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Présidentielle

Institution militaire : que cache le divorce entre généraux-majors ?

La situation plus que confuse qui règne sur les centres de décision a-t-elle rendu la grande muette trop bavarde ?

C’est bien le cas si l’on scrute attentivement les différentes sorties opérées ces derniers 10 jours. Trois interventions publiques toutes aussi lourdes et comminatoires ont été faites dans un contexte lourd d'incertitudes.

Il y a eu d’abord ce communiqué publié sur le site du ministère de la Défense signé sobrement du commandement de l’armée. Déjà le décor y était planté avec une pesanteur de plomb.

La cible de cette première salve ? Les officiers à la retraite qui ont mis les pieds dans le débat public sur la présidentielle. Mais pourquoi donc des retraités de l'armée - isolés - seraient-ils à même de donner l'urticaire à l'institution militaire au point de la faire parler ? Si elle n'est tenue, comme répété à maintes reprises, qu'au respect de la constitution, il n'y a pas de quoi susciter toute cette bronca qui fait jaser les chaumières algériennes.

Y aurait-il bien plus que ces deux lettres derrière pour en arriver à étaler ainsi les lignes de fracture qui traverse les membres de l'institution militaire et ses retraités ? La présidentielle évidemment.

Mais revenons à cette série de charges que mène le vice-ministre de la Défense sous différentes signatures.

Le deuxième tir de barrage arrivera sous la forme d’un édito dans la très austère revue El Djeich. Même salve, même rappel à l’ordre, même cible : "d’anciens militaires à la retraite nourissant des ambitions et des visées personnelles, au détriment de l’ANP qui les a accueillis pendant des années, leur assurant tous les moyens, notamment sur le plan de la formation".

L'édito s'est longuement attardé sur les actions et "réalisations" menées par le vice-ministre de la Défense, lui tressant - de bonne guerre- au passage quelques lauriers, avant de chuter sur ces "anciens militaires" qui manquent, si l'on comprend le sens de l'écrit, de reconnaissance à leur ancienne institution.

"Ils s’autorisent à donner leur avis sur toutes les questions, comme celles relatives aux prochaines élections présidentielles, clamant qu’il faut donner la chance aux jeunes, appelant le vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’ANP, à prendre ses responsabilités pour consolider les acquis démocratiques, en se prévalant d’un pseudo pragmatisme afin de minimiser les acquis enregistrés sur le plan sécuritaire, sans oublier d’autres sujets et problématiques dont ils ne maîtrisent pas les principes les plus élémentaires", assène violemment l'auteur de l'édito.

L'interpellation d'Ali Ghediri en vue du rajeunissement des centres de décision n'a pas du tout plu en haut lieu. Et pour cause ? Le vice-ministre de la Défense en personne (78 ans) et le président Bouteflika (81 ans) sont directement visés. Mais pas seulement.

Même si El Djeich s'en défend, il est manifeste que l'écrit d'Ali Ghediri a fait mouche. "Les cris des corbeaux ne sauraient atteindre l’aigle ni même le perturber ou se confronter à lui", tonne l'auteur. 
Déjà deux attaques pour pointer le même adversaire : les généraux à la retraite car ils sont nombreux. Et l'ancien patron du DRS Toufik Mediene pourrait être lui aussi de ceux à qui s'adresse cette attaque. E

Pourquoi cette guéguerre des cinq étoiles ?

L’armée radote-telle ? Sûrement pas. L'institution militaire algérienne n'a pas pour habitude d'être interpellée. Surtout par un de ses anciens membres. Ces tirs de barrage sont aussi et surtout un signe d’impatience qui cache un embarras devant une situation inédite. Voire même de l’inquiétude sur une échéance dont elle sait qu’elle assumera inévitablement ses responsabilités.

Comme si l'édito et le premier communiqué ne suffisaient pas, voilà que le chef de corps d’armée en personne qui profite de l’une de ses sorties pour ouvrir le feu – encore une fois – sur les officiers à la retraite. Là encore, il n’y a rien d’improvisé. Le discours est construit pour faire mouche. Jamais membres et anciens membres émérites de l'institution militaire ne se sont donné ainsi en public. Ce qui augure du grand malaise qui règne.

La rue, elle, suit cet affrontement à fleuret moucheté avec une certaine inquiétude. Il y a de quoi rester dubitatif sur les raisons qui font parler aussi abondamment l’institution militaire.

Une constance irrigue toutefois ces interventions : la fidélité au président Bouteflika. Confondant le destin de cet homme à celui de l’Algérie, le vice-ministre de la Défense ne fait concession à aucun doute quant à son indéfectible soutien à l’homme qui l’a sorti de sa retraite pour lui offrir une seconde carrière de vice-ministre de la Défense. Tout est justement dans cette nuance.

Auteur
Yacine K.