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EXPRESS

Famille musulmane tuée au Canada : Trudeau dénonce un acte terroriste

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a dénoncé mardi une "attaque terroriste" après la mort de quatre membres d'une famille musulmane fauchés par un conducteur, qui a relancé le débat sur la montée des violences anti-musulmans dans ce pays longtemps réputé tolérant et ouvert.

Le Premier ministre canadien ne doute pas sur l'essence de cet acte barbare. "Cette tuerie n'était pas un accident. C'était une attaque terroriste, motivée par la haine, au coeur de l'une de nos communautés", a fustigé M. Trudeau lors d'un discours devant la Chambre des Communes.

L'auteur de l'attaque, arrêté peu après les faits, avait foncé dimanche soir sur une famille qui attendait de traverser à un carrefour, faisant quatre morts et un blessé grave. L'homme, qui doit comparaître devant un juge jeudi, été inculpé de meurtres avec préméditation et plusieurs dirigeants de la communauté musulmane ont appelé la justice à qualifier cet acte de terrorisme.

"Ils ont tous été visés en raison de leur foi musulmane", a-t-il souligné. "Ça se passe ici, au Canada, et ça doit cesser", a ajouté M. Trudeau.

Le Premier ministre a rappelé que le Canada avait connu ces dernières années, et notamment depuis la fusillade de la mosquée de Québec qui avait fait six morts en 2017, une hausse "des actes de haine et de racisme" qui ont écorné son image d'ouverture et de tolérance envers les minorités, sexuelles ou raciales.

"Nous devons avoir conscience que le Canada n'est pas immunisé contre ce genre d'intolérance et de division qu'on peut voir ailleurs dans le monde", a prévenu le chef du gouvernement lors d'un point presse.

A l'instar de l'opposition et de plusieurs dirigeants de la communauté musulmane, il a reconnu que de nombreux musulmans vivaient dans la peur au Canada.

"Aujourd'hui, des Canadiens non-musulmans découvrent, parfois pour la première fois, l'insécurité et la peur dans lesquelles vivent les musulmans canadiens lorsqu'ils sortent", a-t-il relevé.

Il a appelé ses concitoyens à "lutter activement pour repousser l'ignorance et l'intolérance", ne serait-ce qu'en adressant un sourire aux prochains musulmans qu'ils croiseront.

Il a notamment promis de renforcer la lutte contre la haine en ligne, de mieux protéger les lieux de cultes ou de traquer les groupes racistes d'extrême droite, comme le gouvernement l'avait fait en début d'année en ajoutant l'organisation des "Proud Boys", groupe "néofasciste", à sa liste des entités terroristes interdites au Canada.

Veillée funèbre

Parmi les dirigeants de partis qui ont multiplié hommages et mises en garde aux Communes, le chef du Nouveau parti démocratique (NPD, gauche), Jagmeet Singh, s'est montré le plus virulent.

"La réalité, c'est que notre Canada est un lieu de racisme et de violence, de génocide envers les peuples autochtones", a martelé M. Singh, qui est sikh. "C'est un endroit où les musulmans ne sont pas en sécurité", a-t-il ajouté, très ému.

"Notre Canada, c'est un endroit où 215 petits enfants ont été retrouvés morts dans des tombes anonymes", a-t-il fustigé, en référence à une autre découverte qui a ébranlé le pays, celle des restes de 215 élèves d'un ex-pensionnat autochtone controversé de Colombie-Britannique.

A London, où le drame a provoqué émotion et colère au sein de la communauté musulmane, une veillée funèbre est prévue mardi en début de soirée à la mosquée. MM. Trudeau et Singh ainsi que le chef de l'opposition conservatrice Erin O'Toole ont prévu d'y participer.

La police de London avait affirmé lundi que le suspect, Nathaniel Veltman, 20 ans, avait délibérément foncé sur une famille musulmane avec son pick-up dans le cadre d'un acte "prémédité et planifié, motivé par la haine".

L'attaque a coûté la vie à trois générations de la famille Afzaal, originaire du Pakistan: Madiha, 44 ans, étudiante doctorante dans le domaine de l'environnement, son mari Salman, 46 ans, leur fille Yumna, 15 ans, et la grand-mère, âgée de 74 ans, selon un communiqué de la famille. Le fils du couple, âgé de neuf ans, a été grièvement blessé, mais ses jours ne sont pas en danger.

Elle a également ravivé le souvenir douloureux d'une fusillade de masse dans une mosquée de Québec en janvier 2017, considérée comme l'une des pires attaques du genre dans un pays occidental, avant celle de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, en 2019.

Un suprémaciste canadien, Alexandre Bissonnette, âgé alors de 27 ans, avait ouvert le feu sur les fidèles rassemblés à la mosquée de Québec, tuant six personnes et en blessant grièvement cinq autres. Le tireur a été condamné à la prison à vie.

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Avec AFP