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REGARD

La représentation de la République, une considération exigeante

“Une démocratie ne vaut et ne dure que si elle sait refondre constamment dans la communauté nationale l'individualisme qu'elle fait naître.” Jacques de Lacretelle

Cela se dit. Cela se répète. Impossible d’ouvrir un journal ou d’écouter une radio dignes de ce nom sans que le constat soit mis en évidence : la faiblesse du discours politique sur nos valeurs.

Il conviendrait toutefois de se demander si, un jour, il en fut différemment. À quel regret se raccroche cette idée que la laïcité par exemple serait de plus en plus ignorée par la logique politique ? À une nostalgie, précisément.

Même s’il n’est pas si sûr qu’aujourd’hui soit bien différent d’hier. Il est néanmoins vrai que les paroles publiques sur ces questions restent rares et relèvent très souvent du cliché bien-pensant. Même pour ceux qui viennent de lui réserver un mauvais sort, la laïcité fait l’unanimité dans ce pays. Minimum syndical du discours politique donc. Mais enfin, ce n’est pas tout à fait le silence.

De temps en temps, ceux qui nous gouvernent prennent des initiatives, contraints et forcés par les malheureuses actualités. Et à entendre et à lire ce qui se dit et ce qui s’écrit, dans la trop grande discrétion de ces discours chuchotés, il serait malhonnête de prétendre que la page est blanche et la réflexion insignifiante. Pour l’essentiel, cela reste extrêmement consensuel, voire très policé.

Nous ne sommes l’objet d’aucune déclaration de guerre ouverte de la part d’un État précis mais tout prête à polémique. Il faut lire entre les lignes et dans la philosophie souterraine des programmes et des discours déclamés pour y déceler les dangers, bien réels. Mais le plus intéressant est ce que révèle cette impression de vide et de silence, qui semble habiter les politiques, du moins ceux qui sont au pouvoir.

Quant à ceux qui sont dans l’opposition, et je pense plus précisément à ceux que l’on nomme les « insoumis » et qui sont par contre totalement soumis à l’obédience de l’islam politique, ne serait-ce que pour pouvoir grappiller des voix à Marseille ou dans les bastions communautaristes de la Seine Saint-Denis, ils sont à l’évidence aux avant-postes du soutien et de l’appui aux idées séparatistes.

L’affaire du professeur Didier Lemaire à Trappes est révélatrice à plus d’un titre. Ce professeur courageux qui n’a de cesse d’alerter sur les dangers de scinder les territoires sous la coupe de certaines idéologies mortifères de ceux de la République comme s’il s’agissait d’une sécession déclarée. Et dire que cette affaire arrive après celle du professeur Samuel Paty, aujourd’hui en voie d’être oubliée, décapité à Conflans Sainte-Honorine dans le même département des Yvelines.

Elle exprime l’incertitude des temps, la précarité des cerveaux comme seule réponse aux défis. Elle dit la crainte face aux incertitudes de l’avenir, face à la douloureuse nécessité de tout remettre à plat et de dépasser une situation étouffante à tant d’égards. Il y a urgence, en effet.

La peur est rarement bonne conseillère. La première des décisions est de dire et de répéter jusqu’à satiété qu’aucune part de nos valeurs n’est négociable. C’est à prendre et à ne rien laisser. C’est comme ça, point barre !

Il n’y aura rien à espérer si, individuellement et collectivement, nous adoptons une position de repli, fermés à l’idée que nous avons parfaitement raison, rétifs au fait d’être tout simplement au cœur d’un concept lumineux qui a fait ses preuves. Il n’y a plus rien à attendre si nous décidons de quitter, à travers les tractations qui nous seraient suggérées de l’intérieur ou de l’extérieur, les sommets de cette vision collective qui nous caractérise.

La nécessaire autonomie des décisions qui concernent notre pays relève du champ politique et de notre propre responsabilité, en ce qu’elle suppose de travail sur nous-mêmes et en notre capacité à fonder et à sauvegarder nos convictions, ne pas céder aux sirènes des communautaristes de tous bords et aux logiques électoralistes de certains partis qui se laissent piéger dans un gloubi-boulga de ceux que l’on appelle communément et à juste titre, les islamo-gauchistes. Mais je pense qu’elle va de soi. Elle se conquiert en permanence et sa revendication passe par une construction patiente qui conjugue une considération exigeante de la représentation de la République et le pari de la politique, cet art de prévoir l’imprévisible.

Il est une chose de certaine, c’est qu’il n’y aura jamais lieu de se mettre à genoux devant les multiples sécessions qui se profilent parce qu’il y a une vérité intangible : il n’y a de communauté que nationale !

Auteur
Kamel Bencheikh, écrivain