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Grand Angle

La juste, et légitime, cause des Kabyles

Le 11 décembre 2017 à Vgayet, des dizaines de milliers de manifestants pacifiques pour la promotion de tamazight.

La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par le président étasunien, Donald Trump, est du pain béni pour le gouvernement algérien. Depuis quelques jours, les rues de la Kabylie sont investies par la jeunesse kabyle qui (re)noue avec la contestation du régime et la revendication identitaire amazighe. Peu importent les causes de cette révolte, cette jeunesse a senti le besoin de reprendre le flambeau des mains des aînés pour porter la cause identitaire qui est confrontée depuis trop longtemps au déni, à la répression, aux fourberies ou aux louvoiements du régime politique en place depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962.

Le cachet “kabyle” de cette énième contestation doit inquiéter le système qui mobilise tous ses relais pour noyer cette revendication dans le revers que subissent les Palestiniens à travers la décision de Donald Trump. Mais le développement des TIC, les réseaux sociaux et les médias alternatifs permettent à beaucoup de Kabyles de dire que, pour eux, leur juste cause passe avant celle des Palestiniens. Cela génère un conflit idéologique révélateur de quelques conséquences désastreuses de la construction nationale algérienne dont la responsabilité incombe au pouvoir politique.

En stigmatisant la Kabylie et sa revendication identitaire pendant des décennies, le régime algérien a réussi à justifier et à banaliser son déni et ses répressions aux yeux des Algériens qui se disent "arabes" et chez lesquels il cultive un sentiment de haine par différents stratagèmes. Et il y a des “naïfs” qui s’étonnent que ce même sentiment puisse naître et se développer en Kabylie ! Il n’y a, pour ma part, aucun étonnement à voir des étudiants de Blida, même de Batna, manifester pour exprimer leur colère à la suite de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par les USA tout en étant indifférents ou hostiles à la cause identitaire amazighe. Cela ne m’étonnerait pas non plus de voir ces mêmes étudiants exprimer de la haine vis-à-vis des Kabyles : le régime et ses relais arabo-islamistes ont fait un travail extraordinaire pour que cela soit ainsi.

La solidarité à une cause (palestinienne) lointaine et l’opposition à une cause (amazighe) dans son propre pays est une attitude qui résulte des systèmes éducatif, religieux et idéologico-politique mis en place à partir 1962.

L’idéologie arabo-islamiste du régime a amarré le pays au monde arabo-musulman négateur de toutes les minorités ethniques ou religieuses qui existent dans son espace.

Le système éducatif algérien est un des fondements du système religieux musulman du pays. Il y a quelques mois, j’ai souligné les conséquences désastreuses de l’éducation islamique dans l’école algérienne dans un article paru dans Le Matin http://www.lematindalgerie.com/leducation-islamique-lecole. L’une des premières missions de cette école est de former des croyants musulmans, non des citoyens algériens. Cette croyance religieuse est un déni de la citoyenneté : c’est l’appartenance à la communauté des croyants qui prime sur l’appartenance à la cité ou au pays. C’est ce sentiment qui fait que des étudiants de Blida, par exemple, manifestent pour que Jérusalem soit sous une autorité palestinienne (donc musulmane) tout en étant indifférents à l’oppression de la Kabylie et au déni identitaire amazigh par le régime algérien quand ils ne soutiennent pas cette injustice dans leur propre pays. C’est le sentiment d’appartenance à la communauté des croyants qui prime : dans leurs représentations, les Kabyles n’en font pas partie alors qu’ils sont musulmans en grande majorité.   

Le système éducatif travaille pour le “système” religieux qui s’inscrit de plus en plus, depuis quelque temps, dans une dimension internationaliste. La construction massive de mosquées, les financements importants des associations à caractère religieux en plus de la prise en charge budgétaire par l’Etat du culte musulman, l’investissement de la sphère médiatique et de l’espace public sont autant d’indicateurs quant à l’ampleur du fait religieux dans le pays. Le système semble s’accommoder des conséquences de l’émergence d’une pratique religieuse de plus en plus rigoriste, ne cachant plus son inspiration wahhabite. Même si cela menace sérieusement, à terme, l’existence nationale.

En niant d’abord les langues amazighes, puis en les introduisant de façon marginale dans l’enseignement, l’école a formé des légions d'Amazighs complexés dont une partie importante a été arabisée. Parmi ceux qui n’ont pas été encore assimilés par l’arabisation, on retrouve, encore, des légions de sujets réduits à un état de “Berbéroïdes” dont un certain nombre expriment une hostilité parfois haineuse vis-à-vis leurs congénères berbères. La négation de la langue maternelle puis sa relégation à un statut de sous-langue dans le système scolaire et la vie sociale bouleversent l’ordre naturel des langues et l’échelle des valeurs chez l’écolier berbère avec comme conséquence la dévalorisation de son identité amazighe.  

L’école algérienne est ainsi un puissant “berbericide”. D’autres institutions créees par le régime, soit-disant pour promouvoir “la langue et la culture amazighe”, TV4, HCA, CNPLET, Académie en projet, etc, sont aussi “berbéricides”.

La stratégie du régime est de toujours gagner du temps en attendant que ses “berbéricides” agissent et règlent définitivement le sort de la cause identitaire amazighe. Mais la Kabylie résiste et avance et cela ennuie le pouvoir qui doit redoubler d’efforts, et de “berbéricides, tout en sollicitant l’aide de beaucoup de “Berbéroïdes”. On construit toujours plus de mosquées en Kabylie, on y envoie encore plus d’imams salafistes (qui exploitent même les enterrements pour prêcher !), on maintient une école stérile en termes de savoirs et fertile en idéologie arabo-islamiste ; et, comme si cela ne suffisait pas, on projette de plomber la langue kabyle, qui évolue de façon dynamique malgré toutes les difficultés qu’elle affronte, avec la création d’une académie qui va fabriquer une novlangue amazighe. Autant dire que nos malheurs ne sont pas finis.

Le délabrement du système éducatif semble arranger le régime qui semble veiller à le maintenir dans cette situation. Des réformes, des ministres, des budgets, des programmes nouveaux, des manuels nouveaux, des... : tout cela pour une avant-dernière place dans le classement 2015 du PISA (Programme International pour le suivi des acquis des élèves), soit le 69ème rang sur 70 ! Ce système éducatif produit pourtant des cohortes de diplômés. Mais le diplôme le plus convoité par la jeunesse algérienne est un visa vers l’Occident.

Paradoxalement, cette jeunesse gavée de religion et éduquée pour se reconnaître dans la Oumma ne se tourne pas vers l’Orient pour ses projets d’émigration mais vers l’Occident comme si elle ne voulait pas attendre de mourir pour aller au paradis afin de goûter à ce qui est interdit ici-bas mais promis pour les bienheureux dans l’au-delà.

En plus de tous les exilés qu’il a produit, et qu’il produira, ce système éducatif a formé, et formera des dizaines de milliers de djihadistes qui ont pris les armes en Algérie ou à l’étranger pour imposer l’islamisme. On ne peut pas dire que cette école réussit à inculquer aux élèves une conscience nationale et un esprit patriotique. Mais elle réussit à semer des graines de la haine.

Combien d’élèves arabophones demandent à apprendre tamazight dans leurs écoles ?

C’est vrai que, déjà, des légions de Berbéroïdes ne demandent pas d’enseignement de tamazight pour leurs enfants. Et comme c’est facultatif, ils peuvent bien s’en passer sans risque pour leur réussite scolaire (même dans un système aussi délabré). Et si les Kabyles appliquaient la réciprocité et refusaient d’apprendre l’arabe et d’être enseignés dans cette langue, quelles seraient les réactions des arabophones et du régime ? Un redoublement de haine, sans doute, et d’autres “amabilités” du même genre !

L’actualité montre que le pouvoir est figé dans sa ligne politique. Pendant que des manifestants pour l’identité amazighe sont réprimés à Bouira et ailleurs en Kabylie, des manifestations pro-Palestine sont autorisées à Alger où il est interdit aux Algériens de manifester leur mécontentement vis-à-vis du gouvernement depuis des lustres.

En persistant dans son entêtement discriminatoire, son déni de l’identité amazighe, ses répressions des manifestations de revendication, le régime algérien ne fait que convaincre de plus en plus de Kabyles à penser et/ou à revendiquer une solution, légitime, à deux Etats, comme la solution prônée par la communauté internationale, y compris par Alger, pour la Palestine.    

Auteur
Nacer Ait Ouali
 

Commentaires

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Biensure que nous finirons par obtenir l'écoute de la communauté internationale.
D' abord parce que le MAK oeuvre d'arrache pied dans ce sens et ensuite les règles du droit international DEVRONT FORCEMENT S A'PPLIQUER EQUITABLEMENT A TOUTES LES MINORITéS ET TERRITOIRES OPPRIMéS..
IL NE PEUT Y AVOIR D'ETAT PALESTINIEN SANS RECONNAISSANCE DE NOTRE DROIT A FONDER UN ETAT kABYLE.lE POUVOIR COLONIAL D ALGER SE FOURE LE DOIGT DANS L'OEIL EN SUPPORTANT LA RADS ET LA PALESTINE

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Pourquoi demander l'indépendance de la Kabylie, alors que les Kabyles de France s'arabisent et s'islamisent à grande vitesse dans les écoles et mosquées marocaines de l' Hexagone.
Les immigrés Kabyles offrent leurs euros gagnés durement aux arabes d' Algérie ou kabyles arabisés détenteurs de pouvoir.
Le mal est en nous, avant d'incriminer les autres , les kabyles sont connus pour leur lâcheté et leur soumission aveugle à l'arabe.

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Je ne suis pas horlogier et pourtant machin sait combien de temps j'y perdu, dans le metier.
Les Kabyles enguages' dans la lutte contre le regime repressif d'Alger, ne demande pas d'independance. Le fait de lutter en une preuve parfaite.

Nous avonsn une culture unique porte'e par une langue unique. Cela nous fait reflechir d'une facon unique. Reflechir, c'est construire des ide'es dans une langue. Un peu comme une recette de cuisine.
Par consequent, reflechir en Kabyle, meme au niveau subconscient, c'est ca etre Kabyle - c'est pour ca d'ailleurs que malgre' une superposition quelconque avec une autre langue, Taqvaylit est grave'e, elle conditionne la topology de notre cerveau-meme, de facon physique. Iqvayliyen sont ainsi naturellement Independants et comme nous sommes une des 1eres races sur cette planete, et notre langue consequemment, la plus ancienne, nous avons donc toujours ete' Indepemdants et le resterons tant que survit notre culture et notre langue.
De quoi s'agit-il alors? La reponse naturelle est: La Liberte' et surtout celle de vivre notre Independance, collective, c.a.d. Politique.

Pour resumer, ce qui empoisonne la vie des Kabyles, c'est loppression, ou le blocage de notre liberte' a exercer la gestion et la gouvernance de notre vie, chez nous. Ceux qui parlent d'autre chose, n'ont de probleme que celui de l'usage de la langue d'autrui, Francais ou Arabe.

Quand a cette notion de "demander", je n'ai jamais enttendu un Kabyle demander quoi que se soit, sinon des choses comme le fait tout le monde, a travers le monde, toutes les doleances que vous pouvez citer sont d'ordre materiel. Il n'y a donc aucune confusion avec l'independance.
Par contre l'elite Kabyle, une certaine, pas toute l'elte d'ailleur, qui parle de demande et d'independance, notre demande n'est pas adresse'e ni au regime algerien, ni ses oies ou ama-bouzoir. Nos demandes vont aux autres pays et institutions internationales, de notre choix - la demande de servir d'arbitre, de nous reconnaitre le statut que nous meritons comme tous les Peuples du monde et de servir d'intermediaire avec le regime algerien.
DOnc, la reconnaissance de Liberte' ne revient qu'aux concerne's, les Kabyles, qui le sont DeFacto, comme explique' pluthaut - Il est question de s'en rendre compte, de la maniere explique'e ici. Croyez-moi, que c'etait dur a expliquer meme aux acteurs de 1er rang.
C'est ainsi et il n'y a pas d'autre facon d'articuler la nature de la question Kabyle.
Maintenant que la manipulation a montre' ses limites, il ne reste plus que l'opression avec les lois que ce regime nous impose et repression envers ceux qui les violent, ne les reconnaissent pas et les pietinent. Mon cas.

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"Le mal est en nous..." C'est vrai camarade Outry .Mais la solution aussi est entre les mains des kabyles.Les kabyles ne sont ni pires ni meilleurs que les autres peuples de la planète.L'autoflagellation est une attitude débile et stérile.Si certains kabyles sont inconscients de leur situation de peuple outragé, opprimé et arabisé de force,cette état de fait ne durera pas éternellement.La Kabylie doit quitter le Titanic-Algérie qui navigue à vue, sans boussole et sans timonier vers le moyen âge et les ténèbres.L'Algérie est un boulet, un frein à l'émancipation de la nation kabyle qui veut vivre dans la liberté,la démocratie et la modernité.La séparation avec cette Algérie du despotisme oriental et risée du monde, est un impératif pour éviter à la Kabylie son naufrage avec ce monstre appelé Algérie.

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