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DECRYPTAGE

Guerre commerciale sino-américaine : le prix du pétrole et la conjoncture algérienne 

Finalement il est vrai de dire que contrairement à de nombreux produits dans le domaine de l’énergie, ce n’est certainement pas le prix qui fait la consommation mais c’est cette dernière qui l’impose.  

Mercredi, le baril du Brent est redescendu à l’ouverture jusqu’à 56,230 dollars le baril. Il a clôturé à 57,92 dollars le baril. Le coup de grâce lui vient de la diminution des stocks américains. 

En effet, en référence aux données du Département américain à l'énergie, les stocks de brut domestiques, hors réserve stratégique, ont augmenté de 2,4 millions de barils lors de la semaine close le 2 août, à 438,9 millions de barils (mb). Le consensus tablait sur un repli de 2,7 mb. Les stocks d'essence ont, quant à eux, progressé de 4,4 millions de barils contre un repli de 1,25 mb attendu, alors que les stocks de produits distillés ont crû de 1,5 million de barils. Le light sweet crude creuse ses pertes après cette annonce, en baisse de 4,5% à 51,2$ sur le Nymex. 

Il est clair que les analystes continuent à penser que les taureaux ont bien pris le dessus par rapport au déséquilibre actuel mais rien de rassurant ne vient du côté de la production y compris celle du gaz et du pétrole de schiste. 

Il existe toujours un excédent de pétrole sur le marché en dépit, d’une part, des sanctions américaines contre l’Iran et le Venezuela et d’autre part, la coupe OPEP non OPEP. 

Un deal semble se dessiner sur la base des contraintes ci-après : l’Arabie Saoudite, chef de fil des producteurs arabes et africains, craint que le prix dégringole dans les semaines qui suit à moins de 40 dollars le baril et prépare sa riposte. La Russie traîne les pays non producteurs dans la limite qui leur paraît suffisante, celle de 60 dollars. 

Donald Trump a tout intérêt pour que cette baisse entraîne un prix au maximum bas à la pompe pour qu’il soit réélu. Mais en entrepreneur et businessman aguerri, il fera un geste pour les producteurs américains de schiste pour qu’ils produisent d’une manière rentable. Le niveau de technologie semble-t-il n’arrête pas de réduire leur coût de production  de pétrole et gaz de schiste pour situer leur rentabilité à moins de 50 dollars. 

Cette baisse est venue au mauvais moment pour l’Algérie

Pour les autres pays dit « suiveurs » qui ont très peu d’influence sur le cours des choses, en premier lieu l’Algérie, cette baisse est venue au mauvais moment. L’économie algérienne reste parmi les plus vulnérables à la fluctuation des prix du baril de pétrole. Selon une estimation très récente faite par l’agence d’information financière Bloomberg qui cite, elle même le Fonds Monétaire International (FMI), l’Algérie a besoin pour équilibrer son budget 2019 d’un prix de 116,4 dollars le baril, limite qui ne peut être atteint qu’en cas d’un conflit géostratégique grave comme celui de la poudrière du Moyen-Orient. 

Or, il n’y a pas que Poutine qui refuse une telle option ; Donald Trump aussi en pleine campagne pour un second mandat, ne veut pas un carburant cher pour ses électeurs américains. 

Le problème de l’Algérie, le Venezuela, l’Iran et le Nigeria est encore aggravé par une chute de leur production pour des raisons particulières à chaque pays, parfois techniques dans d’autres cas politique, comme c’est le cas de l’Iran. 

Selon les derniers chiffres publiés par la banque d’Algérie sous l’égide du ministère des Finances au 31/03/2019, le déficit budgétaire a fait un effort de 22% par rapport à la  même période de l’année 2018 soit 992,67 milliards de dinars contre 1276, 5 milliards dinars l’année dernière sur la même période. 

La même estimation américaine situe le niveau d’équilibre budgétaire pour 2019 de l’Iran à 125,6 dollars, le Nigeria à 150 dollars, le Venezuela à 276 dollars. Les autres membres s’en sortent bien avec la fourchette actuelle comme par exemple l’Irak 64,30 dollars, Koweït 48,80 dollars, la Libye 71,30 dollars et les Emirats arabes unis 65 dollars.  

Auteur
Rabah Reghis
 

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