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OPINION

La démocratie, un cheval de Troie de la France !!! 

« Pour les observateurs étranger d’outre Atlantique, l’Algérie est pour la France ce que le cheval est pour le cavalier, il se cabre mais ne désarçonne pas son cavalier »

L’histoire nous apprend que « L’indépendance est comme un pont. Au départ, personne n’en veut, à l’arrivée, tout le monde l’emprunte ».

L’enjeu des « parvenus de l’indépendance » réside dans la maîtrise de l’appareil de l’Etat par le biais d’une mainmise sur les centres principaux d’allocation des ressources. L’accès au pouvoir est une source d’enrichissement personnel. C’est ainsi que les positions de pouvoir et les positions d’enrichissement se rejoignent et se consolident. Les personnes riches sont puissantes, les puissants sont riches. On se trouve en présence d’une classe dominante qui vivant de l’Etat n’a pas le sens de l’Etat mais seulement de celui de ses intérêts. 

En effet, dans une économie dominée par la rente ou par l'endettement, l'Etat est d'abord et avant tout intéressé par le développement et la reproduction du pouvoir. Mais dans la mesure où la classe au pouvoir est celle qui détient le pouvoir économique, la politique tend en partie à perpétuer ses avantages et à consolider sa position. Pour ce faire, les dirigeants monopolisèrent tous les outils étatiques à leur profit tout en garantissant à la population un minimum vital rendu possible par la disponibilité toute relative d’une rente énergétique et en faisant croire au peuple que la providence se trouve au sommet de l’Etat et non dans le sous-sol saharien ; les algériens se sont prêtés au jeu et se sont mis à applaudir des deux mains les « acquis de la révolution » abandonnant champs et usines pour chanter les louanges du « chef ». Ce minimum vital est la rançon du pouvoir et il en est conscient.

D’un autre côté, de quel respect peut-il se prévaloir un peuple qui troque sa dignité pour quelques pièces de monnaie, c'est-à-dire l’équivalent d’une baguette de pain et d’un sachet de lait importés ? S’est-il mobilisé pour réclamer du travail et des emplois productifs et réclamer au pouvoir de libérer les énergies créatrices ? Depuis l’indépendance a-t-il retroussé ses manches et décidé enfin de se mettre au travail sans avoir le colon sur le dos ou s’est-il contenté d’ouvrir la bouche et d’applaudir des deux mains ses nouveaux maîtres ?

Si les colons l’ont exploité, les nationaux ne l’ont-ils pas aliéné ? Quant aux puissances européennes, leur problème en vérité est de savoir si un système entièrement fondé sur les profits sera en mesure de procurer un minimum d’alimentation aux populations locales du moins pour prévenir tout bouleversement violent susceptible de mettre en péril les intérêts des firmes occidentales et l’accélération des flux migratoires vers le sud de l’Europe. Il est vital pour l’Europe de développer les économies nord-africaines afin de dresser un barrage naturel à l’invasion de leur sol par les populations.

Durant la lutte de libération nationale, « La parole était au fusil » une fois l’objectif atteint, « le fusil » n’a pas rendu la « parole » au peuple. La plume s’est mise au garde à vous devant le fusil. Après cinquante ans de pseudo souveraineté, la plume s’est asséchée, l’encrier s’est renversé, le fusil s’est rouillé, la table est servie, les convives choisis, les intrus congédiés.

Les rapports Etat colonial-société musulmane n’’ont pas été rompus, l’Etat national reste coupé du peuple. Le conflit idéologique et identitaire entre « civilisés » et « barbares » qui existaient à l’époque coloniale a été reconduit. Les « modernistes » pour la plupart des francophones imprégnés de la culture française dite des « lumières » qui investissent les lieux où s’exercent le pouvoir économique et social (les banques, les entreprises, le commerce, les syndicats, les associations) et les « traditionnalistes » des arabophones de culture musulmane qualifiée des « ténèbres » qui envahissent le pouvoir politique et culturel (le parti du FLN, l’école, la justice, les mosquées). Le pont qui relie ces deux rives opposées est l’armée, qui elle-même est traversée par les mêmes contradictions.

Ces deux courants de pensée ont lamentablement échoué. L’une a débouché sur l’échec des politiques de développements menées à l’abri des baïonnettes, l’autre sur la guerre civile par la manipulation des masses qui a fait des milliers de morts et disparus, certains au nom de l’Etat, les autres au nom de l’islam. Les deux à l’orée du pouvoir. Malheureusement, aucune élite ne veut faire son mea-culpa.

Toutes sont partisanes de la politique de l’autruche. « Ce n’est pas moi, c’est l’autre » semble être leur réponse. L’armée ne sait plus à quel saint se vouer, elle est prise dans son propre piège. Elle est à la recherche d’un « décideur ». Qui ose s’aventurer sur un terrain miné ? L’Algérie française a échoué par « l’épée », elle a admirablement réussi par « l’esprit ». La France a su imposer à l’Algérie indépendante un ordre politique et juridique qui garantisse la prééminence de ses intérêts stratégiques. C’est dire que la France n’est pas venue en Algérie pour la civiliser mais pour la militariser.

Elle s’opposera par tous les moyens à l’instauration de la démocratie en Algérie et entravera le développement car contraire à ses intérêts. Tout le reste n’est que duperie et supercherie. Il ne s’agit pas non plus de se complaire dans un autoritarisme stérile du pouvoir, et de voir dériver sans réagir la société vers un fatalisme religieux mais de se frayer un chemin vers plus de liberté, de justice et de dignité dans un monde sans état d’âme en perpétuelle évolution où le fort du moment impose sa solution au plus faible.

C’est donc une réponse à une crise d’identité des valeurs modernes mal assimilées et des valeurs traditionnelles perdues que l’islamisme prend son essor. Facilité en cela par un vide idéologique crée par une équipe de dirigeants sans moralité, ni profession. Dire que la forme étatique moderne ne peut avoir de légitimité aux yeux du monde arabe et musulman revient à reconnaître l’incapacité des dirigeants à répondre aux problèmes et aux aspirations des populations dans un cadre étatique.

L’Etat se trouve désigné du doigt comme étant responsable de la misère croissante qui frappe la majorité de la population et son incapacité à faire une place à la jeunesse dans le système politique et économique. Selon Henri Kissinger, homme politique américain, prix Nobel de la paix en 1973, « le pouvoir est l’aphrodisiaque suprême ». L’homme au pouvoir estime que rien ni personne ne peut lui résister.

Des dirigeants arabes et africains, pris en otage par les puissances du moment, classés amis ou ennemis en fonction de leurs intérêts, exploitant sans vergogne les frustrations des populations arabes et africaines, ces autocrates, enivrés par le pouvoir, infantilisés par l’occident, corrompus par l’argent et emportés par leurs délires mènent à tambour battant leurs peuples respectifs, les yeux bandés, à l’abattoir sous le regard moqueur de l’occident triomphant. Le malheur, c’est qu’ils n’en ont même pas conscience, ils sont sur un nuage. L’Etat étant une personne morale, une création du droit positif, une fiction juridique.

Il correspond à leur trajectoire historique et à leur culture judéo-chrétienne. Que nous enseigne les démocrates occidentaux : « Faîtes ce qu’on vous dit, et ne faites pas ce qu’on fait ». La laïcité n’est pas un cache sexe et le voile n’est pas une ceinture de virginité. Que les uns et les autres nous dévoilent leur part d’ombre et leur part de lumière. Entre la rigueur islamique et les libertés laïques, le monde arabe se recherche. 

Auteur
Dr A. Boumezrag
 

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