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DECRYPTAGE

Gestion du parc scolaire et universitaire en question

Qui a idée de l’ampleur qualitative et quantitative des parcs scolaires et universitaires de notre pays (1) ? Dès lors, la question qui se pose, est de savoir comment ces établissements publics sont-ils gérés !

En effet, les dernières statistiques de l’ONS (office national des statistiques) affichent, pour l’année 2019/2020, un total de quelques 27.000 établissements, répartis entre environ 19.000 pour le préparatoire et le primaire, 5.500 pour le moyen et 2.400 pour le secondaire. Ces chiffres donnent, tout simplement, le vertige, sans entrer dans leur répartition spatiale ni la concentration d’élèves par classe et encore moins le nombre de légions d’enseignants.

Il est clair que le problème de la gestion de ces parcs interpelle plus d’un, dans les compartiments de la construction des nouveaux établissements, dans celui de leur maintenance et enfin dans la capacité de gestion des établissements au niveau local, régional et national. Le même raisonnement doit être effectué pour les établissements universitaires, de formations professionnels et ceux de santé !

Le budget de fonctionnement de l’éducation nationale avoisine les 771 milliards de DA, le second après celui de la défense nationale (2) pour 2021, essentiellement affecté à la couverture des salaires des enseignants et des employés d’encadrement, de soutien et les menues dépenses. Les crédits de paiement pour l’équipement sont de 122 milliards de DA et prennent en charge les différentes dépenses liées à cette activité.

Il y a lieu d’ajouter les budgets communaux et de ceux des wilayas (48 Directions des équipements publics) qui contribuent dans une moindre mesure, certes, au financement de l’éducation nationale dans les volets des cantines, du transport, de la santé, du sport et de l’animation scolaire.

Les principes de la décentralisation des décisions et de la déconcentration des budgets, sont de rigueur, de manière à être au plus proche des usagers et répondre, au plus vite, aux réalités spécifiques du terrain. Mais là où les choses se compliquent singulièrement, c’est dans la régulation de la gestion optimale des flux financiers et des discriminations introduites par une trop grande décentralisation et déconcentration (wilayas riches et celles pauvres).

La seule façon de régler ce problème, c’est par la création d’une agence de régulation, à compétence nationale, chargée de la planification de la construction, de la maintenance et de la supervision de la gestion du parc immobilier de l’éducation nationale (3).

Autonome vis-à-vis de l’administration centrale de l’éducation nationale, qui a le monopole de la gestion pédagogique, cette agence, construite sous la forme d’un EPIC, sera certainement plus outillée pour introduire les règles minimales de normalisation en matière de construction, de maintenance et de gestion rationnelle des moyens alloués à cette administration centrale sensible et budgétivore.

Il en va de même pour la cinquantaine d’universités et de centres universitaires dont gestion est confiée à une direction centrale au ministère et aux rectorats, dans le domaine de la construction, de la maintenance, des équipements et de la gestion (4).

Le même raisonnement peut être élargi aux établissements de santé (hôpitaux, cliniques, dispensaires, salles de soin...) dont la gestion est confiée à des médecins (5), dont ce n’est certainement pas le métier ou à un encadrement déficient dans le domaine de la gestion et du management. Si on ajoute à cela le secteur de la jeunesse et des sports, la boucle est bouclée entre les complexes sportifs et les OPOW et autres stades communaux!

Or, il se trouve que de manière directe ou indirecte et certaines fois au niveau syndical, l’idée même de création d’une agence nationale autonome chargée de la régulation dans le domaine, est rejetée pour des raisons subjectives indéfendables, au vu de la gabegie de la gestion actuelle et de son incurie. Certaines voix pointent du doigt la corruption dans l’octroi des marchés par les acteurs locaux, régionaux et centraux, qui refusent que cette rente leur soit ôtée au profit de cette agence !

De toute manière, le constat de mauvaise gestion est acté et il exige l’introduction des réformes profondes afin de rationnaliser le gouffre financier de tous ces importants secteurs que sont l’éducation, la santé, l’enseignement supérieur, la jeunesse et le sport. Il est donc nécessaire qu’une réflexion en profondeur soit menée avec courage et résolution pour mettre fin à des systèmes de gestion d’un autre temps, confiés à un encadrement défaillant et qui coût très cher en termes de budget, sans que la qualité et l’efficacité ne soient toujours au rendez-vous.

M.G.

Notes

(1) Il faut ajouter les 18.400 mosquées et autres écoles coraniques.

(2) En fait, si l’on ajoute les budgets communaux et ceux des wilayas consacrés à l’éducation nationales ainsi que ceux des autres ministères comme la santé, le transport, le sport, les équipements pédagogiques et la solidarité, il devient le premier.

(3) Ceux sont deux directions centrales (planification et finances) qui jouent le rôle de régulateur principal ce qui paraît dérisoire.

(4) S’agissant des œuvres universitaires c’est l’ONOU qui est en charge de la gestion des restaurants et de cités universitaires. Les scandales actuels et antérieurs nous en disent long sur son inefficacité et sa probité.

(5) Cette situation crée une double sanction, puisque le médecin ne peut exercer son métier et il est incompétent dans le domaine de la gestion et du management.

 

Auteur
Dr Mourad Goumiri, professeur associé