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HOMMAGE

Hamid Cheriet est mort, vive Idir ! 

La mort, ou bien cette fenêtre que nous traversons les pieds en avant pour aller rejoindre l’au-delà, elle n’est en rien la fin de la vie, mais son prolongement vers l’infini. La différence entre les entités existantes ici-bas et celles qui n’y sont plus est le fait de leur présence qui n’est plus. Leur absence se traduit par leur silence. Ni leurs regards, ni leurs gestes, ni leurs consciences dont leurs paroles qui en étaient les miroirs nous sont désormais choses accessibles.

Certains se demanderont les raisons de cette logorrhée un brin lourdaude, absconse et diantrement philosophique. La raison est simple : 

Si Idir a rendu son dernier souffle, ses textes, quant à eux, ses chansons aussi, ses actions, ses engagements et prises de positions nous ont donné accès aux portes grandes ouvertes de l’universalité. Elles le demeureront toujours en nous et pour nous tous. 

Toutefois, la dignité dans la douleur doit imposer un certain nombre de réflexes intellectuels. Ne peut plus parler en son nom, ne peut rendre compte de son monde et expliquer l’ordre de son univers que sa famille, proches et intimes. Pour les autres, intellectuels de tous bords, journalistes et penseurs... l’amour-propre, l’honnêteté intellectuelle et l’amour de la sagesse vraie imposent que nous évitions de le convoquer sur les plateaux des télévisions pour polémiquer, ou, pire encore, de le citer à comparaître devant les tribunaux des réseaux sociaux et autres canaux de diffusion de la parole médiocre.

Nul pouvoir ne confère le droit de le juger ou le faire parler par contumace. Cela ne relève en rien d’un débat sain et aucunement d’une volonté qui voudrait se défendre de toute accusation d’insincérité.

Exceptées les réactions outrageuses, injurieuses et exagérées, le devoir s’impose de lui-même, en soutien aux prises de paroles faites par tous les intellectuels, journalistes, artistes et personnalités médiatiques, comme tous les anonymes qui ont pris la défense de la mémoire encore vive d’Idir, après s’être sentis piqués au vif dans un moment cuisant de douleur, dans un moment de deuil que nul ne sait comment le gérer, de par la situation sanitaire que traverse la planète et qui a changé notre rapport au monde et, par-dessus tout, notre rapport à la mort. 

La parole sage doit se joindre à celles de tous les honnêtes gens qui se sont offusqués quand ils ont lu, vu ou entendu certains vendeurs de leçons de morale à la sauvette s’attaquer à ce monument de notre histoire contemporaine, l’invectiver, ou, pire encore, tenter de réécrire l’histoire en usurpant sa propre histoire et celle de son peuple qu’il a tant aimé.

Idir a écrit sa légende et, par-delà tout, il a restitué au monde entier la romance de son peuple à travers ses chants et notes berceuses. Ceux qui ont attendu qu’il ne soit plus du monde des vivants pour tenter d’écrire à la marge de notre histoire, pour y greffer leurs idéaux ou, pour uniquement la falsifier et l’inféoder à leurs propres fins et agendas, à ceux-là nous nous devons de leur rappeler que le silence, en plus d’être une source de vertus, en plus d’être l’arbre qui porte les fruits de la paix... le silence est avant tout la première des sagesses.

Auteur
Azeddine Idjeri