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TRIBUNE

Gaïd Salah et sa volonté de puissance

La prison n’est que l’antichambre derrière laquelle l’ogre, Ahmed Gaïd Salah, se taille les griffes pour aiguiser sa faim. Ce régime n’a jamais caché son envie vorace de disséquer, sans états d’âme, toute velléité d’opposition, à sa logique d’asservissement du peuple.

La balle se trouve dans le camp du plus fort, Gaïd Salah et son État-major, à la commande d’un pays en pleine révolution citoyenne et permanente.

Jamais l’Algérie n’a été confrontée à une telle scission dans les hautes sphères de l’État au point où, les factions et les clans se déchirent avec une violence sournoise et éminemment ahurissante. Habituellement, un clan s’efface au profit d’un autre, mais, aujourd’hui, ce sont des clans qui sont dynamités au détriment des autres.

La crise que couve le pays nous renseigne, encore une fois, sur le monde phobique dans lequel ce régime morbide se mure par peur de perdre le pouvoir.

La volonté de puissance d'Ahmed Gaïd Salah, dans les rapports de domination qui se jouent entre lui, le peuple et les institutions de l’État, nous montre à quel point l’homme a peur. Il a peur parce qu’il trouve dans le regard de ceux qu’il vient d’incarcérer son propre visage. Des hommes d’affaires véreux au tout-puissants militaires, anciennement aux commandes du pays, Gaïd Salah, accentue et creuse davantage les rapports de domination avec lesquels il compte déteindre son autorité sur la crise, en mettant sous les verrous, Louisa Hanoune.

Il cherche indéniablement à damner le pion à la volonté du peuple, dans son ascension vers une société civile et politique libre de toute tutelle. Que l’on soit d’accord ou pas avec Louisa Hanoune, nous ne devons jamais nous réjouir d’une telle infamie qui, en réalité,  en cache une autre, beaucoup plus machiavélique : la mise sous tutelle militaire du libre choix du peuple.

La volonté de puissance de Gaïd Salah se fait à contre-courant de la volonté de vie que revendique la rue. C’est son essence la plus intime qui se dévoile au travers les cisaillements qui préfigurent ce nouveau chapitre que traverse l’Algérie, et qui risque de nous réserver des rebondissements, beaucoup plus alambiques, que ce à quoi nous sommes  habitués à voir.

Gaïd Salah a peur et tire à vue d’œil sur la moindre cible qui sustentera à son oreille l’impératif dépérissement du régime auquel, lui aussi, est sujet. Cet impératif de dépérissement, qu’il a vu s’opérer sur les Bouteflika et les cercles d’influences qui gravitaient autour de lui, le contraint à se mouvoir dans d’autres schémas d’adaptation, avec comme seule alternative : devenir le nouveau Dieu (Rab Dzaïr) ou dépérir. Alors Gaïd n’entend plus la voix du peuple, mais les voix dissidentes qui peuplent sa peur. Il ne peut rester dans ses propres limites, parce qu’il est assailli par la peur qui habite tout tyran en mal de gouvernance, et en proie à des règlements de comptes qui risque de lui faire voir, à lui aussi, les abysses des geôles anonymes, que lui et ses semblables ont fait ériger dans le pays, pour annihiler les voix libres du pays.

Jusqu’où est capable d’aller Gaïd Salah dans sa purge au sein des sphères, anciennement, décisionnelles et également proches de lui ? Quelles traces, Ahmed Gaïd Salah, veut-il effacer du chemin qui le sépare à une magistrature sous sa tutelle pour que la machine judiciaire se mette en branle avec autant de célérité et de gravité ?  Gaïd Salah, répond-il aux revendications du peuple, ou met-il en exécution l’assainissement du chemin sur lequel il s’était bâti, à son tour, les mêmes affaires pour lesquelles d’autres, éjectés des centres de décision du pouvoir, risquent d’être lourdement condamnés ?

Dans le déterminisme de Gaïd Salah à asseoir sa puissance comme l’on fait ses prédécesseurs sur ce poste clé du pouvoir, il faut lire le pathos fondamental qui anime sa volonté, ainsi que la structure fondamentalement jusqu’au-boutiste, sur laquelle il compte bien mener ses purges au-delà des cercles proches et connaisseurs des affaires intimes qui les lit.

Ahmed Gaïd Salah  a entendu et a vu des choses bien réelles, celles dont il a délibérément fait le choix de se taire pour plaire, et ne délire absolument pas , quand il prétend voir ou entendre le bruit des affaires qui court bien plus vite que le vent de vendetta qui les propulse vers le devant de la scène.

Il ne verse pas dans la schizophrénie, mais déploie toutes les forces anticonstitutionnelles pour nous faire voir la peur à tous les coins de rue, comme le suggère l’arrestation de Louisa Hanoune. Il ne verse pas dans le délire , il y a bien un complot au sommet de l’état contre l’État et dont l’état d’avancement des conciliabules, sous le haut commandement de l’État-major de l’armée, semble nous conduire inéluctablement vers une autre dictature de type Al -Sissi, pour être dans l’ère du temps, et de type Pinochet, pour ne pas oublier que cet illustre dictateur militaire avait renversé un gouvernement démocratiquement élu.

Nous assistons à un conflit interne limite insaisissable et fondamentalement insatiable de vengeance et de règlements de comptes à tour de bras.

Au confluent de cette putride et capiteuse crise d’État, le vice-ministre de la Défense Gaïd Salah a développé un pathos tourné ostensiblement vers son unique instinct de survie, au moment où le rapport de force est à deux doigts d’être renversé au profit du Hirak . Il est, de plus en plus, animé par des pulsions de super puissance dont il pense être l’unique rempart pour ne pas céder, à son tour, à la pression de la rue.

Après avoir renversé le rapport de force qui l’avilissait sous les Bouteflika où il se faisait plier comme de l’origami, il veut renverser celui que la rue lui inflige, même s’il semble acquiescer à certaines de ses revendications. Toutefois, il s’entête à vouloir résorber la crise par le seul fait de nous offrir des têtes, en guise d’offrandes aux victoires acquises jusque-là grâce à l’inébranlable détermination du peuple, et oublie que, le berger qu’il est, aux yeux du peuple, est tout autant responsable de l’indécente opulence avec laquelle se drape ses anciens acolytes, qu’il abandonne, sans état d’âme, chaque fois que le danger sonne à sa porte.

Ahmed Gaïd salah est dans une perspective de démantèlement des structures qui mènent vers la vérité, là où les autres belligérants de la crise, sous ses verrous, croupissent. Il en fait une lecture démentielle de ce qui arrive dans le pays et ne saisit toujours pas la peur qui l’assaille, chaque vendredi un peu plus.

Au déterminisme du Hirak, il oppose son jusqu’au-boutisme. Seul un président dont la mouture sortira de la purge qu’il a décidé de mener, de façon à ce que la période de transition se solde par une phase de réémergence d’un régime sous ses mains, le soulagera des démons qui l’empêchent de dormir.

Mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, avec toute son armée à portée de mains, il a peur. Finalement, Gaïd Salah est un homme des abysses, ce qu’il craint le plus, c’est la lumière.

Auteur
Mohand Ouabdelkader