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REGARD

Du sens du patriotisme en Algérie 

Hier, au lendemain de l’indépendance, les jeunes immigrés de seconde génération préféraient aller passer un dur service militaire de 2 ans en Algérie plutôt que de renoncer à leur nationalité algérienne.

Ils mettront un point d’honneur à honorer le combat de leurs parents pour l’indépendance de leur pays même si, déjà, l’Amicale des Algériens en Europe n’avait plus rien à voir avec la Fédération de France de leurs parents. Ils participeront sans rechigner à l’édification du barrage vert dans le Sud algérien dans les pires conditions ou à la construction des villages socialistes. 

Certains refuseront même de prendre la nationalité française comme Rachid Taha qui mourra avec sa carte de séjour de travailleur immigré algérien !  On se souvient de son engagement lors de la loi Stoleru, adoptée sous le mandat de Giscard d’Estaing qui incitait les travailleurs immigrés à quitter la France et rendre leur carte de séjour pour 10 000 francs pour solde de tout compte.  Les jeunes militants de l’émigration traduiront en termes simples cette loi : « Prends 10 000 balles et casses-toi ! ». 

A l’époque, c’est-à-dire durant les années 60 à 80, certains de ces jeunes iront même faire leurs études en Algérie, s’y marieront et y feront leur vie. Le détournement par François Mitterrand de leur combat légitime pour l’égalité en France, symbolisé par la marche des beurs de l’été 1982, y sera pour quelque chose aussi. 

Aujourd’hui, Monsieur Samir Chaabna, député représentant la communauté algérienne en France, nommé ministre délégué à la communauté nationale à l’étranger, préfère renoncer à cette haute fonction plutôt que de renoncer à sa nationalité française. Il ne s’agit pas de le condamner mais c’est bien triste. 

C’est triste que le pouvoir qui l’a nommé n’ait pas trouvé plus patriote que ce personnage de l’ancien système, pour remplir cette mission car ce Monsieur qui a sévi pendant longtemps comme député de la communauté algérienne du Sud de la France, n’a jamais brillé par sa disponibilité à l’égard de ses compatriotes. Ceux qui ont eu à le solliciter peuvent témoigner. Un député de la Nation, et plus précisément de la communauté algérienne en France, qui aurait assumé avec conviction cette fonction, n’aurait jamais renoncé à une telle mission quels qu’en soient les sacrifices. 

C’est triste que ce pouvoir continue à recruter dans les rangs de l’ancien régime ses cadres, sans même prendre la peine de vérifier leur passé ni de s’assurer qu’ils répondent vraiment aux critères de compétence, de probité et d’engagement qu’il prétend promouvoir. Comment peut-on nommer une personne à si haute fonction sans prendre la peine de faire ces vérifications élémentaires ? 

C’est triste que ce pouvoir qui passe son temps à interpeler les vrais patriotes, ces militants du Hirak, pour atteinte à la sécurité de la Nation et autres graves accusations, n’a trouvé que ce sinistre personnage, connu pour son entrisme et son affairisme, pour défendre les intérêts de la communauté algérienne à l’étranger. 

C’est triste qu’aujourd’hui, en Algérie, le patriotisme a perdu tout son sens, à cause de ces régimes politiques anti-démocratiques, opaques, policiers, corrompus et de plus en plus incompétents qui se succèdent et ne sont en définitive que de pâles copies des régimes précédents. Leur point commun est qu’ils ne se soucient que de durer quel qu’en soit le prix. 

C’est triste qu’aujourd’hui, après un an de Hirak, nous avons pu constater les effets du divorce entre une part importante de la jeunesse immigrée de 3° ou 4° génération et la lutte pour la démocratie dans le pays de leurs parents. Pendant un an, les manifestations hebdomadaires du Hirak qui avaient lieu dans la plupart des grandes villes de France ne rassemblaient surtout que des algériens récemment immigrés ou des jeunes étudiants venus d’Algérie. Heureusement qu’il y a eu l’exploit de l’équipe nationale en coupe d’Afrique pour réveiller leur sens patriotique. 

Mais à qui la faute ? 

A ces diplomates de moins en moins diplomates, qui durant leur mandat, se soucient bien peu de la défense des intérêts de l’Algérie et encore moins des intérêts des citoyens algériens et de la communauté algérienne de leur circonscription. Ils ne sont préoccupés que par leurs propres intérêts : obtenir la nationalité française à leurs familles ou au moins une carte de séjour, leur acquérir un appartement ou un fonds de commerce, avant de rentrer en Algérie, à la fin de leur mandat, en laissant leur famille en France, rassurés sur l’avenir de leur progéniture.

C’est à croire qu’eux-mêmes n’ont aucun espoir dans ce pays qu’ils sont censés servir ! Evidemment ces naturalisations ou ces cartes de séjours sont obtenues en faisant profil bas quant à la défense des intérêts et des droits des ressortissants algériens en France qui sont devenus les moins bien protégés et les moins bien considérés de tous les ressortissants étrangers en France, par les autorités françaises !

C’est triste car ce sens patriotique s’est érodé au fil du temps, au fur et à mesure que la gangrène de la corruption et du népotisme gagnait les consulats et les sections des amicales des algériens en Europe. Ces dernières finiront par disparaître corps et bien, et dans ce naufrage tous les biens immobiliers acquis grâce aux sacrifices et aux dons des travailleurs algériens de France et d’Europe s’évanouiront, sans que personne ne s’en émeuve ! 

Aujourd’hui qui serait prêt à renoncer à sa nationalité française pour servir son pays ?  En tout cas, ce ne sont certainement pas ces opportunistes qui gravitent dans les cercles du pouvoir actuel ! 

A quelques jours de la commémoration de la fête nationale de l’indépendance du 5 juillet 1962, cette péripétie et les arrestations de militants et de patriotes de tous horizons laissent un goût amer à cette date historique ! 

Mouloud Haddak

Chercheur en environnement, transport et santé 

 

Auteur
Mouloud Haddak