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POESIE

"Inasen" d’Aït Menguellet : analyse du programme utopique de Bouteflika

Crédit photo : Hayet Aït Menguellet.

J’ai lu un article – commentaire de Kacem Madani sur le poème ‘’Inasen’’ (Dis-leur) d’Ait Menguellet qui m’a interpellé. Mon objectif est de donner un autre point de vue sur ce poème, très important dans l’œuvre du poète. 

L’opus contenant ce poème est édité en 2001. En le replaçant dans le temps, cela correspond à l’installation du président Bouteflika au pouvoir et à la période durant laquelle, il a été très loquace. Il prétendait éteindre le feu de la fitna, réconcilier les parties en conflit en décrétant une réconciliation nationale sans l’avis des familles victimes ayant vécues les affres du terrorisme dans leur chair et dans leur sang. Il a décrété que la paix est revenue et a même appelé ceux qui ont été exilés ou qui se sont exilés à revenir dans leur pays dans lequel la fraternité, la loyauté, la paix et le bon-vivre sont revenus. 

Dans tous les forums internationaux auxquels il a participé, il se défini comme un ambassadeur de paix, de développement, d’ouverture sur le monde et l’Algérie serait ainsi une vitrine, un pays qui regagnera (avec lui) sa stature, son aura et son piédestal honorable sur la scène internationale et régionale. 

Beaucoup d’autres promesses ont été faites, au nom de son aura à lui. Il a commencé à soigner son image au point où tous ces contemplateurs et autres thuriféraires se sont mis à lui préparer un environnement, qu’eux seuls voyaient, pour un Prix Nobel de la Paix…. Rien que ça. 

L’objet de cet écrit n’est pas de faire le bilan de ce Président, je n’en suis pas compétent mais d’introduire ce poème de Lounis Ait Menguellet selon un angle de vision qui est le mien.

Ainsi, selon ma grille de lecture du poème ‘’Inasen’’, l’auteur dresse une parodie du discours du Président Bouteflika sur plusieurs strophes.

Dans la première, il interpelle les gens pour présenter le président, avec ces origines marocaines, qui prétend qu'avec lui, il n’y aura que du bonheur..

Dans les 2e, 3e et 4e strophes, il fait allusion à la paix, la réconciliation, à la liberté d’investissement et de développement de tous les secteurs d’activité. 

Dans les 5éme et 6éme strophes c’est la liberté d’expression, l’émancipation des deux sexes et les droits de la femme qui sont mis en avant.

La 7éme strophe montre le rush des étrangers vers l’Algérie au point où même Enrico Macias ouvre une boutique d’instruments de musique à Constantine. Ils viennent pour voir les réalisations phénoménales réalisées par ce Président Messie et pour vivre le bonheur dans lequel baigne les citoyens algériens. 

Dans la dernière strophe, le poète dévoile sa vision utopique et dit : 

Venez, si vous me croyez/ voir de vos propres yeux/ et pour rêver avec vous/

Les fous comme moi/ peuvent se permettre de mentir (macci d lƸib ma skadben)/ car/ ce que j’ai narré est inexistant (il est virtuel)/ il n’est qu’un espoir / chacun rêve de certaines choses/ et venez rêver avec moi/ le champ des rêves est très vaste/ il y a ceux qui battent le grain/ mais qui vous tout saccager (att-rwin qbel ad-tefru)/ vers la fin ils vont tenter de reconstituer/ après tous les dégâts, ils vont tenter de se reconstruire.

Ce poème montre la perspicacité du Poète, son anticipation et sa méfiance du personnage du Président déchu. Il a compris que tout son discours n’est que fiel enrobé de miel et il ne nous présente qu’un monde virtuel auquel personne ne croit si ce n’est son entourage qui l’adulait car cette secte se sucrait. La fin de cette strophe montre que ces thuriféraires pourraient tenter de se reconstituer pour soi-disant construire. 

Le poème est de l’année 2001. Sa fin, très anticipatrice, nous ramène en fin 2019-début 2020 : A méditer. 

 

Auteur
Arezki Zerrouki