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COMMENTAIRE

Élections locales : par le pouvoir et pour le pouvoir !

Il n’y a rien de plus dramatique que des urnes sans électeurs. Il n’y a rien de plus compromettant que des élus dépossédés de toute légitimité populaire.

Depuis le 22 février 2019, le peuple algérien a trouvé l’essence de son avenir dans un mouvement de protestation inédit et indivisible, dont le seul mot d'ordre qui n’a jamais faibli, n’a jamais trahi, n’a jamais divisé, est celui qui revendique, haut et fort, le départ de tous les apparatchiks du pouvoir. Dès lors, la rupture totale et irréversible avec le régime est devenue le socle idéologique sur lequel s’est bâtie cette nouvelle ère de résistance au pouvoir dictatorial dans le pays. 

Depuis la désignation de Tebboune à la tête du pays en décembre 1999, jusqu’à l’annonce récente de la tenue des élections locales, le système croit pouvoir, par la répression généralisée et la fraude électorale, parachever le mécanisme d’asservissement du peuple, avec une volonté prononcée de museler le cœur de la résistance, la Kabylie. Ce processus électoral, mis en place par Tebboune et ses mentors pour asseoir définitivement le pouvoir réel n’est qu’un théâtre d’ombres et de marionnettes. Son issue ne sera que tragique, elle risque de plonger le pays dans une autre phase de tourmente politique et de guerre entre clans rivaux au sein du pouvoir.

Les dernières élections locales, conduites par le FLN d’Ould Abbès en 2017, vont être dirigées par le même FLN, si l’on se tient à la généalogie des dirigeants politiques de cette organisation avec une autre figure de style, pas si éloignée du clan qui a mis Tebboune au pouvoir, mais largement proche du modèle de gouvernance  mis en place par ses prédécesseurs.

Baadji Abou El Fadhel, lors de l’une de ses allocutions, affirmait que les caisses du FLN étaient désormais vides, comme d’ailleurs Tebboune quand il affirmait que plus de mille cinq cents dollars ont été dérobés des caisses de l'État. Mais ni l’un ni l’autre n’explique les mécanismes de fuite et de vol de l’argent public, même si, et l’un et l’autre, savent très bien où, qui et comment, l’argent du peuple a été dilapidé. Si Baadji Abou El Fadhel parle des caisses vides du FLN c’est parce qu’il a été d’une telle proximité et complicité avec Amar Saadani, qu’il ne pouvait ignorer que le pays tout en entier était entre les mains d’une mafia politico-financière.  

Amar Saadani, l’homme de main sur lequel Bouteflika s’est appuyé pour valider politiquement la stratégie de mise à l’écart du clan de Toufik du pouvoir, serait parti, à lui seul, avec plus de trois cents millions de dollars.  Entre les biens mal acquis en France et son exil doré au Maroc, Amar Saadani doit se réjouir de voir dans l’Algérie nouvelle de Tebboune, que le FLN ne manque jamais d’hommes à l’image de sa félonie pour perpétuer le système.

D’une condescendance qui en dit long sur le mépris avec lequel il s’adressait au peuple, à l’annonce des résultats des dernières mascarades législatives de juin 2021, Baadji Abou El Fadhel n’a eu de cesse de fustiger ceux qui voulaient faire rentrer le FLN  (post-indépendance) au musée. Il se croyait fort. Il se voyait comme l’ultime, l’unique et l’indétrônable force politique du pays. Cependant, ce que Baadji Abou El Fadhel feint d’ignorer, c’est qu’un musée n’est pas un ramassis de reliques souillées, faites par des hommes d’allégeances à l’opposé des hommes de toutes les résistances. 

Quand on sort d’un musée, on en sort avec l’impression d’avoir grandi. On entrevoit l’avenir avec un brin de sursaut qui viendrait du passé. Or, s’il y a un parti politique qui nous a fait rabaisser jusqu’à ne plus pouvoir entrevoir l’avenir que dans une chaloupe au milieu d’une mer démontée, c’est bien le FLN de tous les présidents qu’a connus l’Algérie.

Alors, de quelles élections libres se réjouit-on du côté du FLN quand, dans les prisons du pays croupissent des centaines de détenus politiques ? Comment peut-on garantir l’intégrité du suffrage universel quand on n’est pas capable de garantir la liberté d’expression ?  Quand la presse est muselée, la justice aux ordres…

Si le FIS, durant la grève de mai-juin 1991, s’était empressé de remplacer la devise « Du peuple et pour le peuple » inscrite aux frontons des mairies   par celle de « municipalité islamique », l’Algérie nouvelle de Tebboune pourrait, sans aucun scrupule ni aucune ambiguïté, la remplacer par « par le pouvoir et pour le pouvoir »!

Auteur
Mohand Ouabdelkader