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Gaz de schiste

La rentabilité brouille le débat en Algérie

La première question que se poserait le citoyen lambda d’In Salah, Timimoune, Mouydir, Illizi et Berkine et toutes les périphéries de ces gisements : Est ce que ces scientifiques et professionnels  qui soutenaient hier que cette ressources non conventionnelle est dangereuse pour l’environnement, les nappes d’eau et par les produits chimiques qu’elle utilise, l’ensemble de la population du sud de l’Algérie, seraient aujourd’hui d’accord pour cette aventure dans la fracturation hydraulique si elle s’avérerait économiquement rentable ? Que viserait cette approche financière ?  Est-ce pour décourager l’exécutif pour revenir sur sa décision de reprendre le dossier de gaz de schiste ? Ou faire fuir les investisseurs ? Si tel est le dernier cas, comment expliqueraient-ils qu’avant même que les autorités algériennes s’apprêtent à créer un conseil d’experts chargé de rédiger la feuille de route de la nouvelle politique énergétique permettant l’exploitation du gaz de schiste, de nombreux mastodontes mondiaux et pas des moindres, ont d’ores et déjà manifesté leurs « intentions » à la Sonatrach ?

En effet, des sources concordantes assurent qu’une  première liste de compagnies internationales, qui ont déposé leurs candidatures pour explorer le gaz de schiste algérien, a été d’ores et déjà confectionnée par la société nationale. Y figurent notamment  l’américaine Anadarko, l’italienne ENI, la française Total, les britanniques de BP et les norvégiens de Statoil. Toutes ces compagnies ont affiché leur volonté pour investir sur le gaz de schiste algérien. Elles attendent uniquement  la levée de la bureaucratie et surtout plus de clarté dans les prochains amendements de la loi. Si suit le raisonnement par le cash flow tel qu'exposé par nos experts, cela voudra dire que ces multinationales qui roulent leurs bosses dans son domaine depuis plus d’un siècle, ne connaissent pas leurs intérêts ou ne savent pas calculer leur retour sur investissements ? En  quoi l’Algérie est-elle concernée ?  

Que ce soit le régime de partage de production régit par la loi 86-14 ou celui de la concession suivant la  loi 05-07 de 2005, c’est toujours l’investisseurs qui prend le risque. Alors, ces mastodontes ne savent- ils pas évaluer le risque ? Ou ont-elles perdu la raison ? Pour se porter candidats avant même de voir les amendements en projet ? Il est probable que les essais sur le champ d’Ahnet, ont donné de l’eau à la bouche à ces société pour déduire que le pétrole et le gaz de schiste dans le domaine minier saharien sont bien enfouis avec un indice carbone important voire même que la roche mère est facilement stimulable combien même on utilise cette fameuses fracturation hydraulique tant crainte par la population. Maintenant si elles se trompent, tant pis mais pour ce qui concerne l’Algérie, le débat doit s’orienter sur les impacts du gaz des ressources conventionnelles sur l’environnement, la nappe de l’Albienne et la santé publique pour rassurer une population meurtrie par l’expérience nucléaire de la colonisation française. Les comptes comptables ne sont pas un souci algérien mais celui des investisseurs eux même, lesquels investisseurs connaissent bien défendre leur croûte surtout dans une activité aussi capitalistique et risquée comme celle de l’exploration des hydrocarbures. Il faut peut-être reconnaître que l’exécutif Ouyahia a le mérite de poser la problématique de l’économie algérienne d’une manière crue : il n’y a plus  d’argent pour faire tourner la machine, 1 /3 du gaz produits dans les champs en Algérie est réinjecté pour maintenir la pression des autres, l’autre tiers est consommé en interne et cette quantité progresse chaque année de 5%, en dépit d’avoir mis des verrous sur l’importation des véhicules, on importe pour près de 2 milliards de dollars de carburant pour le parc existant, le principal champ gazier de Hassi R’mel d’une réserve évaluée à un peu moins de la moitié de tous les gisement soit 2000 milliards de m3 s’essouffle et exige un boosting pour traverser les différents modules, la solution du financement non conventionnel ne peut pas être éternelle mais très limitée dans le temps, le gaz de schiste américain, celui des Russes et des Qataris chassent dans le marché traditionnel de Sonatrach qui est l’Europe, une entreprise Britannique du nom Sound Energy compte produire quelque 2 milliards de mètres cube de gaz par an tout près de la frontière algéro-marocaine à quelques kilomètres d'Ain Sefra pour le compte du Maroc d’abord sur un gisement de gaz de schiste, ensuite il prévoit de l’envoyer à travers son tronçon sur le GME en Espagne et au Portugal, etc.

Alors ! Que devra faire l’exécutif ? Si nos experts continuent à l’emmener sur le terrain de la rentabilité, opportune ou pas, cette approche purement financière renvoie à plusieurs interrogations. La première est comment se fait-il que le Maroc qui ne dispose d’aucune expérience pétrolière s’aventure pour la première fois directement dans le gaz de schiste et selon toute vraisemblance, il est sur le point de réussir ? En supposant que l’exploitation du gaz de schiste est véridiquement non rentable, permettre aux sociétés déjà candidate d’explorer les gisements de schiste gratuitement, l’Algérie serait gagnante quelque soit le cas de figure. En effet, si le potentiel de gaz ou de pétrole de schiste est économiquement insuffisant, l’Algérie aura gagné le fait de ne rien perdre car toute la recherche est à la charge  de l’investisseur. Dans le cas où c’est rentable, elle viendra tranquillement partager le fruit à la tête du puits. Dans le pire des cas où il n’y a pas du tout de gaz ou de pétrole de schiste, elle aura gagné d’avoir évalué son potentiel au lieu de promettre du néant aux générations futures.

Donc, il est préférable que nos experts, au demeurant très actifs et conscients des difficultés que traverse   leur pays, avancent des solutions et pourquoi pas une alternative. Par exemple la piste de la  stimulation des gisements existant comme Hassi Messaoud, Rhourd El Baghel, Rhourd-Nous et d’autres pourrait être intéressante à développer, quoi d’autres ? 

Le solaire ? oui ! mais avancez le prix du KWH Etc.        

 Rabah Reghis, Consultant et Economiste Pétrolier                                                                                                              

 

 

Auteur
Rabah Reghis
 

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