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DISSIDENCE CITOYENNE

L’acte 29 de manifestation des Algériens remet les compteurs à zéro

Marche du 29e vendredi de la dissidence à Alger. Crédit photo : Zinedine Zebar.

Voilà plus de 6 mois que les vendredis et les mardis se suivent mais ce 29e a montré que tout  ce qui se mène en dehors du mouvement de dissidence populaire, reste un non événement. 

La mobilisation et la détermination a repris avec les mêmes slogans à travers plusieurs villes d’Algérie sous un signe actualisé « pas de vote sous la coupe des gangs ».

Même si l’on admet que ce que les médias appelle le « Hirak » a plusieurs tendances, chères au vieux général qui l’orientent en fonction des intérêts de certains groupes qui ne veulent pas du bien à l’Algérie, les revendications cette semaine balaient tout ce qui est fait jusqu’à maintenant en matière plateforme de sortie de crise.

Pourtant, le général-major, chef des armées Ahmed Gaïd Salah  a déclaré ouvertement dans son dernier discours de jeudi 5 septembre que ce sont les citoyens qui demandent d’aller dans les plus brefs délais à une élection présidentielle pour élire un président légitime qui entamera les réformes qui mèneront vers cette nouvelle république à laquelle ils aspirent. 

Encore plus loin, le coordinateur du panel de dialogue et de médiation, qui a annulé sa conférence, avance dans son avant projet de rapport de synthèse remis pour avis à plus 23 partis politiques et terminera avec 6000 rencontres avec les mouvements associatifs et des personnalités politiques et de la société civile dont des représentants du Hirak, sont tous favorables à l’organisation d’une élection présidentielle au plus vite mais posent tout de même des conditions dont les mesures d’apaisement, celles de commencer d‘abord par libérer les détenus dit «d’opinion» et sans attendre faire partir l’équipe Bedoui.

Cet ensemble ainsi consulté ne trouve pas d’inconvénient à ce qu’Abdelkader Bensalah termine son intérim tel que recommandé par le Conseil constitutionnel qui le lui a prolongé pour des raisons particulières mais très loin des dispositions constitutionnelles. Il se trouve et ce n’est pas la première fois que la rue comme hier vendredi ne l’entend pas de cette oreille.

Certaines pancartes, fortement soutenues voire même généralisées à travers les différentes manifestations dans le pays, rejettent le panel de dialogue et de médiation chapeauté par Karim Younes et on y lit même « Le dialogue est une supercherie manigancée par le pouvoir mafieux et hors la loi...». Et en précisant vers la fin : «Le peuple n'est pas dupe, vive la révolution pacifique jusqu'à la victoire».

Peut-on continuer à s’appuyer sur la thèse que tout ce beau monde qui a rempli les artères des grandes villes du pays est manipulé par une main étrangère ou l’écouter en ayant le courage de surmonter les clivages politiques non seulement tenter de rapprocher les ponts  de vue mais rechercher un « consensus » dans le respect des intérêts suprêmes du pays «avec la mise en place de garde-fous garantissant les aspirations du peuple en matières d’Etat de droit, de rupture, de respect de toutes les libertés collectives et individuelles, de séparation des pouvoirs, de justice sociale, de développement, de bien être.»

Ce 29 e vendredi  et probablement les prochains seront plus déterminés pour que l’institution militaire s’implique directement dans le dialogue pour lui donner la substance qui manquerait jusqu’à présent.

Qui validera le projet de la loi électorale dans ces conditions ?

Si maintenant des citoyens deviennent de plus en plus nombreux à rejeter tous les efforts entrepris par ce panel de dialogue et de médiation dans toutes ses séances de consultation, tout ce qu’il proposerait en matière de lois, notamment celles liés à l’organisation, le déroulement, la surveillance et le contrôle du prochain scrutin présidentiel n’auront aucun fondement constitutionnel et en contradiction pure et parfaite avec le texte lui-même.

En effet, l’article 01 du projet indique formellement que l’autorité qui s’en occupe «ne doit se conformer qu’à la constitution et la loi», or, sa validation renvoyée pour contourner les contraintes constitutionnelles à des «mesures transitoires», donne le droit légitime à un intérimaire qui est le chef de l’Etat actuel de la signer puis designer 15 de ses membres voire même l’installer, est en contradiction flagrante avec les articles 7 et 8 de la constitution qui d’abord octroie «la source du pouvoir au peuple qui l’exerce à travers les institutions qu’il se donne».

Dans le cas qui nous concerne, le peuple n’a donné ni mandat à Abdelkader Bensalah et encore moins à ces membres du panel de parler en son nom. Ce bricolage politique va mener à des élections avec un taux d’abstention record qui ne mettra pas le pays sur la voie de cette nouvelle république, donc la solution est à rechercher incontestablement avec le vrai détenteur du pouvoir, versus algéro-algérien pour ne pas tomber dans le modèle soudanais qui ne convient pas en effet à l’Algérie comme l’insinuait Ahmed Gaïd Salah dans son discours cette semaine
                

Auteur
Rabah Reghis
 

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