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TRIBUNE

Il pleuvra des Hommes

Si l’amnésie est le nid de la barbarie, le réveil d’un peuple, longtemps damné, est l’orage qui annonce la prochaine révolte. Alors, il pleuvra des torrents de gosiers enragés et de langues embrasées par tant d’années de dictature indéfiniment rejouée, mortifère et impitoyablement imposée par des urnes à l’odeur du souffre, au bruit des bottes et à la couleur du sang . 

Il pleuvra d’interminables récits sur cette génération rentrée en résistance pour en finir avec la plus abjecte des formes de colonisation: celle perpétrée par les souriceaux soldats de l’après-guerre, ceux qui n’ont connu du mouvement de libération que les premiers brasiers de la vendetta et de la manchette sous les bras. 

Il pleuvra des lucioles dans le ciel noir qu'ils ont érigé par-dessus nos têtes pour qu’on ne se relève plus, qu’on enterre l’horizon bleu pour lequel on était né. Ils pleuvront sur nos vies écornées, nos vies de morts –nés, nos chagrins trop lourds à porter, nos rêves qu’aucune de vos urnes ne pourra séquestrer

Il pleuvra sur nous des rossignols au chant de la résistance, au rythme de l'hymne pour la liberté, celui scandé par des millions de jeunes chaque vendredi. Il pleuvra des rossignols qui chasseront ces sinistres corbeaux juchés sur nos vies comme d’infâmes geôliers, ceignant le pays comme de vulgaires proxénètes, bradant son honneur, sa dignité et ses richesses, aux plus perfides des oligarques, aux plus pervers des monarques d’Arabie et aux plus avides empereurs de l’occident rompus, depuis longtemps, à la diplomatie des comptes offshore et à la concupiscence du capitalisme rompant. 

Il pleuvra des pétales rouges sur nos vies mordorées, nos vies tamisées de rouge sang et de sanglots, nos vies qui frétillent dans nos poitrails comme ce tas de fumier qui, au printemps de la rébellion, fait flamber les jonquilles.

Il pleuvra un ciel immaculé, une page vierge de leurs mots assassins, de leurs présidents aux urnes tenues par des fantassins, de leurs phrases, leurs paragraphes écrits à l’encre noire de la razzia, de leurs sinistres chapitres tronqués avec de la cocaïne et de l’argent du peuple qu’ils ont, avidement, rongé avec leurs canines.

Il pleuvra des youyous, comme ceux de nos aïeules, quand les soldats de Massu, mitraillette à la main et la hargne dans le poing, éventraient leurs demeures pour déloger nos vaillants résistants, ceux qui, miraculeusement en vies aujourd’hui, croupissent dans leurs sinistres prisons.   

Il pleuvra des larmes aussi, celles de la victoire mêlée au sang des suppliciés dans les geôles du pays, arrosant nos nuits de l’espoir qui pansera nos plaies et ressuscitera la patrie de sa longue agonie entre les mains de ces fossoyeurs qui, d’élection en élection, ils gouvernent le pays à coups de canon , de morts ressuscités le temps d’un scrutin, le temps, pour eux, d’un copieux festin. 

Il pleuvra des femmes et des hommes sur nos rues qui portent les stigmates de leurs tricheries, les empreintes indélébiles de leurs tueries. Des femmes et des hommes qu’ils ne réussiront pas à assassiner éternellement, à séquestrer perpétuellement, à inféoder leurs voix à leurs macabres urnes aux abois. Il pleuvra des Hommes, qu’ils ne verront pas venir et qui sont déjà là, prêts à continuer le combat, avec en face d’eux, un président non élu, un circonscrit sorti de la longue liste d'un régime tenu de main de fer par l'armée. 

Auteur
Mohand Ouabdelkader
 

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