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REGARD

Du régime et de ses sombres raisons

Peut-on parler d'élection quand 220 Algériens sont placés en détention pour leurs opinions ?

Une étrange sinistrose traverse le camp républicain comme une bestiole sournoise, alimentant un débat angoissé : les islamistes seraient donnés grands gagnants des "législatives" du 12 juin.

La faute, on le devine, à ceux qui s'apprêtent à boycotter le scrutin ! Il fallait y penser : tout Algérien qui bouderait le vote aura donc participé à la félonie. Bande d'inconscients que nous sommes !

Depuis quand tient-on compte des voix exprimées et non exprimées dans nos consultations électorales ? Si tel était le cas, nous serions en démocratie et il n'y aurait nul besoin de boycotter le vote.

Alors, aller voter pour barrer la route aux islamistes ? Grosse blague. Nous sommes bien en face d'une grossière opération de propagande : inciter les Algériens à voter afin d'éviter une forte abstention qui mettrait en évidence l'impopularité du régime, aux yeux du monde.

Pour le reste, cette élection du 12 juin ressemblera à toutes celles qui l'ont précédée : une grande parodie portée par les moyens de l'Etat et les médias de connivence.

L'Algérie n'a pas changé pour ce 12 juin. Elle est toujours cette patrie du faux-semblant. On y organise des élections à satiété, mais elles n’assurent aucune alternance ! Elles ne feront que légitimer le pouvoir en place. L’important est que les médias en parlent…

Cela dit, pour de sombres raisons, le régime pourrait être tenté de nourrir le projet d'introniser les islamistes, mais il n'a pas besoin d'en imputer la responsabilité aux boycotteurs. Après tout, certains décideurs pourraient voir dans la République islamiste, une exceptionnelle opportunité de se régénérer : elle n’est rien d’autre qu’une joumloukia « Républimonarchie » à masque religieux. On y retrouve, en effet, la possibilité de gouverner sans partage sous le couvert du même formalisme que celui des Joumloukia arabes (promulgation d’une constitution, tenue d’élections régulières ou statut de « citoyen » magiquement octroyé aux sujets de l’État despotique…) auquel s’ajoute le couvert de Dieu !

Le pouvoir n’y émane pas de la volonté du peuple mais de celle d'un souverain pontife (semblable à celui de Qom) ou d'un clergé tout aussi inamovible et aussi infaillible que celui de Rome, à la fois, dépositaire, gardien et seul interprète de la parole de Dieu et de la tradition de Médine.

La République islamiste ne sépare donc pas les pouvoirs et ne les répartit pas. Elle les unifie et les concentrent dans les mêmes mains. Il n’y a pas de transmission héréditaire nous dira-t-on. Oui mais il y a transmission au sein du même clan" Ici aussi, il importe peu que le successeur vienne du milieu du renseignement, d’une caste militaire ou d’une école religieuse, l’essentiel est que le peuple en soit exclu.

Même dans cette éventualité du pire, les Algériens, en refusant de se prêter à une plaisanterie électorale, n'auront trempé ni de près ni de loin, dans la forfaiture

Auteur
Mohamed Benchicou