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OPINION

Elections municipales : la fable de plus du régime

 Le soulèvement pacifique en Algérie se trouve de nouveau confronté à un défi qui, en vérité, se situe absolument dans la continuité de celui auquel il a dû faire face avec les élections précédentes concoctées et échafaudées par le système, à savoir l’élection présidentielle et les élections législatives.

Le peuple algérien a su relever ce défi avec sagacité, perspicacité et clairvoyance en refusant, dans son écrasante majorité, de se rendre aux urnes pour signifier l’inanité du projet du pouvoir de se donner une façade démocratique après la fable de ‘l’ouverture démocratique’ inaugurée au lendemain du 5 octobre 1989 et qui a tourné en un affrontement sanglant entre les deux frères ennemis arabo-islamistes, les deux faces de la même sphère politico-idéologique. 

En effet, le défi est le même dans la mesure où ces élections locales, communales et de wilaya, ne représentent que le dernier étage de cet échafaudage et le dernier maillon d’un processus fallacieux et imposteur dans lequel le pouvoir s’est engagé avec pour point de mire la légitimation des institutions dont il veut pérenniser la confiscation. Le but ultime est de continuer à usurper le pouvoir pour demeurer dans les bonnes grâces de leurs suzerains que sont les puissances impérialistes et poursuivre ensemble le pillage de nos richesses.

Certains partis, prétendument de l’opposition, se sont précipités au portillon pour annoncer leur participation et donner leur caution au parachèvement d’un édifice institutionnel bancal car invalidé par le peuple pour cause d’illégitimité des maîtres de cérémonie. 

 Leur argutie met essentiellement en avant le caractère local de ces élections et la proximité des organes municipaux et de wilaya avec la population, ce qui lui confère une dimension seulement géographique, en évacuant et/ou en occultant ce qui est d’ordre éminemment politique, à savoir les visées hégémoniques du pouvoir qui lèvent le voile sur ses desseins. La clairvoyance et même le simple bon sens voudraient que la prévalence revienne à ce qui relève du politique et à une vision lointaine, libérée des considérations conjoncturelles. 

Est-ce de la naïveté, de l’irresponsabilité ou simplement de l’opportunisme ?

La première hypothèse ne semble pas d’à propos puisque ces partis ont fait l’expérience de l’administration des collectivités locales par le passé. Ils ont bien dû comprendre, s’ils en ont fait un bilan (qui est, tout compte fait, peu probant) et s’ils en ont tiré des leçons, que les attributions et prérogatives des élus sont réduites à la portion congrue par un code communal et un code de wilaya qui assurent des pouvoirs exorbitants aux représentants de l’Etat à leur détriment. Ce qui leur fait endosser le rôle d’idiots utiles d’un système en mal de légitimité. 

   Par contre, il s’agit bien d’irresponsabilité du fait que les dirigeants de ces partis sont affligés de myopie et de strabisme politique. D’abord, ils ne conçoivent leur engagement que dans l’immédiateté sans penser au devenir de leurs organisations dont le rôle historique est de contribuer à la lutte pour mettre à bas le système. C’est dans cette perspective révolutionnaire que le mouvement de contestation s’est délibérément engagé. Ensuite, on ne peut diriger le regard dans deux directions différentes : lorgner des strapontins et fixer l’horizon. 

Quant à l’attitude opportuniste, il revient à ces partis de démontrer au peuple algérien, par leur constance dans leur démarche et leurs choix politiques, conjoncturels ou pérennes, et leur fidélité dans l’engagement à ses côtés, qu’il rejette ce jeu de bascule et se démarque totalement du système prédateur. 

Il est donc suicidaire pour ces partis, qui se sont toujours positionnés dans l’opposition et dont l’un se targue d’être le plus ancien, d’emboîter le pas aux décideurs du régime en adoptant et en cautionnant leurs artifices et leurs stratagèmes qui se situent aux antipodes des idéaux de démocratie, de liberté, de pluralité et de justice sociale que le peuple algérien continue de porter haut et fort au moment même où ces mêmes décideurs s’acharnent à intensifier la répression en multipliant les arrestations arbitraires, en se livrant à la manigance, la manipulation et les menées assassines avec les incendies en Kabylie et le meurtre abject de Djamel Bensmal pour isoler cette région, foyer de la contestation, et étouffer son esprit rebelle, puis en verrouillant tous les champs d’expression et en restaurant le régime de la terreur. 

 Voulez-vous nous faire croire, en tant qu’opposants, que vous ajoutez foi aux affabulations des décideurs ? Des élections « propres et honnêtes » avec des malpropres et des malhonnêtes.

Auteur
Rabah Saoudi