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REGARD

"The hill we climb", le poème d’Amanda Gorman qui bouleverse l’Amérique  

Elle n’a que 23 ans, elle est noire, elle est maigre (la totale pour échouer), et pourtant elle a réussi à voler la vedette à Joe Biden, ce mercredi 20 janvier, jour de l’investiture du 46ème président des États-Unis.

Le poème d’Amanda Gorman est tellement beau que nous n’avons pu résister à la tentation de vous le traduire. Mot à mot « the hill we climb » signifie « la colline que nous escaladons » mais nous lui avons préféré « la colline en amont ». 

Ah si nos dirigeants pouvaient s’en inspirer ! non pas pour mieux nous diriger mais pour laisser les énergies se libérer. Car on ne nous fera pas croire que notre pays ne regorge pas de talent et d’excellence. Une excellence muselée par une bande de chenapans qui se soigne en France ou en Allemagne pour ne laisser à l’intelligence de nos enfants guère d’autre choix que celui d’agoniser dans les mosquées ou dans les prisons.

Même si la traduction ci-après ne prétend pas à la perfection, à vos émotions ! 

La colline en amont

Quand le jour se lève nous nous demandons où trouver la lumière dans cette ombre qui s’étale à l’infini 

La perte que nous supportons, une mer que nous devons surnager 

Nous avons bravé le ventre de la bête

Nous avons appris que le calme ne signifie pas toujours la paix

Et les normes et les notions de ce qui juste est 

N’est pas toujours « juste-ice »

Et pourtant l’aube nous appartient avant de l’affronter

En fait nous la créons

En fait nous avons vécu pour être les témoins d’une nation qui n’est pas brisée mais seulement inachevée

Nous les héritiers d’un pays et d’un temps

où une petite fille noire et maigre descendante d’esclaves, 

élevée par une mère célibataire, peut rêver de devenir présidente 

pour se retrouver en train de réciter pour Un président

 

Oui nous sommes loin d’être étincelants, loin d’être parfaits

Mais cela ne veut pas dire que nous nous éloignons d’une union parfaite

Nous nous efforçons de construire l’union avec un objectif

De composer un pays embrassant toutes les cultures, toutes les couleurs, tous les personnages de dimension humaine

De ce fait nous ne jetons pas nos regards sur ce qui se dresse entre nous 

mais ce qui se dresse devant nous

Nous mettons fin à nos divisions parce que nous faisons de notre futur la priorité, 

nous devons mettre nos différences de côté

Nous baissons les bras pour que nous puissions tendre les bras les uns aux autres

Nous ne voulons aucun mal à personne mais voulons l’harmonie pour tous

Que le monde puisse, à défaut d’autre chose, constater que cela est vrai :

Que même quand nous pleurons, nous grandissons

Que même quand nous sommes blessés nous espérons

Que même quand nous fatiguons, nous essayons

Que nous serons liés pour toujours, par la victoire

Non pas parce que nous ne connaîtrons plus la défaite

Mais parce que nous ne sèmerons plus jamais la division 

 

L’écriture nous intime d’envisager que chacun puisse se seoir sous sa vigne et son figuier

Et personne ne leur fera peur

Si nous devions vivre à la hauteur de notre temps

Alors la victoire ne sera pas arrachée par l’épée

Mais dans tous les ponts que nous avons édifiés

C’est la clairière promise

La colline que nous escaladons

Si seulement nous osions

C’est parce qu’être américain c’est plus qu’une fierté que l’on hérite

C’est le passé dans lequel nous nous engouffrons et comment nous le réparons

Nous avons été témoins d’une force qui aurait brisé notre nation au lieu de la partager

Aurait détruit notre pays si son but était de différer la démocratie

Et cet effort a presque réussi

 

Mais si la démocratie peut être épisodiquement différée elle ne peut être défaite pour de bon

En cette vérité en cette foi nous croyons

Parce que pendant que nos yeux sont rivés sur le futur, les yeux de l’histoire sont rivés sur nous

Voici venu l’ère de la juste rédemption 

Nous redoutions son commencement

Nous ne nous sentions pas préparés à être les héritiers d’une heure si terrifiante

mais d’elle si nous puisions la force d’écrire un nouveau chapitre

Pour offrir l’espoir et le rire pour nous-mêmes

Alors quand nous nous demandions, comment est-il possible de dominer la catastrophe

Maintenant nous affirmons

Comment serait-il possible que la catastrophe nous domine

 

Nous ne marcherons pas vers ce qui fut

Mais cheminerons vers ce qui sera

Un pays meurtri mais entier, bienveillant mais audacieux, féroce et libre

Nous ne serons pas remués ou interrompus par l’intimidation

parce que nous savons que notre inaction ou inertie

serait l’héritage de la génération qui suit

nos bévues se transformant en leurs fardeaux 

Mais une chose est sûre :

Si nous fusionnons la miséricorde à la force

et la force au droit

Alors l’amour devient notre testament

celui qui changera le droit de nos enfants

 

Alors laissons derrière nous un pays

meilleur que celui qu’on nous a laissé

Chaque souffle de ma poitrine en bronze pilé 

nous transformerons ce monde blessé en monde merveilleux

Nous nous dresserons des collines dorés de l’ouest,

Nous nous dresserons du venteux nord est

où nos aïeuls ont initié la révolution

Nous nous dresserons des villes bordées de lacs des états du Midwest

Nous nous dresserons du sud ensoleillé

Nous reconstruirons, nous réconcilierons et guérirons 

Et chaque recoin connu de notre nation et

chaque endroit qui s’appelle notre pays

Notre peuple divers et beau émergera, battu et beau

 

Quand le jour se lèvera nous sortirons de l’ombre, enflammés et sans peur 

Une nouvelle aube fleurira quand nous la libèrerons

Parce qu’il y a toujours de la lumière

Quand nous sommes assez braves pour la discerner

Quand nous sommes assez braves pour en être ses traits.

Auteur
Kacem Madani