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REGARD

Du bleu à l’âme

"Il est des victoires qui exaltent, d'autres qui abâtardissent. Des défaites qui assassinent, d'autres qui réveillent." Antoine de Saint-Exupéry

Voilà que les Suisses sont sortis à leur tour de l’Euro de football. Dans le choc de ces quarts de finale, les Helvètes n'ont pas fait le poids contre l'Espagne. Ils étaient heureux d’avoir mis l’équipe de France sur la touche et d’avoir mis fin aux rêves des supporters français de voir leur équipe nationale décrocher le titre européen. La France ne pourra pas réitérer l’exploit d’être coup sur coup championne du monde et championne d’Europe comme elle l’avait fait il y a une vingtaine d’années. Didier Deschamps a réussi pourtant cette prouesse en tant que capitaine de son équipe lors du passage du vingtième au vingt-et-unième siècle. Autres temps, autres mœurs…

La branlée face aux voisins suisses, inenvisageable avant la tannée et aberrante après la raclée, est restée coincée dans la gorge de tous les fanatiques de l’équipe tricolore. L’entraîneur a pourtant expliqué maintes fois qu’il avait fait de la cohésion du groupe et de la robustesse du collectif les valeurs fondamentales de sa démarche.

Des caractéristiques qui ont fait apparemment défaut à des champions du monde qui avaient plutôt l’air d’une armée en déroute – tout l’inverse de ce à quoi nous nous attendions : une équipe à l’allure fatiguée, des personnalités sans grande consistance, une ligne défensive friable, une attaque désordonnée malgré les noms qui la composaient… 

Les indiscrétions qui fuitent petit à petit de ce vestiaire si peu olympien nous expliqueront le peu d’engouement des sélectionnés pour aller plus loin. Les chamailleries incessantes de Karim Benzema et d’Antoine Griezmann, les blagues hasardeuses de Paul Pogba, tout cela donnera des explications sur la cause de l’équipe de France qui n’a pas su garder son avance de 3-1 à quelques minutes de la fin du match.

Tout le monde le sait : on pardonne tout aux vainqueurs alors qu’on n’est pas indulgent avec les vaincus. Inutile de préciser que la débandade a été collective alors même que certains voudraient faire porter le chapeau de la défaite au seul membre de cette équipe qu’il faudrait remercier pour son jeu sans égal, sa droiture et sa gentillesse : Kylian M'bappé. Surdoué avant l’âge, adulé par tout un peuple, il est désormais traîné dans la boue pour un pénalty qui a permis aux suisses de gagner. Il faut absolument raison garder et ne pas brûler aujourd’hui ce que nous avons adoré hier.

Les Bleus sont rentrés bredouilles et il n’y aura ni accolades ni étreintes à Paris et ailleurs en France. Les Champs-Elysées ne connaîtront aucune nuit chaude.

*Ce n’est, en fin de compte, pas plus mal que des regroupements de plusieurs dizaines de milliers de jeunes n’aient pas lieu au moment où un nouveau variant appelé Delta pénètre en force dans les cages françaises, thoraciques cette fois.

Auteur
Kamel Bencheikh, écrivain