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COMMENTAIRE

La diaspora relance la révolution

Des milliers de personnes se sont déplacés hier à Paris à l’occasion du 58 ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie pour non seulement commémorer cette date hautement symbolique pour l’Algérie, ce pays d’où ils sont venus, ce pays qu’ils aiment tant mais pour acter la relance de la révolution du 22 février. L’objectif est de redynamiser le mouvement dans la rue ici à l’étranger après avoir été grippé par Covid depuis le confinement le 17 mars dernier et redonner de la voix à la révolution en cours.  

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Cette reprise de la révolution a pour objectif de dénoncer le verrou sécuritaire et répressif que fait peser le pouvoir algérien sur les militants, les partis politiques, les avocats engagés dans la défense des détenus d’opinion. En effet, profitant de l’arrêt du Hirak décidé par le  peuple algérien suite à la crise sanitaire mondiale afin d’éviter la propagation du virus, le pouvoir a fait passer dans l’urgence un arsenal juridique liberticide et disproportionné au regard des objectifs poursuivis, à savoir la lutte contre les fakes news. 

Mais en réalité le but inavoué de cette loi vise à brider la liberté d’expression sur internet et les réseaux. C’est dans ce contexte que de nombreux militants sont convoqués par la gendarmerie et placés sous mandats de dépôt. Ainsi, afin de desserrer cet étau, la diaspora servant d’ambassadrice  de la voix du peuple algérien à l’étranger depuis toujours dans l’histoire de l’Algérie a acté dimanche, à l’occasion de la fête de l’indépendance, la reprise du Hirak  afin de dénoncer la complicité manifeste de la France dans les violations multiples des libertés et droits fondamentaux qui sont garantis par le droit international, en l’occurrence la Charte de l’ONU, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifiés par l’Algérie. 

En actant la poursuite de la révolution malgré ce contexte particulier marqué par la propagation encore du Covid, la diaspora compte envoyer message au pouvoir de faite en lui réaffirmant son désaccord avec sa feuille de route qui consiste à bricoler encore une la Constitution. Dans la déclaration rendue publiques des 6 juin dernier et celle du 5 juillet, la diaspora a réitéré son attachement à la feuille de route du peuple algérien qui consiste dans la transition démocratique en dehors du système à travers un processus constituant et souverain ayant pour objectif l’instauration d’un Etat civil et de droit respectueux de la pluralité d’opinions, de la pluralité politique, syndicale, associative, linguistique, religieuse et l’égalité entre tous les citoyens algériens.               

C’est donc dans cet esprit de continuité du processus de libération, dans ce va- et- vient entre la révolution de novembre 1954 couronnée par l’indépendance du pays et la révolution du 22 février enclenchée par le peuple algérien afin de recouvrer sa pleine souveraineté détournée et confisquée par le pouvoir militaire que s’est inscrite la manifestation de la diaspora de France et d’Europe, car il y avait aussi la diaspora de Londres et de Bruxelles qui ont répondu à l’appel de Paris. 

C’est d’ailleurs un 2ème 5 juillet depuis la révolution du 22 février. Ainsi, la diaspora en ce 72ème dimanche a fait de la place de la République un moment de recueillement, d’évocation mémorielle en faisant grandement place à nos libérateurs et valeureux martyrs qui n’ont épargné rien d’eux-mêmes dans leur détermination pour la reconquête de l’Algérie. Ce fut ainsi pour les intervenants à l’Agora un moment de rappeler la lutte pour l’indépendance du peuple algérien en la conjuguant à celle du 22 février qui s’inscrit dans le parachèvement de ce processus de libération qui a été  interrompu et altéré par le coup d’Etat de l’été de 1962.    

C’est dans l’ambiance festive et des chants et slogans anti-pouvoir que la manifestation s’est ébranlée de la place de la République remplie de grappes de foules qui arrivaient de partout vers la place emblématique de la Bastille en empruntant le boulevard Beaumarchais. 

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Cette immense manifestation qui a réuni près de 10 000 personnes a aussi su être à la hauteur du combat des libérateurs en  hissant le drapeau national et en faisant entonner l’hymne national symboles de la patrie pour laquelle ils sont morts les armes à la mains pour rendre possible ce 5 juillet dans les rues et places emblématiques de l’ancien colonisateur.

 Enfin, la marche s’est terminée à la place de la Bastille par la chanson-hommage de Matoub Lounès au président Mohamed Boudiaf assassiné le 29 juin 1992 «  Awah Awah a tudjal, ruhennegh yergazen ur neklal » (ô les veuves, nous avons perdu les meilleurs hommes !). La foule s’est dispersée dans le calme après l’hymne national comme d’habitude et une minute de silence à la mémoire de nos valeureux martyrs.

 

Auteur
Omar Tarmelit