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DECRYPTAGE

La stratégie américaine a du plomb dans l’aile

Il est des ‘’secrets’’ qui s’étalent dans les médias sans attirer pour autant l’attention du public y compris des ‘’spécialistes’’. Il est vrai que pour éventer ces secrets, il faut convoquer et l’histoire et faire appel à sa propre mémoire pour échapper à la machine de la désinformation.

L’une de ces informations fut celle du Renvoi/Démission de Bolton, conseiller à la Sécurité Nationale de Trump. Ce renvoi est à la fois le signe de contradictions aigues au sommet de l’Etat américain et une tentative de recentrer la stratégie de la puissance américaine. Le départ de Bolton offre l’occasion de cerner les éléments mis en branle pour s’adapter aux nouveaux défis rencontrés par l’Oncle Sam. On voit d’ores et déjà leurs effets sur les champs de guerre et la scène diplomatique internationale. Mais avant de cerner le remu ménage de la stratégie américaine, il n’est pas inutile de faire un détour par l’Histoire de ce pays pour comprendre les raisons du plomb dans l’aile de sa stratégie actuelle.

Plusieurs dates résument l’entrée de l’hégémonie des USA sur la scène internationale et le début de la lente érosion de ladite hégémonie.

1945 : Leur participation à la victoire de la seconde guerre mondiale et la pluie de dollars du plan Marshall pour la reconstruction de l’Europe leur ont permis d’essaimer des bases militaires un peu partout et d’être les maitres des circuits financiers et bancaires.

1975 : Humiliantes défaites au Vietnam et au Cambodge où l’armée de la première puissance du monde a eu juste le temps d’embarquer ses troupes pour ne pas connaitre le sort des milliers de soldats français après la bataille de Dien Bien Phu de mars à mai 1954.

2011 : Naissance des pays émergents du BRICS (1) qui veulent échapper à la domination sans partage des USA, pilier de la mondialisation qui ‘’régule’’ dorénavant la vie économique et les finances du monde.

Entre ces dates, pendant quelque 70 ans, les USA ont pratiqué et résolu leurs ‘’problèmes’’ en s’appuyant sur la puissance de leur l’économie et de leurs armées. Avec la carotte de l’économie, ils tenaient en respect leurs alliés de l’Occident et imposaient leurs règles aux pays pauvres transformés en vassaux. Mais avec les pays ‘’récalcitrants’’, ne pouvant les ‘’séduire’’ avec leurs carottes, ils sortaient et sortent encore leurs grosses artilleries de la guerre pour les soumettre.

Et la liste de ces pays est longue, Corée du Nord, Vietnam, Laos, Cambodge, Cuba, Afghanistan, Irak, Syrie. On aura remarqué que dans ces pays, les Etats-Unis ont connu ici et là des défaites militaires ou politiques (parfois les deux).

Et c’est avec Trump paradoxalement que cette stratégie de la double utilisation de l’économie et du militaire comme moyen de pression a atteint ses limites. Rappelons que Trump s’est fait élire avec la promesse de faire ‘’revenir les boys à la maison’’. Une fois au pouvoir, il essaie de remplir sa promesse mais la réalité du terrain ne se plie pas à sa volonté.

Ceci dit, Trump reste un partisan de l’utilisation de l’arme économique pour faire plier ses ennemis. Il manie cette arme en menaçant d’asphyxier les rebelles. Il n’hésite pas cependant à les flatter en vantant leur Histoire et leur promettre de transformer leurs ‘’misérables’’ pays en paradis.

C’est ce qu’il fit avec la Corée du Nord et l’Iran. A l’évidence, ces deux pays, dont les dirigeants sont précisément des enfants d’une prestigieuse Histoire, sont loin de croire à ses sornettes. Et cette évidence s’est traduite par des échecs à la suite de multiples rencontres directes ou bien par des tentatives de ‘’médiateurs’’. Et c’est là, que le fameux Bolton membre du Conseil National de Sécurité, entre en scène et fait la leçon à son patron Trump. Il lui ‘’expliqua’’ que depuis la nuit des temps, c’est le Politique qui prime dans les affaires d’Etat et notamment dans les relations internationales. Sous-entendu monsieur le président, votre arme de pression économique fonctionne avec des marchands qui soldent leurs produits pour ne pas faire faillite, en faisant allusion au métier d’homme d’affaire de Trump dans ‘’une autre vie’’. Bolton a dû faire une leçon d’histoire sur l’arme politique, c’est-à-dire la guerre si besoin est (on voit qu’il a lu ‘’De la guerre’’ de Clausewitz).

Le clash entre le président et son conseiller était donc inévitable. Bolton fut mis à la porte sur le champ. Ce dernier formé à l’école de l’Histoire et du Politique a théoriquement raison sur son patron. Sauf que… les USA, son pays n’avait plus les moyens de sa politique. L’Histoire est passée par là et les échecs militaires et politiques signalés plus haut ont mis en évidence les limites de leur puissance militaire. D’autant que de très grandes puissances militaires (entre autres Russie et Chine) nourrissent elles aussi des ambitions et nouent des relations avec des petits pays qui ne veulent pas courber l’échine devant le gendarme du monde.

Face à des pays émergents qui lui dispute des ‘’parts de marché’’ aussi bien sur le plan économique que celui de la géopolitique, Trump veut concentrer ses forces pour limiter l’expansion de ces ‘’concurrents’’ potentiels tout en défendant ses protégés et vassaux de certaines régions.

Ni l’Iran, ni la Corée du Nord n’ont cédé aux ‘’désirs’’ de Trump. Ni le ‘’cordon sanitaire’’ des multiples embargos, ni la menace des armes, n’ont fait plier ces deux pays. Les deux faces de la monnaie américaine (économie de Trump et armada militaire de Bolton) ne semblent venir au secours des USA. Et le retrait aujourd’hui des forces américaines du nord de la Syrie vient confirmer que la stratégie américaine a vraiment du plomb dans l’aile. Les Américains connus pour leur pragmatisme vont-ils tirer les leçons de leurs échecs en Asie et au Moyen-Orient ? C’est fort possible, en renouant avec leur fameux isolationnisme qui sied parait-il à leur ‘’psychologie’’ grâce à l’immensité de ce pays/continent, ses richesses et son dynamisme économique.

Sauf que, grande puissance ou pas, on ne pas construire des murs avec des voisins, maltraiter ses alliés, trahir ses protégés. Entre les desiderata externes et les sables mouvants de la politique interne, un travail titanesque de réaménagement de stratégie attend Trump ou plus exactement les États-Unis. Jusqu’ici le notions de guerre civile et de coups d’États étaient réservés à des pays africains de m… selon l’expression de Trump. Et voilà que dans la bouche du même Trump, on entend la phrase de coups d’État dans la patrie de Washington. Tout fout le camp mon bon monsieur comme on dit dans les discussions de comptoir des cafés.

Ali Akika.

Note

(1) Pays du BRICS, Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud.

Auteur
Ali Akika. cinéaste
 

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