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REGION

Ichekaben (Kabylie) : marche blanche en hommage à Rahima et Manel

Une marche blanche en hommage à Rahima et Manel a réuni, vendredi 02 avril, plus d'une dizaine de milliers de personnes au village Ichekaben, commune de Feraoun dans la wilaya de Béjaïa. 

Une marche en souvenir de ces deux victimes qui ont succombé sous les coups et étranglements du frère de Rahima dans la soirée du 09 mars 2021 en présence de ses parents et de sa sœur.

Depuis cette date fatidique, les émotions se sont succédé pour la famille. L’effroi et la tristesse ont fait place à la colère. Mais durant cette marche dignité et recueillement étaient de mises. Les larmes n'auront tout de jamais cessé de couler...

C'est la page "I Manal akked yemma-s" créée par les membres du collectif en soutien à la famille qui a initié et annoncé cette marche blanche. Il faut le rappeler que c'est une première en Kabylie !

Cette marche, en souvenir de la maman et de la petite sœur tragiquement assassinées, fût l’occasion de leur rendre un dernier hommage et de sensibiliser les consciences sur l’horreur de ce crime, sur la malheureuse récurrence des féminicides et infanticides tout en dénonçant fermement ces pratiques et rituels sataniques qui sont un danger pour toutes et tous. 

Ce vendredi, proches qui les ont aimées ou inconnus venus de différents coins d'Algérie étaient en très grand nombre pour témoigner de leur soutien et condamner ce double meurtre. 

Particulièrement bien entourées, les enfants de Rahima, Lydia et Allicia accompagnées de Said-Oussama leur petit frère, étaient en tête de cortège. Le mari Khodir et le fils Meziane suivaient un peu plus loin, en tête du second carré.

Notons la présence de nombreuses personnalités à l'image de l'écrivain et militant Abdenour Abdeslam, de la militante et enseignante Mira Moknache, du bloggeur Merzoug Touati, du militant Abdenour Ziani... Le maire de Feraoun Mohamed Haroun a clairement affiché son soutien aux victimes, a condamné ce drame et a confirmé sa volonté de mettre fin à ces pratiques en travaillant main dans la main aux côtés des acteurs associatifs et des professionnels de la question. 

Après avoir marché jusqu'à la place du village et avoir procédé à une minute de silence, la famille des victimes a pris la parole à tour de rôle. Un grand moment d'émotion particulièrement en découvrant Said-Oussama, le fils de Rahima âgé de seulement 9 ans. C'est avec courage qu'il a pris la parole et qu'il a réclamé justice pour sa maman et sa petite sœur Manel. Il a terminé par un "Ulac smah ulac". Le petit Said-Oussama a su faire passer le message qu'il ne pardonnera jamais. C'est avec une tomate à la main, qui symbolisait le dernier dessin de Manel que Lydia a pris la parole pour remercier toutes les personnes présentes.

Durant le sit-in qui s'est tenu plus d'une demi-heure, les questions autour du rôle de la gendarmerie et de la libération même provisoire des présumés complices se sont retrouvées dans la plupart des prises de parole.

Deux membres du collectif, Salim Benkhelifa et  Bazizi Mohand Oulhoucine ont clamé en français et en kabyle le communiqué de presse et toutes les revendications et objectifs : exiger une justice exemplaire, dénoncer ce crime inhumain, les dérives sectaires qui pourrissent la vie de nos sociétés...

Au passage, il a été important pour Salim Benkhelifa de préciser que le collectif qui s'est constitué en soutien à la famille des victimes est international. En effet, des membres vivants en France, au Canada ou aux États-Unis se sont quotidiennement investis à distance jour et nuit. Des remerciements et une pensée s'imposaient car malheureusement ils auraient tellement souhaité être sur place. Daoud Système Beza Hara Achekabyle Azul Lounas Harra, Tahar Haddadi, Djaffar Benikhlef Tallsaw, Farid Benikhlef et tant d'autres...

Deux représentantes de collectifs féministes à savoir Hayet Medjber et Wahiba Agsous ont été invitées à intervenir sur la scène. En établissant le nombre de victimes de feminicides depuis le début de l'année et en rappelant celui de l'année dernière, elles ont dit stop. Stop à la violence et à l'omerta qui règnent dans notre pays. Elles ont appelé à un changement profond de la condition de femme et enfin ont sensibiliser la population sur l'importance de terminer avec le patriarcat. Ce code de la famille qui réduit la femme à une condition de mineure à vie doit être définitivement abrogé.

A la suite de quoi, les médias furent invités à une conférence de presse en présence du collectif, des avocats de la famille et du mari Khodir.

Cette marche blanche s'est terminée par le dépôt d'une gerbe de fleurs sur la tombe des deux victimes et d'une peluche en mémoire de cet enfant arraché précocement à la vie. Ce fût sans aucun doute le moment le plus difficile de cette matinée riche en émotions. 

Enfin rappelons qu'une cagnotte a été créée pour soutenir cette modeste famille dans sa quête de justice et lui permettre de bénéficier d'un accompagnement psychologique. A ce sujet, le psychologue Hichem Benikhlef s'est dès les premiers jours dévoué dans l'attente qu'une collègue spécialisée sur la question prenne le relais. 

https://lydia-app.com/collect/58509-ichkaven-solidarite-pour-manel-et-sa-mere/fr

Que justice soit rendue !

Ulac smah ulac !

#Justice_pour_Rahima_et_Manel 

 

Auteur
Nassima Chillaoui