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Chronique-Naufrage 

France-Algérie : quand le foot réveille la haine maladive

Le foot n’est pas que du sport. C’est une géopolitique et une philosophie. Il l’a toujours été.  Lors de l’actuelle Coupe d’Europe, le constat qui  a choqué les téléspectateurs d’Afrique et d’Orient est cet énorme public présent dans les gradins ; les corps se frottent, se collent, s’enlacent…

La majorité des pays européens mènent bien la campagne de vaccination. Si celle-ci échoue en Afrique et en Orient c’est pour deux raisons. D’abord, la plupart des pays de ces Régions, voire tous,  ont acheté seulement quelques milliers de doses et préfèrent leurrer le peuple par le mensonge à travers les médias. « Nous sommes les premiers à avoir importé le vaccin », « nous sommes les premiers à avoir vacciné le peuple », disent les responsables véreux. Les statistiques de vaccination par pays le prouvent. 

Ensuite, la majorité des citoyens de ces Régions refusent le vaccin parce qu’ils n’ont pas confiance en tout ce qui vient d’un Etat totalitaire : élections, vaccin, parole…L’absence de confiance entre Etat et peuple est un des signes de la  dictature. 

En Algérie, suivre un match des compétitions dans un café vaut mieux que de le suivre seul dans un salon de luxe. Puisque le foot a  une géopolitique, cela permet de voir-analyser les réactions des Algériens sur les équipes et   leurs pays, en général sur l’Autre. 

La France affronte la Suisse. Témoignage de l’auteur : le café est plein ; ni distanciation ni protocole sanitaire… ; tout se mêle dans une harmonie cent pour cent algérienne : pets, commentaires, tabac, rires, insultes, bruit, glaces, café, etc. 

La France a une forte équipe. Le terrain en témoigne. Ce qui l’embellit davantage, contrairement à d’autres, c’est la riche diversité identitaire des joueurs. Portant le même maillot, jouant avec ferveur pour le même drapeau, ils ont chacun une identité-rhizome (réf. à Glissant) tissée d’origines et appartenances diverses. Qu’ils soient noirs, blancs, marrons…ils se sentent pleinement Français et rêvent de dédier la Coupe  aux autres Français. La France n’est pas blanche. La nationalité et  l’amour de la patrie  n’ont  pas de couleur. 

Cette diversité identitaire devient ainsi richesse et force collective.   Elle annule notamment toutes les théories racistes et assimilationnistes. C’est la preuve que Zemmour, Le Pen, l’extrême droite et leurs adeptes ont tort. Il y a quelques années, Zemmour insulta Hapstou Sy par un commentaire raciste disant que son nom (non-français selon lui) était une honte pour la France. Cependant, le foot prouve que les millions de Français, de différentes peaux et religions,  sautent de joie quand Benzema marque des buts ; son nom n’est-il pas d’origine maghrébine ? 

Revenons à l’ambiance du café. Quand la Suisse marque, tous les téléspectateurs se lèvent et  crient de joie. Quand la France marque, c’est plutôt le désespoir et  la colère…Les Bleus méritent d’être supportés pour leur magnifique jeu, mais en Algérie la majorité des téléspectateurs préfèrent l’adversaire. La cause : la haine maladive héritée de l’Histoire. L’adversaire de la France, quoi qu’il soit, est  donc un choix par défaut pour la majorité des Algériens. 

Les commentaires, imbibés d’insultes et de huées,  dans la salle le prouvent : "la France out", "les colons", "ils nous ont colonisés », « la France nous a fait du mal », « La France dégage »…Celui qui ose afficher son soutien pour les Bleus est qualifié de harki  comme ce jeune qui entre à la deuxième mi-temps avec un maillon de l’équipe française. La pelouse devient décor pour une suite de La Bataille d’Alger. 

La Suisse gagne, la joie de ces Algériens-là se double. Joie vengeresse. Celle-ci envahit la rue. Certains automobilismes klaxonnent. Joie versus haine anti-française. L’atmosphère se projette sur le Net et dure des jours. Bref, à chaque occasion que la France joue au foot, la majorité des Algériens préfèrent l’équipe adverse. La précédente Coupe du monde en témoigne aussi. Sur le visage des joueurs, ils voient l’image de la France coloniale qui avait tué, torturé, spolié, déculturé… 

Au-delà de ce constat, la majorité des Algériens   souffrent du syndrome de l’Histoire qui fait qu’ils voient le passé colonial en tout ce qui est français (équipe, langue, produits…). Cela aide le pouvoir algérien à tuer la révolution du peuple : dire que l’Algérie a des ennemis extérieurs, que l’échec n’est pas la faute du  gouvernement mais de la France et ses alliés. Ainsi, haïr l’équipe de France  leur permet de venger la période coloniale, de guérir le complexe du colonisé.  C’est un problème de conscient (inconscient même), une défaillance psychique.

La grande erreur (héritée d’une génération à l’autre)  des Algériens est de chercher un coupable extérieur pour expliquer leur malaise, le naufrage de leur pays…L’Algérie a eu son indépendance en 1962. Elle est gérée par des Algériens depuis. Donc, le coupable est un Algérien. L’ennemi de l’Algérie c’est le pouvoir algérien qui ignore le peuple, survit par les énergies fossiles, ferme les yeux devant la corruption et la bureaucratie, matraque les manifestants dans la rue, augmente les impôts et prix des marchandises pour remplir le Trésor,  emprisonne des  opposants…

Qui a mis en prison ces 300 détenus d’opinion, la France ou le pouvoir algérien ? Qui est responsable de la crise d’eau actuelle ? C’est  honteux que la capitale Alger subisse une crise d’eau alors que les autres pays la cherchent sur Mars, qu’en Singapour et Emirats Unis (développés en quelques années), il y ait des piscines au bout  des gratte-ciel ! Le café déserté devient une jungle : chaises renversées, gobelets jetés, café renversé, mégots, etc. Ce désordre c’est la France qui l’a fait au café ? 

Ce syndrome de la haine maladive s’adapte aussi aux anciennes colonies françaises. Le cas surtout de l’Afrique noire. Au lieu de se révolter contre la dictature, les Africains  justifient l’échec par l’esclavagisme, la colonisation, les génocides…

La colonisation est un crime contre l’humanité. Même Macron l’a dit lors d’une visite à Alger. Mais justifier l’échec par l’Autre c’est perpétuer le complexe du colonisé autrement : perpétuer  la dépendance à l’Autre. L’indépendance historique n’est qu’une date ; c’est l’indépendance intellectuelle qui compte. La lucidité vient de l’autocritique. Le développement commence par l’appropriation du JE ; dire  « je suis moi-même pas ce que sont les autres ».  Se recroqueviller  sur le passé, beau ou mauvais, c’est tuer le présent. L’avenir commence par assumer le présent. Cher Algérien, remets-toi en cause. Regarde-toi dans le miroir !  Sois toi-même ! 

Une citation de Raharimanana illustre bien cette analyse : « …mais au lieu de focaliser sur l’ennemi, ou un supposé ennemi, il aurait fallu nous tourner vers nous-mêmes et nous réaliser enfin, nous engendrer de nouveau, dans la plénitude et la capacité de nos êtres, dans la puissance de nos inventions, dans la poétique de nos vies, vers le retour à un nous du grand universel … » (Tisser, Mémoire d’encrier, 2021, p39). 

Ce phénomène psychiatrique dénude notamment l’hypocrisie algérienne. Ces milliers  d’Algériens cultivant la haine envers la France consomment les produits français, gaspillent tant d’argent pour un visa français, et risquent leur vie sur des barques pour prendre des photos devant la Tour Eiffel. Exemple : avant la Covid19, les centres de visa de France en Algérie recevaient plus de 1000 demandes par jour. Certains d’entre eux sont déjà installés en France et n’hésitent pas, par mécanisme d’hypocrisie, à sortir fêter dans la rue  les défaites sportives de la France. 

Cultivée envers quiconque, la haine c’est la haine. C’est  un mal qui nuit à la personne qui la cultive. Elle consume son éleveur. 

Tawfiq Belfadel est écrivain-chroniqueur. Fondateur du magazine Lecture-Monde

Auteur
Tawfiq Belfadel, écrivain-chroniqueur