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LETTRE DE MEDEA

La démence du pouvoir

« Dans le calme, c'est une démence de provoquer la tempête.» Cicéron .Ier s. av. J.-C.

Aucun signe et aucun présage annonciateur de bonnes nouvelles, aucune éclaircie dans le ciel Algérie le pays  figé depuis deux décennies dans une immuabilité d’un pouvoir présidentiel absolu, ayant détruit tout sur son passage. Les institutions censées contrôler la dépense des deniers publics, l’école censée former l’élite de demain et l’hôpital censé promouvoir le bien-être socio- sanitaire, jusque-là un tant soit peu performant, finissent ruinés et vidés de leurs substances . Rien, absolument rien n’a résisté aux coups de boutoir de l’homme par qui tant de  scandales sont arrivés.

D’aucuns se faisaient gorges chaudes pour porter aux nues en 1999, le civil Abdelaziz Bouteflika à la magistrature suprême du pays, après un exil, une traversée dorée au royaume du Qatar, si loin du pouvoir et de l’opulence d’Alger. De longues années durant, il avait élu domicile dans de luxueuses résidences, tantôt à Genève tantôt à Doha. L’enfant terrible d’Oujda attendait son heure pour assouvir cette soif du pouvoir qui lui a échappé au lendemain de la mort de son parrain Houari Boumediene.

Discrédité par la Cour des comptes dans les années 1980, jeté en pâture  aux médias, il revient revanchard en 1999 grâce à l’entregent de quelques généraux qui ont fait de lui un président.

Le peuple dans son immense ingénuité était loin de se douter que l’homme, s’identifiant plus haut de trois cm que Bonaparte, était venu laver l’affront de sa déconfiture passée, en s’accaparant tous les pouvoirs , s’offrant une constitution à sa mesure, et une carrière présidentielle jusqu’à la mort.

Tour à  tour, une première mandature, une deuxième, une troisième, une quatrième, voilà que les coulissiers de la pègre FLN lui prêtent une cinquième mandature pour raison de stabilité du pays.

Plutôt la stabilité  de son clan, comme le souligne le sociologue Foudhil Boumala. Une ultime provocation et une insulte à l’intelligence de tout un peuple.

Enivré par tant de puissance, de gloire, de voyages et de tapis rouge, le parcours de notre carriériste président s’est brusquement déglingué, l’espace d’un jour d’avril 2013, l’espace d’un A.V.C  tenu secret, l’envoyant invalide aux Invalides de Paris. Sous les ors d’un hôpital militaire de l’ancien colonisateur.

Du coup, le poids des ans n’a pas été sans aggraver son précaire état de santé, tant physique que mental.

Devenu aphone et impotent, sérieusement amoché Bouteflika et son « Tab edjnenna » lancé du haut d’une tribune à Sétif en 2012, n’a plus adressé un mot à son peuple depuis 5 ans, au point où « le  Makach ar rais, kayen teswira » chantonné  dans les stades, illustre l’absence de symbiose entre un président présent-absent et son peuple.

L’image pathétique et insoutenable d’une loque humaine ceinturée à un fauteuil roulant, octogénaire de son état, le regard hagard lors des festivités du 1er Novembre, ne semble point interpeller les démons de son clan pour le laisser rentrer chez lui et aspirer au repos du guerrier qu’il était.

Que d’ordonnances et de décisions politiques ont été prises en son nom ! En est-il seulement conscient ? Dieu, seul le sait…  

Plus surprenant,  le subterfuge trouvé pour démettre le président en exercice de l’APN , mis en branle pour vacance du poste sous l’oeil complice de la présidence , du chef du gouvernement et du Conseil constitutionnel, cautionnant cet impair juridique , alors que l’application de l’article 102 de la constitution se fait criarde concernant le grand malade qu’est le président.

Pour paraphraser Jean Rostand : N’ajoutons pas à la démence du réel la niaiserie d’une explication. C’est tout dire.