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DISSIDENCE CITOYENNE

Gaïd Salah, Bensalah, Bedoui et le panel fustigés par les manifestants

Les millions de manifestants sortis ce vendredi 26 juillet à Alger et dans de très nombreuses villes du pays ont copieusement dénoncé Gaïd Salah chef d'Etat-major, le président par intérim, Noureddine Bedoui et le panel pour le dialogue.

Le mouvement de dissidence populaire refuse de perdre de sa superbe. Le ramadhan, la fin de l'année scolaire et la canicule ne sont pas arrivés au grand désespoir des tenants du pouvoir à avoir raison de la détermination des millions d'Algériens à donner une nouvelle trajectoire au pays. 

Aujourd'hui, le premier élément à retenir est que les noms des membres du panel sont dénoncés avec fracas par les manifestants. Désormais ils partagent le destin de ceux de Gaïd Salah, Bensalah et Bedoui, dont la démission est réclamée depuis plusieurs vendredis. 

L'autre élément est ce dispositif policier impressionnant qui dément les promesses du président Bensalah qui a pourtant promis son allégement notable. A croire que Bensalah parle dans le vide.

A Alger, les rues sont quadrillées par les forces de l'ordre. Les manifestants ont scandé « le Peuple veut l'indépendance », ou « y en marre des généraux », en référence à la place centrale occupée par l'armée dans l'appareil de pouvoir depuis l'indépendance. Son chef d'état-major, le général Ahmed Gaïd Salah, est en outre devenu le véritable homme fort du pays depuis la démission le 2 avril, après 20 ans à la tête de l'Etat, du président Abdelaziz Bouteflika, confronté à un mouvement de contestation inédit. 

Impossible à évaluer précisément en l'absence de comptage officiel, la mobilisation est restée forte ce vendredi, mais était moins massive que lors des gigantesques cortèges des premiers mois de contestation, déclenchée le 22 février. 

Désigné ce jeudi au sein du « Panel de médiation », Karim Younes, ex-président de la Chambre basse et ancien ministre de Abdelaziz Bouteflika, a rejoint le général Gaïd Salah et le président par intérim Abdelkader Bensalah parmi les cibles des manifestants qui ont notamment scandé: « Karim Younes, dégage ». 

Karim Younes dit « qu'il veut mener le dialogue avec le peuple, alors qu'en 2001, il était » membre du gouvernement « quand les manifestations contre le pouvoir ont été réprimées dans le sang en Kabylie », lors du « Printemps noir » qui a fait 126 morts, s'insurge Mohamed, fonctionnaire de 44 ans, venu de Béjaïa, à 180 km à l'est d'Alger. 

« Nous refusons le dialogue avec le gang » au pouvoir, proclame sur une pancarte Farid, agent immobilier de 51 ans, pour qui les six membres du panel « cherchent des postes ». 

L'un d'eux, l'économiste et président de l'association Algérie conseil export (ACE), Smail Lalmas, qui manifestait ce vendredi à Alger, a été encerclé par des manifestants lui reprochant d'avoir accepté de siéger au panel. « Je suis de ceux qui sont contre le dialogue (...) avec le régime », mais le rôle du panel est d'organiser « un dialogue avec des personnalités, des partis, des syndicalistes, des gens du Hirak », le mouvement de contestation, s'est-il défendu. 

Le départ des proches de Bouteflika demandé

Il a précisé que des conditions avaient été posées à Abdelkader Bensalah : limogeage du gouvernement du Premier ministre Noureddine Bedoui, libération des personnes arrêtées en lien avec la contestation, caractère contraignant des décisions du panel, notamment. « Si ces conditions ne sont pas satisfaites, nous n'irons pas au dialogue », a-t-il assuré. 

Les autres membres du Panel sont un ancien membre de la Chambre haute nommé sur le quota présidentiel par Abdelaziz Bouteflika, une professeure de droit public, un syndicaliste et un universitaire. Ces gens « ne nous représentent pas », estime Hmida Benssad, 46 ans. 

Le panel « a pour but de mettre en oeuvre la feuille de route de Bensalah (...) dont le seul et unique objectif est d'organiser la présidentielle », analyse Hmimi Bouider, 33 ans. 

 le « Hirak » refuse que ses anciens fidèles toujours au pouvoir, Abdelkader Bensalah et le général Gaïd Salah en tête, organisent la présidentielle devant élire son successeur, et réclame leur départ avant tout scrutin. Initialement convoquée le 4 juillet, la présidentielle n'a pu être organisée, faute de candidats. 

Vers une médiation sous conditions ?

Tout en rejetant cette revendication, le régime a fait plusieurs offres de dialogue pour sortir de la crise, jusqu'ici toutes refusées. Mais la dernière proposition d'Abdelkader Bensalah, le 3 juillet, d'un dialogue sans participation de l'Etat ou de l'armée pour définir les modalités d'organisation du scrutin, a semblé susciter l'intérêt d'une partie de la classe politique et de la société civile. Mais pas celui des manifestants. 

Parmi les conditions posées « avant toute ouverture de la médiation », indique Karim Younes dans un message posté sur Facebook et cité par la presse algérienne, figure aussi notamment « le respect du caractère pacifique des manifestations » par la police, « l'allègement du dispositif policier » à Alger lors des manifestations et le libre accès à la capitale ces jours-là. 

Discrets dans la matinée, les barrages routiers de gendarmerie, installés pour bloquer ou ralentir l'accès à Alger les jours de manifestations, sont réapparus à la mi-journée, selon des manifestants. 

Et dans le centre-ville, le déploiement policier semblait aussi imposant que les semaines précédentes. Quant à la libération promise des « détenus du Hirak », c'est un « chantage exercé sur les manifestants », estime Hmimi Bouider: « C'est une sorte de monnaie d'échange »: leur libération contre le dialogue.

Auteur
La rédaction/AFP
 

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