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REGARD

Emmanuel Macron : pandémie et maladresse

« Contester le danger du coronavirus relève à coup sûr de l’absurdité. En revanche, n’est-il pas tout aussi absurde qu’une perturbation du cours habituel des maladies fasse l’objet d’une pareille exploitation émotionnelle et rameute cette incompétence arrogante qui bouta jadis hors de France le nuage de Tchernobyl ? » Raoul Vaneigem

C’était attendu, très attendu, dans l’éventualité d’un futur allègement des contraintes. Le premier devait aller rejoindre ses enfants qu’il n’a pas vus depuis belle lurette, l’autre ne rêvait que de retrouver enfin sa bien-aimée et la prendre dans ses bras, celui-là comptait enfin embrasser ses vieux parents qui se sentaient tellement isolés dans leur petit pavillon de banlieue et le dernier avait dans sa tête ce projet fou d’aller mettre en place une pièce de théâtre sur laquelle il a travaillé depuis si longtemps.

Ainsi donc Emmanuel Macron a parlé le mardi 24 novembre pour nous dire que les commerces non-essentiels ouvriront de nouveau le samedi prochain et surtout que le déconfinement intégral et la liberté de circuler ne seront de nouveau octroyés aux citoyens qu’à partir du mardi 15 décembre si, et seulement si, le nombre des contaminations devait descendre d’une manière indiscutable, et en tous les cas, en dessous des 5000 cas.

Les cafés et les restaurants, eux, ne déverrouilleront leurs portes qu’à partir du 20 janvier de l’année prochaine — une mort lente et annoncée des entreprises de ce secteur qui n’auront pas d’autre choix que d’ouvrir ou de mourir.

La déprime s’étant installée chez la plupart des citoyens pour cause d’enfermement, les territoires doivent être de nouveau accessible par les uns et par les autres quel que soit l’endroit où l’on se trouve. Voilà donc un pouvoir sous lequel plus de 50.000 morts Covid 19 ont été comptabilisés à cause de son impéritie et qui continue à soumettre la population et les entreprises à un régime sévère.

Souvenons-nous du manque de masques au-début de la crise et même du refrain qui consistait à nous assurer que, non seulement, le masque n’était pas utile mais, pire, qu’il était dangereux. Ah le temps béni où Sibeth officiait et qui permettait à tout un chacun, quel que soit son niveau d’élocution, de rêver de se voir propulser membre du gouvernement de la France. 

Le problème est de se convaincre que tout ce qui a été décidé est bon pour le pays et pour les citoyens. Comment accepter de voir dans le conseil donné qui nous encourage à mettre le masque dans les habitations soit un signe d’empathie pour ceux qui ne doivent pas tomber malades ? Difficile de voir dans ces mesures la moindre cohérence. Car comment accepter que 38 élèves puissent s’assoir les uns à côté des autres pendant des heures dans une salle de lycée ou de collège et que l’on ne puisse pas aller s’acheter une culotte ou un livre le temps de quelques minutes ?

Sur quelles bases scientifiques les surfaces individuelles sont-elles calculées quand on sait que l’on va s’entasser comme des sardines en boites dans un métro ou dans le RER ? Sur quel fondement s’appuie la logique qui veut que nous avons l’obligation de nous doter d’un masque lorsque nous flânons le long d’un chemin champêtre tout seul sans aucun voisin à des centaines de mètres à la ronde ? 

Pour ma part, étant légaliste, je m’efforcerai de suivre toutes les décisions prises en haut lieu. Je me suis habitué à générer sur mon téléphone les attestations dérogatoires de déplacement, à les remplir et à ne sortir que pour aller acheter du quinoa, de l’huile d’olive, de la pâte d’amandes à tartiner ou du thé vert suivant ce dont j’ai besoin. Je peux, évidemment, aller me promener du côté de la rivière ou autour des lacs qui environnent mon habitat provisoire mais je me dote quand même de cette fameuse attestation et je couvre mon visage du masque requis par la loi. Je me tiens de ce fait à être contrôlé par les représentants de cette même loi.

Je n’ai donc pas d’autre choix que de suivre les obligations légales, même dans mon habitat campagnard éphémère, même loin de toute présence humaine à part celle de mes sympathiques logeurs. Je me conforme, bien évidemment, aux gestes barrières nécessaires. Je suis appliqué et scrupuleux. Je suis soucieux de ma santé et de celle des autres.

Je ne comprends cependant pas le fait que les cinémas et les théâtres soient fermés. La culture ne serait donc qu’un élément de nécessité secondaire ? Serons-nous plus contaminés dans une salle obscure que dans les allées d’un supermarché ? Je n’arrive pas à admettre que les librairies ne soient pas encore plus ouvertes en ces temps élastiques pendant lesquels la plupart des citoyens sont enfermés chez eux à regarder la télévision à longueur de journées.

Je ne comprends pas tout, à la minuscule place où je me trouve, mais j’arrive à me persuader que les choses ne sont pas aussi nettes que l’on veut bien nous les faire admettre. Sans pour autant tomber dans un monde complotiste.

Auteur
Kamel Bencheikh, écrivain