Aller au contenu principal
Body

REGARD

Entre pensée binaire et absolutisme primaire

"C'est toujours l'impatience de gagner qui fait perdre", Louis XIV

Quand la pluralité est abhorrée au nom de l’individualité, le multiculturalisme est banni au nom du nationalisme, l’histoire est falsifiée pour en faire un long fleuve d’amalgames…Le délitement de la société est inéluctable.

Les différentes ethnies composant le vaste territoire de l’Algérie collaborent et dialoguent sans être astreintes à renier et sacrifier leurs identités particulières. Et c’est là que la caste politico-militaire a pêché depuis des lustres. Peut-on ainsi remettre en cause l’identité amazighe vieille comme le monde ? Doit-on se cantonner dans cet éternel esclavagisme identitaire ? La réponse est non. 

Les crises ou les conflits comportant la dimension d’appartenance ethnique abondent dans l’actualité. Et c’est dans ce contexte que les élites sont appelées à décomplexer les tabous, démystifier le peuple en dissipant l’illusion, désacraliser les sujets relevant de langue et de la religion. Durant des décennies, un matraquage idéologique effréné est orchestré contre le peuple à telle enseigne qu’il ne sait plus où se donner de la tête.

L’identité d’une communauté, d’une région réside, le plus souvent, dans l’affirmation de ses différences, l’ancrage de ses racines historiques et culturelles, sans la diabolisation de l’autre. Le pouvoir algérien s’est illustré dans plus d’un demi-siècle par ses tentatives d’effacer l’identité berbère au profit d’une autre identité imposée au nom du panarabisme. Cependant, l’histoire millénaire d’un peuple ne peut être dégommée d’un revers de main. 

En somme, quand les populations sont vouées à être juxtaposées, évitant de s’entremêler, de s’accepter en tant que tel, de là naquirent et naissent encore d’innombrables, et parfois d’inexpiables conflits, dès lors que le régime en place attise le feu en jouant sur la fibre identitaire.

Il est grand temps d’engager des débats sur la sortie de crise que traverse le pays, mais en aucun cas, il ne faut pas faire impasse sur des sujets longtemps voilés à l’image de la régionalisation, la laïcité, des droits de la femme, le racisme…C’est à partir de là que de nouvelles perspectives dans la façon de penser le lien des individus à leur territoire, à leur histoire et d’envisager la fabrique des convictions et des principes à partir desquels arrimer leurs choix. 

En analysant lucidement la situation qui prévaut en ce moment en Algérie, nous pouvons voir à quel point la pensée absolutiste est en grande partie la cause pour laquelle le pays peine à sortir de cette situation. Cette pensée binaire pousse à voir le monde selon la loi de "tout ou rien" à être “bon ou mauvais”, “beau ou laid”, “facile ou difficile”, “heureux ou triste”, "traître ou héros".

De ce fait, la population n’arrive pas à reconnaître toutes les zones d’ombre de la vie. Toutes les choses qu’elle ne peut mettre dans une boîte, tous les paradoxes, toutes les inconnues et ces choses qui sont difficiles à exprimer avec des mots.

De même, cette pensée binaire lui donne également l’illusion qu'elle a les réponses à toutes les questions relevant de cette énigmatique Algérie quand, en réalité, elle ne sait pas. S’engager dans ce type de pensée n'a fait qu'enfoncer la plèbe dans un marasme qui ne dit pas son nom.

La dénonciation des failles mortifères comme les mensonges portés jalousement par ce système totalitaire au conspirationnisme nihiliste et les traumatismes individuels et collectifs qui en ont résulté peuvent ainsi développer un solide attachement aux vertus d’un modèle démocratique s’arcboutant sur la voix du peuple et rien que par le peuple.

La conviction et la rationalité viennent ainsi renforcer les choix de la société en général et des individus en particulier pour s’en défaire du joug de la domination. L’homme est comme une araignée qui tisse la toile de ses propres convictions, de ses propres actions. 

 

Auteur
Bachir Djaider (journaliste et écrivain)