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TRIBUNE

La conscience mobilisatrice et fédératrice

Manifestation à Alger. Crédit photo : Zinedine Zebar.

Le 20 septembre deux mille dix-neuf fut une journée exceptionnelle, ça été un premier jour de week-end on ne peut plus houleux pour tous, c’était tout bonnement, incomparable aux autres vendredis.

La différence qui a marqué ce vendredi, c’est la décision prise par le pouvoir en place d’interdire les citoyens « extra muros » d’Alger d’y venir manifester.

 La différence cette fois ci, réside dans le fait que cette interdiction a été, non seulement claironnée ouvertement par le pouvoir mais aussi elle a été mise en place de façon solennelle logistiquement parlant. 

En vérité, nous avons assisté à une filtration drastique digne d’une usine de dessalement d’eau de mer, vous aurez compris, que le sel est le citoyen non algérois.

A dire vrai, Je ne sais quels sont les desseins d’une telle décision pour le moins stratégique, mais croyez que, ses effets in situ, remettent en cause beaucoup de théories inhérentes à la gouvernance politique dans le sens moderne du terme.

 De même que cette stratégie pondue je ne sais ou laisse dans l’incompréhension les chercheurs en sociologie, les zélateurs de la sécurocratie et même les philosophes pendant qu’on y est. 

Il faut dire que lors de cette journée dont il ne faudrait pas sous-évaluer son impact, l’Algérie a connu une mutation fondamentale dans l’organisation de la société telle que nous la connaissons ou si vous préférez, telle qu’elle nous a été légué par l’ancien Président Bouteflika.

D’ailleurs, en parlant de lui, je me rends compte que ce dernier a vite disparu de nos mémoires et ceux de la justice en même temps.

 C’est étrange quand même, vu que nous assistons, bienheureux, au « va et vient » de nos illustres ex-dirigeants à El Harrach dont l’oued prend sa source du lac de Tchaïkovski, croyez-moi, la disparition soudaine de l’ancient Président est un … signe.

Revenons au sujet et éviter la digression, le pays a bel et bien connu cette fin de semaine un chambardement au sein de la société algérienne.

Nous fûmes témoins d’un nouveau concept en politique, celui du renforcement de la conscience mobilisatrice et néanmoins fédératrice.

Ce dernier vendredi la capitale était sous haute protection par d’innombrable membres des forces de l’ordre, la stratégie était ingénieuse, il faut l’admettre, car sur papier, elle aurait pu déforcer le nombre des manifestants à Alger ou ailleurs à travers le territoire national, diviser c’est minimiser en quelque sorte.

Ainsi, dans cette optique, l’essoufflement escompté du mouvement contestataire résultera inéluctablement sur de nouvelles statistiques flagrantes qui prouveraient à l’opinion internationale que le Hirak n’est plus qu’un banal mouvement de gilets jaunes dans une version maghrébine. 

Il faut le reconnaître, que le confinement effectif de chaque citoyen dans sa wilaya sans converger vers Alger était une idée qui tenait la route, du moins pour ceux qui l’ont pensée autour d’une table ronde.

Le pouvoir, sans l’avoir voulu, j’en suis persuadé et ne me demandez pas pourquoi, a créé un nouveau concept en sociologique que je nommerais bien : le fédéralisme contestataire anti communautaire et je m’explique :

L’idée du pouvoir était que chaque citoyen a le droit de crier haut et fort ce qu’il veut, mais par contre, il le fera dans sa wilaya, chez lui, il y a même un adage algérien sur la question, ta valise, ta wilaya (cabtek wilaytek).

Le contraire s’est produit au grand dam des « Think Thank » au charbon ces derniers temps, il y a eu une forme de solidarité inter-régionale pour prouver que le Hirak n’est pas géolocalisable mais qu’il est étendu partout en Algérie, la capitale n’étant qu’une partie de ce vaste territoire.

En plus, de cette solidarité a ravivé le foyer du Hirak déjà ardant, une fois de plus, ce vendredi à mis en exergue le fait que le peuple n’en démord pas.

Le pouvoir par mégarde à régénérer le 22 février et rien de plus, nous y revoila de nouveau, sept mois pour revenir au point de départ.

Les penseurs du pouvoir croyaient que la foule était menée par des figures bien identifiables ces dernières semaines, les mettre hors du spectre des manifestations aurait eu un effet conciliant, mais rien n’y fait.  

Je l’ai tellement écrit que j’en ai des crampes aux mains, vous excuserez mes itérations mais je pense toujours que seule la démission du gouvernement actuel remplacé par des technocrates en vu de l’organisation d’élections libres et transparente est la solution qui sied à l’Algérie dans sa configuration actuelle.

Dans le cas échéant, nous allons rempiler pour sept autres mois mais avec un pays au bord du gouffre de la faillite, serons-nous des équilibristes habiles ou non, l’avenir nous le dira. 
 

Auteur
Nazim Maïza
 

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