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Chronique d’un confiné 

El-Harrach, cellule N° 40 (Acte III)

De gros nababs ayant dirigé le pays et ses finances se retrouvent encastrés dans une cellule de la célèbre prison d’El Harrach, à Alger. Une salle où l’ambiance qui y règne, en ces temps de pandémie, mérite un plongeon entre ces murs, histoire d’en rire ou d’en pleurer. C’est selon. 

Cela fait déjà trois jours qu’El Fakakir est en isolement total au cachot. Dans cette minuscule et sombre pièce où son gabarit a du mal à se contenir, il n’a pour seul compagnon que le gargouillement de son estomac. En guise de protestation contre le sort qu’on vient de lui infliger, il a opté pour une grève de la faim. 

Déjà affaibli par les carences de sa nouvelle vie de taulard, un jeûne de trois jours ininterrompu allait le plonger dans un état de santé des plus lamentables. 

Ce soir-là, les gardiens venus lui apporter tout de même sa ration de nourriture, qu’il n’avalera pas de toute façon, le trouvèrent agonisant. 

Affolés, les gardiens accourent chercher le médecin de garde. Mais pour le malheur de tous, celui-ci n’est pas à son bureau. Une mauvaise nouvelle familiale l’a fait quitter les lieux en urgence. L’ambulance de la prison est en panne, et un médecin remplaçant ne devrait pas tarder à arriver. Cependant, l’état de santé d’El Fakakir ne permet plus d’attendre. Il y a nécessité à intervenir sur le champ. 

Plus qu’un seul recours pour sauver El Fakakir. 

Du fond de la cellule n° 40,  une voix solennel se fait annoncer. 

Ouvrez immédiatement la porte, et apportez-moi une blouse et une boite à pharmacie. 

En se dirigeant maintenant vers l’infirmerie, dans le costume d’un médecin malgré lui, Chahid-El-Hey (1) esquisse un léger sourire de satisfaction. Cela lui manquait tant de jouer au docteur. N’est-ce pas lui qui a remis sur pieds, dans un passé récent , un homme complètement paralysé ?

Telle une dépouille inanimée, El Fakakir est cependant abandonné sur un lit piteux, au coin d’une pièce qui fait office d’infirmerie. 

Chahid-El Hey ouvre la mallette et enfile ses gants. Il sort une grosse seringue, mélange vite fait deux substances et s’apprête à piquer le malade. 

Mais voilà que l’ombre de la grande carapace de Chahid-El-Hey, pointant une grosse seringue, fait sortir El Fakakir de son état comateux. 

Terrifié, le patient commence à se débattre et les gardiens tentent de l’immobiliser. 

-    Ça fait hakda ya Chahid-El-Hey, n’sit el 3achra w yamate mouritti, (Non, pas ça, s’il te plaît, au nom de notre amitié et les folles années coquines à la Résidence Moretti), tente El Fakakir de dissuader son ami. 

M.M.

Renvoi

(1) Fin 2016, parachuté à la tête du parti majoritaire au pouvoir, un ancien ministre, en quête de légitimité historique, tente de faire valoir son prétendu statut d’ancien condamné à mort pendant la guerre de libération nationale. Ce qui a suscité moqueries et railleries chez les Algériens, qui lui ont donné le sobriquet de «martyr-vivant (Chahid-El-Hey)».

Mail de l’auteur : mehdimehenni@yahoo.fr

Auteur
Mehdi Mehenni