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POLEMIQUE

Drapeau amazigh ou drapeau de la discorde ?

Le drapeau ou l’emblème national est le symbole cardinal pour toute nation. En temps de paix et à la première heure de chaque matin, toutes les armées du monde se mettent au garde-à-vous pour le lever et le saluer.

En temps de guerre, il est porté par les fantassins dans les premiers rangs des champs de bataille. L’article 6 de la constitution algérienne stipule que « l'emblème national et l'hymne national sont des conquêtes de la Révolution du 1er novembre 1954. Ils sont immuables ». Cet emblème aux couleurs vert, blanc et rouge, symbolise le sacrifice d’un million et demi d’Algériens, l’indépendance, la renaissance et l’unité de la nation algérienne amazighe.

Depuis le 22 février, un drapeau que la plus grande partie des Algériens ne connaissaient pas, a fait irruption sur tout le territoire national, dans les médias et sur les écrans de télévisions. Présenté pendant les premiers jours de la révolution par ses sponsors, comme le drapeau amazigh, il fût alors adoubé par les Algériens assoiffés de se ressourcer dans leur culture millénaire. Heureux et pressés de sceller leur retrouvaille avec l’histoire de leurs ancêtres, ils se sont posés peu de questions. Depuis quelques semaines, leur élan pour ce drapeau a laissé place à la réserve.

En effet, une surenchère provocatrice de la part de parties déboussolées, déracinées, guidées et financées par des officines connues pour leur haine viscérale et épidémique envers le peuple algérien, a déclenché chez la grande majorité d’Algériens un réflexe de doute et de questionnement. Cette surenchère s’exprime par des déclaration irresponsables et par le nombre constamment croissant de ce drapeau, que ces parties font flotter par des manifestants crédules. A tel point, que quelques fois, en Kabylie, on se pose la question, pourquoi le drapeau national est-il devenu invisible?

L’autre question que beaucoup de citoyens se sont posés est: que fait un drapeau, supposé être identitaire, dans des manifestations hautement politiques ? La très grande majorité des Algériens ignore l’histoire et l’origine de ce qu’on appelle le drapeau kabyle, berbère ou amazigh. Essayons donc d’y apporter un éclaircissement.

Le drapeau caractérisé par le symbole amazigh de l’homme libre a été conçu dans les années 1970 – à un moment de fortes tensions entre l’Algérie d’une part, et la France, le Maroc et Israël, en raison de la nationalisation des intérêts pétro-gaziers français en Algérie et du soutien de ce dernier pays aux causes palestinienne et sahraouie, d’autre part – par feu Mohand Arab Bessaoud, un militant kabyle berbériste, qui fut dirigeant et membre fondateur de l'Académie berbère, créée en 1966, à Paris, sous l’orientation et l’impulsion de Jaques Bénet (1), un Français que certains accusent d’avoir été proche des services secrets français et du Mossad.

La création du drapeau kabyle – et non amazigh, puisque tous les activistes étaient kabyles et focalisaient leur militantisme exclusivement sur la Kabylie – répondait à une nécessité stratégique d’essence séparatiste (sans drapeau, il n’y pas de pays et sans pays, il n’y a pas de scission), déjà couvée à partir des années 1960 avec l’aide bienveillante des réseaux de l’Algérie française, qui considéraient – à tort ou à raison – le mouvement berbériste comme un allié stratégique qu’ils pourraient facilement manipuler pour affaiblir l’Algérie et briser son développement impulsé par feu Houari Boumediene.

Malgré les efforts et moyens considérables mobilisés, la stratégie séparatiste n’a pas apporté les fruits tant escomptés par ses incubateurs – puisque les Kabyles, en grands patriotes algériens, refusant de se laisser enfermer dans un ghetto montagneux, ont toujours considéré toute l’Algérie comme leur patrie – mais elle a semé les graines de futures récupérations, manipulations et déstabilisations. Ce sont ces graines qui donneront plus tard naissance à beaucoup de mouvements berbéristes, dont le parti indépendantiste, le MAK, de Ferhat Mehenni. Ce dernier, il faut le rappeler, entretient des relations denses avec certaines officines étrangères. Comme Mohand Arab Bessaoud (2), il est aussi un fervent défenseur d’Israël.

Le drapeau que certains Algériens hissent au-dessus des foules chaque vendredi, est donc loin d’être seulement un symbole du combat amazigh, comme essayent de nous le suggérer ses sponsors, mais représentait initialement le symbole d’une revendication séparatiste. C’est d’ailleurs ce drapeau qui fût longtemps brandit par les séparatistes du MAK avant qu’ils décident pour des raisons qu’eux seulement connaissent de confectionner un autre drapeau, pour les besoins de leur prétendu gouvernement provisoire.

Pour éviter tout amalgame et tout risque de récupération hasardeuse, qui pourraient mettre en danger la révolution du 22 février et l’unité de la nation, il parait plus pertinent, d’une part, de continuer à exprimer pacifiquement les revendications amazighes légitimes dans le cadre de la rénovation de la république novembriste et du changement du système prédateur perpétré depuis Chadli, et d’autre part, d’éviter de valoriser un drapeau – créé dans des conditions louches avec l’objectif probable de marchander l’unité des Algériens – en s’abstenant de le hisser lors des manifestations. Ceci, ne devrait pas nous empêcher de continuer à débattre et à dialoguer en vue de créer des étendards amazighs authentiques, symboles culturels de l’identité millénaire de tous les peuples de la région de Tamazgha, que nous utiliserons à l’occasion d’évènements et de fêtes appropriées, comme le font les nations civilisées. Mais toujours avec la devise sacrée et ancrée dans la constitution: l’emblème national et l’hymne national sont immuables.

Le combat amazigh doit être avant tout un combat socio-politique avant d’être linguistique. Il est celui de la liberté, de la démocratie et de la justice sociale, qui représentent le socle de notre culture millénaire et celui de notre gêne social. Donc, concentrons-nous sur les vrais enjeux pour réussir le changement avec comme bannière, l’unique emblème national, celui de nos valeureux martyrs et de tous les Algériens, et non celui que le MAK et les séparatistes ont revendiqué pendant plusieurs décennies 3), 4).

Bouabsa, Hocine-Nasser, PhD, chef d’entreprise et analyste.

1) « Si les Berbères, mes frères, devaient un jour se souvenir de moi au point de vouloir honorer mon nom, je leur demanderais instamment de lui associer celui de Jacques Bénet, car sans l’aide de ce grand ami des Berbères, mon action en faveur de notre identité n’aurait peut-être pas connu le succès qui est le sein ». Mohand Arab Bessaoud à propos de son mentor, Jacques Bénet.

2) Voir la lettre envoyée par Mohand Arab Bessaoud à feu Houari Boumediene et publiée le 07 Juillet 1967 dans laquelle, il reprochait à ce dernier de vouloir « constituer un front arabe contre le petit et vaillant peuple d’Israël ».

3) Déclaration de Ferhat Mehenni du 24.06.2019 : « Le drapeau le plus visé par cette déclaration de guerre est celui de la Kabylie, symbole de l’aspiration du peuple kabyle à l’indépendance. Sa présence dans les manifestations est si défiante pour le pouvoir algérien que celui-ci avait fini par accepter, à contrecœur et pour quelques temps seulement, que les manifestants brandissent le drapeau amazigh en lieu et place du nouvel emblème national kabyle. Il faut rappeler que le drapeau amazigh était, jusqu’à l’apparition du drapeau kabyle (avril 2015), celui des indépendantistes kabyles. »

4) http://aokas-aitsmail.forumactif.info/t17275-drapeau-amazigh-dominant-la-ville-de-melbou-place-par-les-militants-du-mak

(*) L'opinion publiée ci-dessus n'est pas celle du Matin d'Algérie

Auteur
Bouabsa, Hocine-Nasser (*)