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REGARD

La laïcité ouverte face aux dangers du communautarisme 

«La laïcité est l'union de trois principes : la liberté de conscience, l'égalité de traitement de tous les citoyens, quelles que soient leurs convictions spirituelles, et l'idée selon laquelle la loi commune ne doit viser que l'intérêt commun. » La laïcité, une conquête de portée universelle, Henri Pena-Ruiz


Historiquement, la laïcité repose sur deux principes : la confiance dans le citoyen universel, conscient et raisonnable, et cette idée philosophique se retrouve dans la reconnaissance d’une «volonté générale », expression d’un groupe humain rassemblé autour d’un destin commun malgré les philosophies intimes de chacun.

La France d’Aristide Briand et la Turquie de Kemal Atatürk ont permis le passage à une loi universelle qui s’est imposée à l’ensemble des citoyens de ces deux pays.

Cette jonction qui crée un peuple homogène — réalité que construit le philosophe et que vit le révolutionnaire — à peine accomplie, elle va se défaire sous les coups de boutoir des religions. La citoyenneté extraite des lois française et turque du début du XXe siècle est une notion politique et juridique que la poussée de l’islam politique, revigoré à la fin de ce même siècle, compromet en France et déstructure totalement en Turquie. 

Privée de ce peuple unique qui lui donnait consistance, la laïcité devient abstraite, rhétorique, conservatrice en France alors que les gauchistes anticapitalistes tendent la main aux islamistes les plus radicaux en feignant de croire que l’islam s’est toujours situé à gauche, du côté des misérables, et ne constituait pas, à l’instar du christianisme, un opium du peuple. En France toujours, c’est la fraction la plus indigente du peuple qui va chercher dans cette religion une nouvelle participation, une nouvelle égalité, un nouvel espoir de bonheur.

En Turquie, c’est carrément le bastion kémaliste qui est tombé entre les mains des fascistes islamistes les plus réactionnaires. En France, la laïcité, philosophie unitaire qui repose sur l’adhésion de tous, est en train d’éclater sous la pression de certains groupes prosélytes, Frères Musulmans et Salafistes en particulier, aidés en cela par les islamo-gauchistes.

La laïcité, que ses initiateurs avaient conçue comme le régime de la raison, devient une épreuve de force. Même des pays, parmi les plus rétrogrades de la planète, y mettent leur grain de sel et trouvent le moyen de juger la France et ses choix. Cette extériorisation et cette aliénation offrent la laïcité française aux assauts de l’islamisme et de ses miasmes. 

Nous vivons, en France, une époque de réaction contre cette philosophie unitaire : l’excès des fanatismes religieux a amené beaucoup de nos contemporains à se résigner à ne pas faire de séparation entre ce qui est intime et ce qui est public, entre la vie personnelle et le régime encouragé par les Lumières. Cette réaction contribue à désamorcer la laïcité qui puise ses sources directement à une conception éthique : l’égalité de tous quelle que soit la religion ou la non religion, l’inviolabilité des personnes humaines, et c’est ce qui, précisément l’oppose à toutes les formes de tyrannie religieuse.

Or, devant les coups de boutoir des communautaristes, on risque d’assister à une décadence de la laïcité, à ses dissensions, sa perte d’âme et on en viendra à assister à se contenter d’une laïcité d’une justification empirique ou même, d’une justification pessimiste. Ce que l’on va retenir d’elle si elle n’est pas soutenue fermement, c’est une technique destinée à moindres frais à assurer la protection des droits fondamentaux face aux lobbys religieux.

Même, par un curieux renversement des valeurs, on allèguera en faveur de la laïcité ce contre quoi elle est toujours venue buter : la concurrence des intérêts religieux, la division des groupes suivant le religieux qui les fédèrent. 

Beaucoup n’osent plus dire des choses pareilles de nos jours tellement les menaces et les insultes font craindre le pire et tellement les islamistes ont accaparé toute une partie de la tradition démocratique et l’ont retournée contre les droits humains. Nous ne sommes pas près d’oublier l’expérience algérienne qui a légitimé des partis islamistes. Les déviations historiques, si elles invitent à la prudence, ne prévalent pas contre les vérités des principes.

Parce que les islamistes, où qu’ils soient, ont figé le progrès dans un sens de l’histoire qui ne servait que leurs intérêts les plus réactionnaires, il faut s’accrocher au pragmatisme. Parce que les islamistes ont transformé la participation populaire en un encadrement de toutes les activités, il faut accroitre la liberté des individus. Parce que les islamistes sont les ennemis des femmes, il faut à tout prix se prévaloir du féminisme le plus en pointe.

Auteur
Kamel Bencheikh, écrivain