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DECRYPTAGE

Ingérences dans les affaires intérieures... ?!

Ramtane Lamamra et Lavrov. Le vice-premier ministre algérien en quête de soutien à l'étranger contre le peuple.

Le système politique algérien, ou du moins ce qu’il en reste, met actuellement en œuvre sa stratégie tous azimuts pour sa survie politique.

La plus visible ces dernières semaines est la recherche de soutiens à l’étranger (Russie, Allemagne, Chine, France, …), en agitant les menaces et risques des ingérences supposées qui attiseraient le mouvement populaire de contestation.

Paradoxalement, les serviteurs du système, en tournée à l’étranger, ne nomment pas les responsables de ces ingérences. Et pourtant, c’est la seule question qui compte : ‘’quel est, ou quels sont les pays, qui cherchent à déstabiliser l’Algérie et qui manipuleraient donc le peuple algérien ?’’.

Lorsqu’on ne nomme pas précisément, c’est qu’il y a problème. Et comme le dit une expression populaire, « quand c’est flou, il y a un loup !». Et bien, essayons de sortir le loup du bois.

Le ‘’pouvoir’’ algérien connaît très bien l’auteur de ces ingérences ; ce n’est pas Trump, ce n’est pas l’Égypte de Sissi, ce ne sont pas les monarques du Golfe, et ce n’est pas le Maroc.

L’auteur des ingérences dans les affaires intérieures de l’Algérie… c’est le peuple algérien.  Et cela, le ‘’’pouvoir’’ ne peut l’accepter. Cela fait 57 ans qu’il parle et décide au nom du peuple, pourquoi la situation devrait-elle changer aujourd’hui ?

Dans la logique du ‘’pouvoir’’ et du FLN, le peuple est là pour obéir et non réfléchir et agir selon ses intérêts. Suprême trahison  (1) ! Cela, le ministre des Affaires étrangères ne peut pas le dire à Moscou ou à Berlin.

Il y a quelques dizaines d’années, l’un des chefs du FLN de l’époque, l’illustre ‘’coordinateur de l’appareil du parti’’, le colonel Yahiaoui, alors pas satisfait des Algériens, avait proposé une solution radicale : changer de peuple !

Ce peuple, spolié de ses droits depuis 1962, objet de mépris de la part de ses gouvernants qu’il n’a jamais choisis, n’avançait pas selon les règles imposées. Alors, il s’est mis « en grève illimitée », pour pouvoir résister (2).

L’autre aspect de la stratégie de survie du système, c’est la tentative de recyclage de ses appareils de contrôle de la société : les partis RND et le FLN. Dans la précipitation, ils ne mettent même pas les formes. Il leur faut parasiter le mouvement au plus vite, introduire de la confusion et pourquoi pas prendre le contrôle de ce mouvement populaire de contestation pacifique. Le noyautage et l’opportunisme est ce qu’il savent faire le mieux et c’est leur ADN.

Aujourd’hui, le ‘’parti du FLN’’ a encore une chance historique de sortir de l’histoire, sans l’humiliation de la dissolution par une décision de l’État, pour la protection du sigle ‘’FLN’’ (au même titre que l’ENA, le PPA, le MTLD) : c’est de prononcer une auto-dissolution par ses militants.

Plusieurs partis politiques dans le monde ont procédé de la sorte, lorsque l’idéologie fondatrice est rendue caduque.

Les appels actuels à la vigilance sont à encourager et à multiplier pour éviter le détournement de cette révolution pacifique. Justement, tant que le mouvement est pacifique, les manipulations, de quelque nature que ce soit, ont peu de chance de réussir.

A chacune et à chacun de contribuer à sa façon pour mettre en échec l’aventurisme des desperados.

A. U. L.

Notes :

(1) Les dictateurs ont toujours réprimé et accusé les opposants « d’ingérence dans les affaires intérieures de leur propre pays », pour paraphraser Hocine Aït Ahmed !

(2) Cette résistance passive des Algériens est bien décrite dans l’ouvrage de Abderrahmane Hadj-Nacer, "La martingale algérienne", éditions Barzakh, Alger.

Auteur
Aumer U Lamara, écrivain.