Abdelaziz Boucherit

Même si le temps efface tout. Même, si le destin des hommes est condamné à l’oubli dans les méandres indolores d’une éternité sans fin. Il y a, pourtant, des moments de magnificence que le souvenir doit garder en brandissant haut et fort l’abnégation et l’exemplarité.

Forger et nourrir une personnalité saine des générations futures passe par le maintien de la mémoire commune qui instruit sur l’altruisme pur des hommes. L’avenir d’une nation ne peut se construire, durablement, qu’à travers les faits et les actes méritoires de ses propres enfants. Certes, rien ne résiste au temps et rien ne résiste, non plus, à l’émergence de la vérité. Même si, on annonce au préalable, avec raison, la fatalité inéluctable du sort tragique et éphémère de la nature humaine. Didouche Mourad fut l’un des fils illustres de la nation algérienne naissante. Il s’y donna corps et âme pour entraîner, malgré son jeune âge, derrière lui des hommes de courage pour libérer son peuple.

Pourtant, Didouche Mourad fut, délibérément, placardisé dans les dédales de l’oubli. Il n’y a pas plus terrible épreuve qu’un martyr qui est injustement chassé de la mémoire de son peuple. Sans la persévérance, d’Abdelaziz Boucherit qui mit tant d’acharnement pour recoller les morceaux du parcours, de Didouche Mourad, parsemé d'embûches et en même temps de fragments d’un génie éclatant ; son image serait écornée et son histoire perdue à jamais. Ça aurait été une blessure béante sans commune mesure et une amputation de la vérité de l’histoire, déjà phagocyté, de l’Algérie. 

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Qu’évoque aujourd’hui, pour le peuple algérien Didouche Mourad ? Que reste-t-il de son combat ? La jeunesse algérienne connaît-elle la prééminence et les causes de ses luttes politiques ? Le sacrifice de sa vie, à la fleur de l’âge, pour voir l’Algérie se construire autour du concept de l’Algérie algérienne. Un fondement fort, de la personnalité algérienne, qui puise dans les ressources propres de sa culture millénaire. Et, mettre les bases pour construire une société algérienne moderne et pérenne.

Son sacrifice a-t-il encore un sens dans un pays qui passe son temps à revendiquer les identités d’ailleurs au détriment de la sienne ? Sans cesse en course pour se presser d’imiter, comme un clown, les vicissitudes cocasses et triviales des autres. Toujours, encore, à la recherche d’une personnalité perdue depuis belle lurette. Autant de questions pertinentes posées, encore à nos jours, avec leurs caractères obsédants. Et, auxquelles, Abdelaziz Boucherit, a tenté d’apporter quelques réponses à travers son remarquable ouvrage. 

Cette biographie se veut « une histoire complète du martyr Didouche Mourad » et l’auteur s‘y est attelé avec passion, avec pour seul but, de rendre visible l’engagement précoce et éperdue de ce jeune qui sortait à peine de l’adolescence. La description émouvante, de l’auteur, des champs Kabyles avec l’attachement atavique de la famille Didouche à sa terre. Et, son exil forcé, par le colonialisme, vers les hauteurs d’Alger au début du vingtième siècle, nous renseigne sur les drames endurés par le peuple algérien. M. Boucherit nous retrace le parcours hors norme d’un jeune homme exceptionnel né à El Mouradia, rue de Mulhouse le 15 juillet 1927.

Mourad Didouche fut le grand animateur parmi les chefs historiques. Il était en rupture de ban avec les messalistes et les centralistes du MTLD. Les chefs historiques décidèrent, dans une clandestinité totale et un secret absolu d’engager la lutte armée. Ils étaient peu nombreux et démunis de moyens, mais déterminés à aller jusqu’au bout de leur engagement. Pour la première fois, dans les annales de l’histoire de l’Algérie, ils réussirent, la main dans la main, à lancer les hostilités à travers tout le territoire national.  Ils partirent à la conquête de l’indépendance du pays avec les mains nues. Celui, parmi les chefs historiques, qui se donna la peine avec une foi révolutionnaire inébranlable fut, sans conteste, Didouche Mourad. A.Boucherit le clame haut et fort, parfois avec une certaine apologie : Didouche était le plus motivé, le plus « exalté » et sans aucun doute le moins calculateur. Sa perspicacité et son intelligence faisaient oublier son extrême jeunesse. Il avait aussi de l’ambition, d’égalé son statut à celui de Mao Tsé Toung ; le Mao Tsé Toung algérien se disait-il. Il rêvait en silence de prendre, un jour, la direction et le contrôle de la totalité des combats militaires à travers tout le pays.

Hélas, l’aigle fut tué en plein vol en ce funeste jour du 18 janvier 1955. Or celui dont les statues et les portraits devraient orner les bâtiments publics, et trôner en bonne place dans les livres d’histoire algériens, est totalement oublié, méprisé par les relents cyniques d’une caste qui mit à genoux les ambitions de liberté d’un peuple qui venait juste de délier les mains du joug colonial.

Gageons que ce livre lavera enfin ce terrible et honteux affront. Car, en plus d’être particulièrement bien écrit, il est extrêmement bien documenté. Par ailleurs, M. Boucherit a énormément de mérite car comme il le dit lui-même il n’y a presque rien sur Didouche Mourad en Algérie, comme si on avait voulu effacer son aura immense planant sur les prémices de la Toussaint 1954. Je rends par conséquent hommage à l’auteur, seul écrivain algérien, qui par sa ténacité et son travail méticuleux a réussi à sortir de l’oubli ce personnage extraordinaire et ouvrir la voie à d’autres investigations passionnantes.

 

Auteur
Azar N-Ath Quodia 
 

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