Aller au contenu principal
Body

POLEMIQUE

Encore sur Ferhat Mehenni et le MAK

Suite à la dernière déclaration de Ferhat Mehenni parue sur « Le Matin d’Algérie » (1), et de la réplique d’Ali Mebroukine, publiée sur le même journal (2), il semble indispensable d’ajouter d’autres observations.

Ferhat Mehenni, en formulant ses critiques à l’encontre non seulement des dirigeants de l’État algérien, mais en ses déclarant « non Algérien », pourquoi ne commence-t-il pas à clarifier ses positions en tant que parti, concernant le peuple de Kabylie ?…

Pourtant, comme simple citoyen algérien, j’entends par là également d’une nation dont la Kabylie fait partie intégrante, parce que telle fut le projet de tous ceux qui ont combattu la guerre de libération nationale, et parce que je suis partisan de toute nation où les spécificités existantes soient reconnues et respectées réciproquement par tous, pourquoi donc l’interpellé Ferhat Mehenni n’a pas répondu, à ma connaissance, aux questions que je lui avais posées, ainsi qu’aux dirigeants du MAK ? (3)

Le silence porte à conclure aux réponses conséquentes que les questions posaient, à savoir que Ferhat Mehenni et les dirigeants du MAK, que je distingue des militants de base de ce parti, ont comme but celui de tout parti politique, à savoir la formation d’une caste oligarchique nouvelle, jouissant de privilèges au détriment du peuple dont elle s’auto-proclame représentante. En effet, pourquoi Ferhat Mehenni et les dirigeants du MAK, à ma connaissance, n’ont jamais formulé, ni dans leur programme, ni dans leurs déclarations, des réponses claires en ce qui concerne les problèmes fondamentaux de l’exploitation économique, de la domination politique et du conditionnement idéologique du peuple dont ils se prétendent les défenseurs ? Et pourquoi, également, n’ont-ils jamais clairement définis les contenus des termes liberté, égalité et solidarité ?

Tant que des réponses claires, précises et sans aucune ambiguïtés ne sont pas exprimées sur ces thèmes, tout prétendu leader politique et tout prétendu parti politique ne sont et ne peuvent être, comme l’histoire mondiale le prouve partout et toujours, qu’une tentative d’un groupe d’individus de constituer, en profitant de manière opportuniste des problèmes réels d’une nation, de se constituer en nouvelle caste oligarchique privilégiée, avec les conséquences constatées partout dans le monde.

En Algérie, le peuple a déjà constaté de quoi a accouché l’indépendance du pays : d’une nouvelle caste oligarchique indigène. Ferhat Mehenni et son MAK veulent faire rebelote, en ce qui concerne la Kabylie. Mais il suffit de se promener dans cette région pour se rendre compte que les compatriotes qui l’habitent ne sont pas dupes. Ce qui les intéressent, bien entendu, est le respect de leur langue, de leur histoire et de leur culture, mais, tout autant, ils sont intéressés à ne pas se voir encore une fois exploités, dominés et conditionnés par une nouvelle caste oligarchique, qui, par rapport à l’autre, exploiterait économiquement, dominerait politiquement et conditionnerait idéologiquement, cette fois-ci, et voilà l’inédit, par l’intermédiaire de la langue tamazight et en traficotant l’histoire ainsi que la culture amazighes, comme la caste oligarchique algérienne a instrumentalisé la langue arabe et traficoté l’histoire et la culture arabes pour exploiter, dominer et conditionner le peuple algérien dans son ensemble. 

Le seul langage respectable et fiable de la part d’un prétendu individu ou parti politique « sauveur de peuple » est celui qui parle clairement d’exploitation économique, de domination politique et de conditionnement idéologique, pour les dénoncer et les remplacer par la liberté, l’égalité et la solidarité entre tou-te-s les citoyen-ne-s, non seulement d’une nation mais de toute l’espèce humaine. En effet, établissez la liberté, l’égalité et la solidarité pour toutes et tous, et vous n’aurez plus l’exploitation mais la coopération économique, vous n’aurez plus la domination mais le consensus réellement démocratique politique, vous n’aurez plus le conditionnement idéologique mais un sain raisonnement basé uniquement sur la réalité sociale concrète. N’est-ce pas vrai ?

Dès lors, le peuple algérien, en cette année bénie 2019, a déclaré haut et fort « basta » avec la caste oligarchique déjà existante dans l’Algérie toute entière. Aussi, comment ce même peuple, qui comprend celui de Kabylie, comme les manifestations en cours le prouvent, accepterait une nouvelle caste oligarchique limitée à la Kabylie ? L’expérience le démontre : partout et toujours dans le monde, les prétendus « sauveurs » de peuple se sont révélés n’être que des castes oligarchiques nouvelles, si pas pires que les précédentes, tout au plus lâchant au peuple quelques os pour le dominer. Encore une fois, pour déceler l’imposture de ces « sauveurs » de peuple, il suffit de savoir s’ils évoquent ou pas les problèmes cruciaux que sont l’exploitation économique, la domination politique et le conditionnement idéologique, et, par voie de conséquence, ce que ces « sauveurs » mettent comme contenu dans les mots liberté, égalité et solidarité. Si ces « sauveurs » se taisent sur ces thèmes, la conclusion à en tirer est logique : danger de caste nouvelle, par l’emploi du stratagème du loup qui se déguise en bonne grand-mère afin de dévorer le petit chaperon rouge. L’obsession du pouvoir, et des privilèges qu’il produit, est insatiable dans certains cerveaux, encore enfermés dans la période préhistorique du plus rusé qui se nourrit au détriment du plus naïf. Pour utiliser un langage moderne, disons que ces cerveaux sont atteints, à leur insu, de psychopathie. Donc, partout sur cette planète appelée Terre, aux tentatives nouvelles de diviser pour régner, il faut savoir pourquoi dire : basta l'infâme et vile imposture !

Kaddour Naïmi

Email : xundao1@yahoo.com

Notes

(1) https://www.lematindalgerie.com/la-revolution-du-vendredi-ou-la-defaite-de-lalgerianisme-kabyle

(2) https://www.lematindalgerie.com/les-tentatives-de-ferhat-mehenni-de-diviser-les-algeriens-sont-vouees-lechec

(3) In « Questions aux dirigeants du MAK », 14 janvier 2018.

Auteur
Kaddour Naïmi