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TRIBUNE

En Algérie, on a du pétrole, mais on manque d’idées

En juin 2018, j’écrivais dans ce même journal : Après plus d’un demi-siècle, l’Algérie indépendante n’a pas su réaliser sa prospérité économique d’ensemble, malgré toutes les richesses naturelles, les sommes colossales engagées et les ressources humaines dont elle a pu disposer.

Malheureusement, elle est toujours en retard pour son industrialisation, son agriculture, son système éducatif, son système financier et son commerce… Ni industrie de base solide, ni agriculture florissante, ni services développés, ni place régionale financière, ni hub portuaire ou aéroportuaire, ni centre culturel régional rayonnant, ni destination touristique, ni centre d’excellence régional dans une discipline particulière, il est très difficile de caractériser notre pays, connu seulement comme un marché de 40 millions de consommateurs, avides de produits made in…     

Si l’exécutif a pris la mesure de l’urgence de la situation il doit alors engager sans réserves et dans l’immédiat un traitement de choc à notre société et notre économie pour apporter les réponses et les solutions adaptées aux circonstances extrêmement critiques, non pas par la répression des voix légitimes et patriotes qui s’élèvent contre les maux qui rongent les algériens et plombent le pays, mais par un dialogue ouvert, constructif et inclusif d’une part et par des projets fédérateurs qui nous ouvrent à tous de larges perspectives  . 

Il m’a été donné dans une précédente réflexion en 2019,  https://www.lematindalgerie.com/lalgerie-retour-vers-le-futur-2029 de cibler des pistes qui pourraient nous sortir du sombre tunnel dans lequel nous sommes confinés depuis la fin de la lutte de libération du territoire national et voir enfin au bout, la lumière d’une authentique indépendance du peuple.  

Aujourd’hui, bon nombre d’analystes avisés, pensent que l’exécutif absolument identifier et constater en profondeur les problèmes et les fléaux qui ont ruiné ce pays. Faire en fait, un profond diagnostic permettant d’identifier les canaux, les outils et techniques utilisés jusque là, qui ont permis les dérives constatées, puis élaborer un programme d’actions priorisées, réunir les modes et outils d’intervention, d’anticiper et neutraliser les réactions hostiles et enfin déployer un train de mesures salvatrices simultanées, coordonnées, synchronisées, bien proportionnées et ciblées avec constance, rigueur, détermination et de manière soutenue impliquant la société civile, toutes les forces vives ainsi que des millions de patriotes qui ont clamé haut et fort durant des mois dans toutes les villes pour « une Algérie Nouvelle ». 

C’est cela la démarche d’une équipe de dirigeants en quête de rétablissement d’une progressive confiance avec son peuple.

C’est certes, une logique de guerre mais en plus avec la caractéristique d’une guerre « éclair » qui doit très vite neutraliser les ennemis de l’intérieur qui saignent le pays. Ils sont toujours présents nombreux, solidaires  et puissants, occupant des postes importants de la république qui utiliseront tous les moyens possibles et imaginables pour faire échec aux changements et organiser un retour à la case départ. 

Oui, actuellement deux « Algérie » coexistent dans le pouvoir actuel et s’affrontent malgré les accolades apparentes, mais une seule survivra et triomphera. 

Comme je me place dans celle souhaitée par le « Hirak », je me dois d’apporter ma contribution dans cette lutte et jouer cartes sur table sans ambages, ni défiance, ni complaisance ni enrobage de quelconques flatteries. Les menaces et les agitations même au plus haut niveau, ne vont ni dissuader ni neutraliser les malfaisants. Le constat est bien là : « les ordres venus d’en Haut, ne sont pas exécutés en Bas ! ».            

Dans les secteurs où j’ai exercé comme Chargé d’études et de synthèse, Chercheur physicien, Maître de conférence, Directeur technique, Directeur Général, Auditeur, Consultant et Ingénieur-Conseil à l’international, je souhaite préconiser des pistes de solutions. Mon objectif est, sur la base de situations vécues et comme témoin et acteur, de prodiguer des mesures ou actions pour remédier en partie aux gaspillages, aux déperditions et à toutes sortes de dérives à la fois malsaines et coûteuses et enfin de mettre le cap sur un futur radieux même si, au passage, il faut payer un lourd tribut.

Enfin, qu’il me soit permis de donner un avis personnel sur certaines actions et réformes sensibles qui engageront notre avenir, selon le choix effectué, soit vers une sombre impasse soit vers une issue heureuse pour les futures générations. 

1/ L’Enseignement et la recherche scientifique 

Dans ma carrière d’enseignant-chercheur, j’ai constaté tant d’insuffisances que ce soit à l’ENP d’Alger ou à l’USTHB ou enfin au Commissariat à l’Energie Atomique (CEN). Certes, il y a eu une multiplication d’universités et de centres de recherches à travers le pays depuis les années 80 mais sans qualité d’enseignements et sans maîtrise de thèmes de recherches vitaux pour l’Algérie. En fait, l’instabilité, la discontinuité, le manque de visibilité et de cohérence, l’éparpillement des programmes et des objectifs, des luttes d’intérêts de personnes, le manque d’ouverture à l’international, ont conduit au final à une immense déperdition d’hommes et une faiblesse de moyens sans pareil conduisant à de piètres résultats.

Aucun changement positif ou redressement favorable de ce secteur ne pourrait s’opérer dans la continuité du système mis en place depuis un demi siècle. Des mandarins se sont installés rigidement dans des bunkers opaques sans aucun contrôle qualitatif ni obligations de résultats. Quelles que soit les sommes injectées en infrastructures, en matériels et en frais de mission à l’étranger, cela restera « le Tonneau des Danaïdes ».  

Ouvrons nos yeux, aujourd’hui, tous les parents conscients et pouvant assurer des revenus suffisants à leurs enfants étudiants n’hésitent pas un seul instant à les orienter vers des universités étrangères pour un aller simple. Tout comme la liste des algériens diplômés, candidats à la loterie ou au visa d’émigration outre atlantique ne cesse de s’allonger.    

Au-delà du constat amer, que faut-il faire pour mettre à niveau nos universités et pour tonifier nos centres de recherche pour contribuer efficacement à solutionner nos problèmes vitaux et nous ouvrir des perspectives innovantes ? Pour ma part, je ne peux pas ici donner une vision globale des réformes à engager, mais cependant, j’affirme qu’il faille passer par une réforme radicale et fondamentale de l’ensemble de notre système éducatif. Tout replâtrage, bricolage ou colmatage serait inutile.

D’emblée je m’oppose à toute dichotomie entre l’enseignement fondamental, moyen et supérieur et je milite donc pour un grand ministère de l’éducation nationale pour engager dans l’harmonie et la continuité un changement profond du système : accompagner à une fin de vie le système en place et faire éclore un nouveau système en partant de l’enseignement fondamental. Débarrassez progressivement l’enseignement de tous ses maux, de la chape islamiste, des tendances passéistes avec toutes ses dérives et le tourner vers la modernité et l’universalité en introduisant progressivement mais résolument la langue anglaise.

Les cycles d’ingénieur seront mis à cheval entre les cours académiques et la formation en entreprises en s’inspirant du modèle allemand. Fini les techniciens supérieurs et ingénieurs sans qualifications pratiques !  De plus une formation en gestion d’entreprise devra impérativement s’y inscrire, pour leur conférer des capacités auto-entrepreneuriales.

Pour l’enseignement supérieur et spécialisé nous devrions nous appuyer davantage sur notre diaspora à l’étranger ainsi que la coopération technique internationale et enfin généraliser les techniques modernes d’enseignement à distance dans toutes les universités.  

De même, s’il existe un nombre important de laboratoires et centres de recherche rattachés actuellement à divers ministères et donc une communauté appréciable de chercheurs, que je respecte d’ailleurs, il n’en reste pas moins qu’il s’agit de musiciens qui jouent sans partition, ni chef d’orchestre et qui   ne pourront pas jouer la symphonie du « Salut de l’Algérie ». Une refonte globale s’impose !

Enfin, j’ai cru entendre qu’on allait lever les mesures sélectives permettant l’accès au magister et au doctorat. C’est certainement l’inverse qu’il faut faire ! Mais s’il en était ainsi, ce serait le moyen le plus efficace de torpiller définitivement la recherche scientifique algérienne.   

Attention, faire perdurer le système en place agonisant, c’est assurer une mort lente mais certaine de l’Algérie, dans la compétition effrénée et sélective des nations.           

Face à cette situation, je n’arrête pas dans mes articles d’appeler nos dirigeants à revoir totalement et profondément notre système éducatif dans son ensemble surtout qu’en matière télé et cyber technique nous allons vivre une accélération sans pareille des TIC et de l’IA qui vont creuser les écarts entre ceux qui avanceront toujours plus vite  et ceux qui ne cesseront de régresser. Tous les peuples non éduqués seront voués à la misère, une forme moderne d’asservissement voire une lente extinction.          

2/ Stratégie industrielle intégrée et ouverte à l’internationale 

En février 2018, je publiais une réflexion sur la stratégie industrielle intégrée (1) à mener et qui me semble toujours d’actualité.  

(1) www.lematindalgerie.com/lalgerie-besoin-dune-strategie-industrielle-globale-et-coherente

3/ Politique intégrée en trial : agriculture-eau-énergie :

En juillet 2018, j’ai publié une réflexion sur la politique agricole en Algérie (2) qui me semble toujours d’actualité.  

(2) https://www.lematindalgerie.com/quelle-place-et-quel-avenir-pour-notre-agriculture Puis en octobre 2018, une autre réflexion sur la politique de l’eau en Algérie (3) qui me semble toute autant d’actualité.  

(3) http://www.lematindalgerie.com/quelle-politique-de-leau-en-algerie-ihttp://www.lematindalgerie.com/quelle-politique-de-leau-en-algerie-ii

Aujourd’hui, je souhaiterais élargir la réflexion dans une intégration en trial : Agriculture- Eau-Energie. En quoi ces trois secteurs sont-ils intimement liés en Algérie ? Compte tenu des conditions climatiques, hydrologiques, des diverses natures des sols, l’agriculture algérienne ne connaîtra pas d’essor sans la mise en œuvre de grandes superficies irriguées (irrigation intensive, goutte à goutte et racinaire) selon les cultures visées. Nous savons que la production d’eau non conventionnelle est de plus en plus importante en Algérie et que sa production est fortement tributaire d’énergie électrique. Le développement de l’agriculture dépendra d’une exploitation rationnelle et optimale de toutes ressources hydriques (naturelles, nappes renouvelable, albiennes, retenues, du recyclage, non conventionnelles et des transferts) sachant que ces dernières sont fortement tributaires d’énergie électrique et l’injection de connaissances de pointe. 

Ainsi, nous devons construire une approche triangulaire : Agriculture-Eau-Energie et l’optimiser dans une stratégie globale intégrée et optimale en fonction des objectifs visés en matière d’indépendance alimentaire. Actuellement, dans le triangle, figurent trois ministères et dans une telle configuration, la cacophonie me semble inévitable.   

Si un tel programme n’a pas été à ce jour élaboré j’appelle de mes vœux les scientifiques d’ici et d’outre atlantique, les exploitants, les administrations et tous les techniciens et des experts d’un large éventail de spécialités, d’y contribuer sans attendre.  

4/ Transition énergétique 

En matière de transition énergétique tous les spécialistes affirment qu’une vague de fond va     bouleverser nos modes de transport individuel et collectif, nos habitudes de consommations occasionnant des choix judicieux d’énergies de substitution. Dès demain, fini les Gaz de Schistes, les Centrales Nucléaires, le Kérosène, le Diesel, le Charbon, les Bio-carburants ! 

Le dérèglement climatique est bien là, l’air devient irrespirable, la sécheresse s'élargit et la planète brûle !

Nous devrions bientôt voir dans certaines villes, l’interdiction des véhicules non électrique en milieu urbain, l’usage de vélos électriques généralisé et les premiers vols sans kérosène en 2022. 

Des investissements massifs s’opèrent dans l’isolation thermique des immeubles et les nouvelles normes dans la construction se généralisent. Par ailleurs, rappelons que chez nous la conversion des véhicules thermiques au GPL accuse un retard de 30 ans. En Europe, désormais l’usage de véhicules électriques s’accélère et ceux fonctionnant à l’hydrogène circulent déjà. Comment ne pas  se révolter quand on entend actuellement sur nos ondes, des discours d’un autre âge sur la fabrication-montage de véhicules du passé ?    

L’Algérie restera-t-elle en marge, comme à l’accoutumée, de ces changements en regardant passivement s’opérer les mutations ou doit-elle s’impliquer dès le début dans les voies du futur ? 

Nous devons-nous pas engager une réflexion débarrassée des clichés d’hier et d’avant hier et cesser de s’aveugler par nos gisements de pétrole pour produire encore plus de kérosène et de diesel, que personne ne nous achètera ?

En matière de réduction de la consommation énergétique et de production d’énergie photovoltaïque nous piétinons depuis 30 ans. Mon inquiétude persiste car la tentation de suivre la voie de la facilité dans la continuité résonne fortement dans les derniers discours officiels. Sachez-le, c’est une impasse ! 

5/ Décentralisation et numérisation 

Les Algériens, toujours et davantage épris de liberté et de justice, veulent naturellement et légitimement participer à leur devenir et mieux entrevoir leur avenir. Nous l’avons tous observé sur plusieurs continents, tout gouvernant qui impose et décide, sans consultation ni prise en compte de l’avis des intellectuels, des sociétés civiles, des élus locaux, des représentants des catégories sociales, des professionnels, des associations et corporations, de sa diaspora, se retrouve toujours, en fin de course, piégé, conspué et dégagé. Le seul moyen de lutte contre toute déstabilisation, est notamment la décentralisation du pouvoir. 

Il s’agit alors d’offrir aux wilayas et non aux walis seuls,  la possibilité d’engager pleinement leurs habitants dans un processus de  reconstruction de l’économie locale et à se projeter dans l’avenir par une décentralisation élargie de la gouvernance. 

Pour résoudre nos problèmes politiques et économiques, seule une implication et mobilisation totale des algériens de toutes catégories, de toutes les régions, de tous les niveaux, des résidents et non-résidents, pourraient le permettre et garantir la construction d’une Algérie nouvelle bâtie sur la justice, la transparence, la création de richesse, le travail, la connaissance, l’innovation et l’ordre de mérite.

Compte tenu de la taille du pays et la diversité des régions et mentalités, il est impératif à mon sens de donner aux vrais élus locaux plus de prérogatives et de moyens de gouvernance locale. Le système de gouvernance utilisé jusque là, nous a conduit à une tragique et terrible guerre civile qui a failli nous plonger dans un califat modèle «Daech».

Il est bien établi par tant d’exemples autour de nous,   que la concentration des pouvoirs dans les mains d’un seul homme ou d’un petit groupe mène tôt ou tard vers le chaos. La démarche consiste à responsabiliser et impliquer les populations locales et leurs élus dans la vie de leur wilaya, sur les plans d’aménagement du territoire, des services publics, de l’environnement, des investissements, de la fiscalité locale, du développement économique (industrie, agriculture et services), de la culture et des échanges avec d’autres régions en Algérie et à l’international. Qui connaît mieux les problèmes qui existent et les solutions à apporter dans une région que les habitants de ces régions ? En ce moment, la colère des habitants de plusieurs régions gronde car les populations ne voient rien venir et attendent des réponses urgentes à leur précarité.   

De ce fait, il devient impératif qu’un Wali perde ses pleins pouvoirs actuels pour se conformer aux prérogatives usuelles de sécurité et d’ordre public et qu’on laisse les représentants locaux arbitrer pour des solutions idoines avec les administrés de la région. Le pouvoir central devra multiplier le dialogue et composer avec les régions et surtout, ne plus édicter des règles et dispositions à toutes les wilayas sans distinctions.  

J’avise et j’alerte que continuer dans le système actuel, qui confère au wali seul les pleins pouvoirs augmenterait le climat de défiance et conduirait inévitablement à des situations explosives.      

En mars 2020 j’écrivais : "La numérisation est une source de richesse, d’efficience, de productivité, de transparence, de suivi, de traçabilité, d’économie de papier et d’emplois productifs. Si elle est menée avec intelligence et force, elle permettra l’économie de sommes colossales et réduire progressivement les abus, rapines et détournements ». Tout a été fait pour garder l’opacité et le désordre dans les administrations qui collectent, gèrent et protègent l’argent et l’intérêt public. Tous ceux qui nient cette dure réalité sont soit des démagogues ou ceux qui profitent individuellement ou collectivement d’une telle situation. Sachez que des dizaines de milliers de personnes attachées au service de l’Etat, dans tous les secteurs d’activité, à différents niveaux, usurpent, usent et abusent d’indus avantages. Ce phénomène est aussi pandémique et seule une lutte générale, frontale, soutenue et continue pourra la réduire. L’administration fiscale, les douanes algériennes, les fonctionnaires des impôts, de la conservation, du cadastre, les collectivités locales, des wilayas, des gestionnaires d’établissements publics, des EPA et EPIC, en fait, une liste sans fin, ont tous et toutes peu ou prou été contaminés.

Seuls des systèmes informatisés inviolables, performants et efficients pourront progressivement réduire ce fléau qui mine durement notre pays. C’est en définitive, faire en une seule année ce que nos gouvernants en 50 ans ont failli probablement volontairement. Une profonde réforme des organes de suivi, de contrôle, d’utilisation et de gestion des comptes et actes publics avec beaucoup plus d’expertise et l’obligation stricte de numériser toutes les opérations et les actes avec accès public ». 

Vous comprendrez ma satisfaction d’apprendre récemment qu’au plus haut niveau de l’Etat, l’initiative d’une numérisation globale des administrations sensibles, figure désormais parmi les priorités de l’Etat. 

6/ Le système bancaire

Tous les scandales révélés et ceux en cours portant sur des octrois de crédits faramineux accordés à des entreprises privées et des hommes d’affaires sans respect des règles prudentielles, ajouté à cela  d’importants transferts en devises transitant par la Banque d’Algérie, nous révèlent que nos banques publiques et la Banque d’Algérie ont été des institutions financières aux seules mains de la « Eissaba » (la bande). Les règlements, textes, procédures, commissions et tous les nombreux verrous et inspections existants ont sauté et sans aucune résilience ni efficacité, face aux «appels téléphoniques d’en haut». 

En fait, l’argent des banques publiques eût appartenu à un petit groupe de personnes en cravates ou casquettes qui en ont disposé sans limites, pour leurs intérêts propres, sans réserves et selon leur bon vouloir. Lorsqu’on atteint un tel niveau de déliquescence, de corruption et de complicité dans les banques publiques et de l’institution financière centrale, c’est tout le système financier national qu’il faut changer et non pas bricoler. 

J’ai connu de l’intérieur, comme « auditeur indépendant », le système bancaire public et privé et fort de cela, je peux affirmer qu’il faille impérativement changer tout le système et en construire un nouveau sur les principes de la rigueur, de l’application stricte des règles, l’inspection, la qualification, le professionnalisme, la traçabilité et l’audit externe. C’est un coup dur que le peuple algérien doit encaisser de face de par cette gabegie, qui abîme l’image de notre pays  et fragilise notre souveraineté nationale.   

7/ Porte ouverte sur l’Afrique 

Habituellement nous regardons et travaillons toujours sur le court terme et nous anticipons trop peu sur l’avenir. Je dois dire que jusque là,  je n’ai entendu depuis 20 ans tant de sornettes, balivernes prononcées par des hauts dirigeants qui sont actuellement en disgrâce, soit en fuite ou arrêtés. Citons pour exemple : 20 millions de touristes en 2020, 1 million d’hectares d’oliveraies vers 2025, une autosuffisance alimentaire pour 2025, la satisfaction totale des besoins énergétiques en 2020, production algérienne de 200.000 véhicules automobiles, un taux de pénétration de 30% du Sirghaz pour nos automobiles, 1 million de logements, booster les exportations hors hydrocarbures à 5 milliards de US$,  relèvement du niveau des universités algériennes dans le top 50 mondiales, éradication des maladies à transmission hydrique, production de 4000 MW en photovoltaïque, forage de 200 puits albiens, des nouvelles villes dans le nord et dans le sud… 

Depuis un demi siècle, nos dirigeants n’ont pas cessé nous mentir et nous trahir ? Pourquoi faire rêver tout un peuple pour ensuite le plonger dans le désespoir et transformer son avenir en cauchemar ? 

Pourtant, plusieurs experts reconnus s’accordent à dire que l’Algérie est promise à un bel avenir et serait un grand pays dominant dans les prochaines décennies. Mais seulement si ce pays change son mode de gouvernance, qu’il se débarrasse de l’hydre mafieuse et qu’enfin, il fasse appel massivement à sa diaspora.        

Il y a des grands projets à engager dans l’immédiat et qui peuvent nous projeter dans le sillage des nations avancées ou du moins vers un leadership en Afrique. C’est une course et un challenge où plusieurs pays africains s’affichent comme favoris. 

Non, cette fois ce n’est pas un rêve mais des projets bien ciblés et à notre portée pour des chefs de projets compétents et patriotes qui aiment ce pays et qui s’y projettent. 

Dans un précédent article, j’en ai détaillé un certain nombre qui n’attentent que d’être lancés pour que l’Algérie occupe une position de pivot continental incontournable (notamment les projets de hub aéroportuaire, Port de transbordement Méditerranée - Continent, route Transsaharienne, Hub commerciale de Tamanrasset, aménagement de 30 zones industrielles le long de l’autoroute Est-Ouest, un gazoduc transafricain Nigeria- Algérie-Europe (projet 1995), une Université Africaine des techniques avancées,  une Cité Hospitalière  internationale de standard américain pour l’Afrique dans la nouvelle ville de Hassi Messaoud,). 

Enfin, une autre idée innovante pour s’imposer dans le marché africain, nos experts financiers doivent imaginer un nouveau processus d’échanges avec certains pays africains, sans recours aux Francs CFA ou euros ou US$ mais en utilisant « un dinar algérien international », soit du Barter trade system (troc), ou Counter trade (commerce de compensation) voire des crédits de consommation en dinars algériens.     

Ma conclusion

En juin 2018, j’écrivais dans ce même journal : Après plus d’un demi-siècle, l’Algérie indépendante n’a pas su réaliser sa prospérité économique d’ensemble, malgré toutes les richesses naturelles, les sommes colossales engagées et les ressources humaines dont elle a pu disposer. Malheureusement, elle est toujours en retard pour son industrialisation, son agriculture, son système éducatif, son système financier et son commerce… Ni industrie de base solide, ni agriculture florissante, ni services développés, ni place régionale financière, ni hub portuaire ou aéroportuaire, ni centre culturel régional rayonnant, ni destination touristique, ni centre d’excellence régional dans une discipline particulière, il est très difficile de caractériser notre pays, connu seulement comme un marché de 40 millions de consommateurs, avides de produits made in…     

Cette contribution invite à sortir des sentiers battus, d’arrêter l’errance, d’engager des réformes courageuses, d’affronter les forces du mal, de montrer le chemin de l’avenir à la jeunesse, en définitive, de consolider notre nation autour de grands projets communs qui nous unissent et nous conduisent vers une prospérité partagée.

Arrêtons de réduire au silence la contestation d’Algériens indignés, d’écraser la protestation, de cacher l’évidence, mais plutôt inviter à l’expression constructive et participative, à la réflexion et la participation de la société civile et tenez-vous à son écoute !  C’est toutes les forces vives de la nation qui doivent résolument s’atteler à ce processus avec engagement, conviction et détermination pour accompagner cette rupture pour un changement radical. 

L’exécutif seul ne fera rien !             

Auteur
Dr. Llies Goumiri, auditeur & Conseil