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COMMENTAIRE

Elections locales : incohérence et fuite en avant chez le FFS

Pouvons-nous parler de cohérence, d’incohérence, d’a-cohérence dans cette formation politique qui se jette dans les élections locales, circonscrites et de faible portée ? 

L’effervescence des partis à l’annonce des élections locales prochainement organisées nous renseigne sur l’instabilité des lignes politiques de ces formations. Ainsi, il est facile de comprendre la participation des partis dits satellites du pouvoir (FLN, RND, Hamas…) à cette consultation. C’est un prolongement naturel de leur assujettissement au pouvoir. Mais l’annonce du FFS à sa participation au scrutin de novembre prochain pose un problème de cohérence.

Un texte n’est cohérent que dans la mesure où il permet la jonction entre deux énoncés au minimum ; une relation cohérente préside à sa construction. Ainsi, des énoncés qui se suivent sont reliés entre eux par des « joncteurs » logiques, qui permettent au récepteur du message de le décoder et le comprendre. L’intégration d’un nouvel énoncé doit être reconnu comme faisant partie du texte antérieur.

Si un énoncé ne réussit pas cet examen d’intégration, le texte explose et devient, pour ainsi dire, un magma, un tas de phrases et d’énoncés sans relation les uns avec les autres. Ce principe d’intégration est le plus fondamental dans tout processus de compréhension et d’élaboration d’un texte, donc d’une idée. 

Pour reprendre notre propos au sujet de la participation de ces formations politiques au scrutin local ; participation se justifiant par la particularité de cette consultation électorale. Le collège électoral qui est mobilisé est réduit à une circonscription, commune, wilaya…etc.  C’est une élection locale ; les enjeux sont limités aux préoccupations de tous les jours des citoyens.

Participer à ces élections serait tout simplement humaniser la relation Administration/ administré. Si le champ est laissé libre, l’Administration (donc le pouvoir central d’Alger) nommera des fonctionnaires qui se contenteront de gérer les affaires courantes et tenter de régler les problèmes des citoyens sans empathie. Sans humanité. Il semblerait qu’humaniser, c’est-à-dire faire entrer un peu de subjectivité dans la relation Administré versus Administration serait leur motivation pour participer à cette élection.

Et là se casse cette cohérence. Cette décision n’est pas en adéquation avec ce qui a été chanté depuis longtemps. Cette décision ne reflète point ce refus de la classe politique dirigeante et régnant sans partage sur le pays, sur la rente pétrolière qui se partage dans l’ombre. Cette décision ne répond pas au slogan tant scandé « yatnahaw gaa ».

Cette décision sonne le glas d’une classe politique vieillissante, d’une classe politique qui pense qu’aux petites parts de pouvoir qu’on peut gratter aux maitres d’Alger. Participer aux élections locales, en l’état actuel des choses, c’est accorder du crédit et cautionner un système qui n’apportera rien aux citoyens.

Participer à cette mascarade électorale, c’est en fin de compte adhérer tacitement aux grandes lignes de la volonté du pouvoir d’Alger, lequel sortira vainqueur puisqu’il aura l’adhésion à cette servitude qui ne dit pas son nom.

Comment un citoyen lambda pourra trouver écho à ses aspirations dans la politique ?  Et on aura compris que ce slogan «yatnahaw gaa »  s’applique aussi à ces partis mesquins qui quémandent des parts de pouvoir. On ne trouvera aucune différence entre eux, qui se contenteront d’une visibilité et d’une influence localement limitées et les maîtres d’Alger qui veulent étendre et conserver leur influence sur l’ensemble du territoire. La finalité est la même : le pouvoir. Pendant que les Grands travaillent dans l’ombre à garder le pouvoir, les petits œuvrent à en acquérir. Au milieu, le peuple qu’on abreuve de discours et d’arguments biscornus afin d’accepter l’état de fait ; l’état de servitude éternelle. 

La non-intégration de la décision du FFS à participer à ce scrutin à l’ensemble de son discours connu jusque-là, pourrait s’avérer une faute grave qui le désintégrera totalement. Cette position n’intègre pas la cohérence de son discours. Elle le fragmente totalement. Ce défaut de cohérence y va de la survie de cette formation politique. Cela va de son crédit, de son taux de sincérité, conditions élémentaire à la collaboration avec le citoyen à qui il demande d’acquiescer la crédibilité de son discours. 

La réussite de tout discours repose sur la sincérité de l’émetteur, le FFS dans le cas présent, et la collaboration du récepteur (les futurs électeurs). Ces deux conditions, cette formation politique, dénonce l’absence de la première chez les émetteurs du discours officiel, le pouvoir central d’Alger qui a confisqué la révolution du peuple algérien et a désarmé l’ALN via l’armée des frontières au lendemain de l’été 1962, et encourage le citoyen à la suspicion, la rébellion et la non-acceptation de la propagande officielle tant elle sonne faux. Le piège se referme. 

Auteur
Saïd Oukaci