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REGARD

 La Constitution : une djellaba à enfiler ou un costume à tailler

L’ascenseur social est en panne. Ceux qui sont en haut ne peuvent pas descendre, ceux qui sont en bas ne peuvent pas monter et ceux qui sont à l’intérieur ne peuvent pas sortir. L’escalier de service est hors d’usage ». Rien n’a changé dans les orientations économiques et politiques globales.

La stabilité du personnel politique et économique en est la preuve évidente. Les mêmes hommes au pouvoir ou dans l’opposition ne peuvent que produire et reproduire les mêmes politiques et les mêmes schémas de pensée. Il y va de leurs intérêts. La tribu domine la cité. Les clans gèrent la cité au mieux de leurs intérêts convergents.

En effet, pour entrer dans la cité, il faut sortir du douar. Dans une cité, on entre dans une classe sociale pour des intérêts qu’on recherche ou qu’on défende ; par contre on naît dans une famille, on fait partie d’un clan ou d’une tribu. La compétence a cédé la place à la médiocrité  Par conséquent, l’esprit de clan est leur raison de vivre ou de mourir. Cela remonte loin dans l’histoire. Au crépuscule de leur vie, les dirigeants arabes s’accrochent au pouvoir comme si le pouvoir s’identifiait à la vie. A la fleur de l’âge, les jeunes aspirent au pouvoir comme un moyen de parvenir à l’âge adulte.

Pour s’affirmer, ils veulent plier l’adulte, le père, l’autorité. En matière d’émancipation des peuples que nous enseigne l’occident, notre maître à penser, notre confident, notre source d’inspiration ? Il nous apprend qu’en démocratie, « ce sont les pieds qui attachent les mains » ; et que par contre dans une dictature « ce sont les mains qui attachent les pieds ». Les réformes envisagées où seule l’Algérie officielle, celle des octogénaires (les rentiers du système qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition), a la parole et l’Algérie profonde, celles des moins de trente ans majoritaires, (en activité ou en chômage) restée sans voix (les laisser pour compte), consistent-elles pour le pouvoir à « s’attacher « soi-même les mains" tout en maintenant fermement les pieds liés ou visent-elles à libérer les pieds tout en veillant à garder les « mains libres » ?

Exercice acrobatique périlleux pour des vieux acteurs rigides (pouvoir et opposition), sans filet de protection cette fois ci, devant un public jeune, vacciné et incrédule sous un chapiteau ouvert virtuellement aux quatre coins du monde. Et le cirque continue avec le même spectacle à l’affiche.

Entre le travail et la mendicité ? Malheureusement, « L’anarchie est partout quand la responsabilité n’est nulle part ». Dans une situation anarchique, ne triomphent que la malice et la ruse jamais l’intelligence et l’honnêteté. Que faire pour nous sortir de ce cercle vicieux et en faire dans la mesure du possible un cercle vertueux.

Dans un processus constituant, les hommes politiques sont juges et parties. ¨Pour les occidentaux, « Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir car seul le pouvoir arrête le pouvoir. Pour les africains, le sorcier ne se guérit pas lui-même. Pour les Arabes, le chameau ne voit pas sa propre bosse, il voit celle de son frère. Pour les deux, le pouvoir est comme un œuf, on ne peut le tenir d’une seule main, si on le tient d’une main, il tombe et il se casse ». Il serait de notre point de vue souhaitable que l’autre main ne soit ni armée, ni étrangère, ni gangrénée, ni une prothèse mais devra être libre, propre, pacifique et apte à promouvoir, dans un projet consensuel fondateur, le développement et la démocratie. L’un ne va pas évidemment sans l’autre. « Une seule jambe ne suffit pas pour se déplacer ». 

Il en faut deux, une à droite et une autre à gauche. L’homme et la femme, le jeune et le vieux, le militaire et le civil, le riche et le pauvre, l’ignorant et le savant, le laïc et l’islamiste, le « vieux turban » et le « jeune turc ». Ensemble pour une Algérie nouvelle tournée vers l’avenir sans occulter son passé pour ne plus le reproduire.

Pour ce faire, l’adhésion et la participation de la population sont indispensables à la réussite d’un tel projet qui engage les générations montantes. Les hommes sont mortels, seul le peuple est éternel. « Avec l’adhésion du peuple, rien ne peut échouer ; sans elle rien ne peut réussir » nous dit Abraham Lincoln  D’autres penseurs diront, « Le peuple, donnes-lui du pain, tu en feras ton esclave ; donnes lui la liberté, tu en feras ton maître ; ne lui donnes ni pain ni liberté, tu en feras ton bourreau ; donnes lui les deux et ajoutes-y la justice il fera de toi son prophète. 

Auteur
Dr A. Boumezrag