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TRIBUNE

Gaïd Salah, le drapeau amazigh a toute sa place, pas vous !

Une insupportable décision d'un général, ce qui est presque un pléonasme, vient d'interdire tout autre drapeau dans les manifestations que l'emblème national. Bien que d'autres drapeaux soient en cause, celui qui gêne les autorités militaires et illégitimes de ce pays est le drapeau amazigh. Il y a dans cette décision un contresens juridique et une argumentation politique inacceptable.

Pour ce présent article l'auteur est à l'aise car il n'a jamais cessé de dénoncer le mythe du drapeau, quel qu'il soit, comme étant le meilleur outil des populistes et des autocrates de dévier le sens national à leur profit.

Cependant, je ne peux nier que le drapeau national est un moyen d'identification internationale tout autant que le ralliement d'une très grande majorité de citoyens d'un pays à un sentiment national d'appartenance.

Même après avoir lutté toute ma vie sur le sens profond que signifiait l'appartenance nationale, radicalement éloignée de la dévotion à un morceau de tissu, je sais qu'il est pourtant nécessaire car beaucoup ont besoin d'une symbolique de représentation.

D'autant que celui qui est interdit aujourd'hui symbolise deux aspects irréfutables, raison pour laquelle je ne peux que le défendre. D'une part, il est la marque d'une origine historique forte et indéniable de la nation. D'autre part, il représente une certaine valeur d'opposition suite à des droits reniés et perpétuellement encadrés par la volonté d'un régime militaire brutal.

Commençons par l'argument juridique. Le drapeau officiel algérien est consacré par la constitution, il est unique et seul lui peut représenter le pays dans ses manifestations publiques, intérieures et internationales.

Mais la « manifestation du pouvoir public » n'est en aucun cas la manifestation d'un public dans l'espace public lorsqu'elle n'a rien à avoir avec les autorités publiques. En clair, monsieur Gaȉd Salah confond les défilés du régime militaire avec une population qui défile pour lui demander de dégager.

Les manifestations de rues actuelles ne sont donc pas du tout l'émanation d'une quelconque représentation publique nationale. C'est un ensemble de personnes, privées et militantes d'une cause, qui défilent dans un espace public. Ils ont la liberté d’arborer tous les signes représentatifs de leur message.

Jusqu'à preuve du contraire, ils n'ont pas brûlé le drapeau algérien comme ils ne lui ont fait subir aucun acte répréhensible par la loi. Tous les pays imposent effectivement que ce bout de tissu ne soit pas maltraité car on considère que cela porterait atteinte à la conviction nationale de millions de citoyens.

Il n'y a donc, dans ce premier volet juridique, aucune offense ni atteinte au droit si des citoyens libres défilent avec le drapeau qu'ils souhaitent. Le droit des réelles démocraties (très éloigné du monde de Gaȉd Salah) est assez clair sur ce qui n'est pas permis dans une manifestation publique en ce qui représente les symboles et messages.

Et si nous en venons au second point, l'aspect politique, ma conclusion est tout autant sévère et sans concession.

Le drapeau national, c'est le régime militaire qui l'a foulé au pied et sali jusqu'à le maculer de sang, de boue et de souffrances. C'est assez révoltant que ce régime militaire puisse sans cesse se revendiquer être le garant du respect que l'on doit au drapeau national.

C'est une nation, toute entière ainsi que ses dirigeants, qui doit faire en sorte qu'un bout de tissu soit l'émanation d'un appartenance nationale, fière et assumée. Avec le régime militaire, il est un lambeau qui traîne par terre de sa décrépitude.

Puis il appartient à ce drapeau de prouver qu'il est un véritable symbole de ralliement national. Si nos compatriotes berbérophones avaient étés traités comme il se doit, je ne suis pas sûr que le problème existerait dans sa manifestation publique. Tout au plus y aurait-il une discussion, même poussée et très chahutée, pour arriver à un consensus sur le graphisme d'un drapeau national sous lequel tous nos compatriotes se seraient sentis unis à la nation.

Et là, seulement à cette condition, ce bout de tissu représenterait une valeur symbolique forte de réunion de toutes les composantes nationales.

Non, Monsieur Gaȉd Salah, ce n'est pas au drapeau amazigh de dégager, c'est à vous de le faire. Vous avez d'ailleurs souillé les deux drapeaux comme tous les autres car ils représentent tous les valeurs de l'humanité, celles dont vos actes vous ont exclu.

Auteur
Sid Lakhdar Boumediene, enseignant