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REGARD

La confusion, mais jusqu'à quand ?

Tout le pays se plaint ! A Constantine, un groupe de citoyens perché sur le haut d'un immeuble public menace de s'immoler par le feu, parce que les autorités les ont mal pris en charge, suite aux inondations dont leur ville a été le théâtre.

A Hamadi, une commune dans l'est de la banlieue algéroise, des citoyens bloquent la mairie, accusant leur édile de négliger leurs doléances sur leurs conditions de vie précaires, le mal logement, le chômage et la mauvaise gestion des affaires de la cité.

En Kabylie, des jeunes d'une région enclavée crient leur désarroi parce qu'il y a absence d'entretien d'infrastructures sportives locales ; leur stade est en effet laissé à l'abandon. Dans le grand sud, la jeunesse souffre du mal emploi et le dit à haute voix dans les micros des journalistes.

Au fil des jours, l'Algérie d'en bas bout et la colère gronde. L'autre Algérie, celle des décideurs est accrochée à l'agenda de l'élection présidentielle, alors que la rue boude tout le monde, y compris ceux qui parlent en son nom. Les limites sont atteintes : la population en a marre. Elle veut passer à autre chose. Le bras de fer dure, cela fait six mois que les foules sont descendues dans la rue sans qu'elles ne voient rien de concret. Le feuilleton algérien étonne plus d'un.

Devant un panel de dialogue qui peine à naviguer large, l'Etat-major de l'armée multiplie les mises en garde contre une période de transition qui profitera, selon lui, aux adeptes du chaos. De plus, celui-ci promet de livrer les plans secrets des saboteurs.

Est-ce simplement une machination qui fait partie d'un autre épisode de la guerre des clans, laquelle n'a pour objectif que de faire reculer le mouvement de dissidence citoyenne ? Ou est-ce une révélation sérieuse qui montre que la situation sera vraiment trop compromettante pour le pays, si l'échéance de la présidentielle n'est pas organisée dans les meilleurs délais?

Bref, qui suivre et que faire dans ce grand maelstrom qui engloutit tout sur son passage ?

Retenant leur souffle, certains représentants de la société civile espèrent quand même une issue à la crise dans les meilleurs délais. D'ailleurs, la réunion ayant eu lieu, il y a quelques jours, à l'hôtel Safex porte des lueurs d'optimisme dans un climat social qui frise l'explosion.

Le problème qui se présente aujourd'hui, c'est que les parties désignées pour dialoguer ne sont pas accréditées par le peuple, le seul dépositaire réel de la légitimité. En outre, il n'y a ni calendrier ni ordre du jour précis, ni moins encore de plan tracé d'avance pour le déroulement de la période de transition. Ce qui ajoute de la confusion au scénario actuel, combien déjà trop complexe.

La troisième tare rédhibitoire, c'est le refus du pouvoir de plier à l'exigence principale du mouvement de dissidence populaire, à savoir le renvoi du président par intérim et de l'exécutif actuel, lesquels ne sont pas, d'un côté, du goût des masses. De l'autre, l'héritage de l'ancien système dont ils sont porteurs gêne au plus haut point toute prise de contact sérieuse entre le haut et le bas de la pyramide.  

 

Auteur
Kamal Guerroua
 

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