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TRIBUNE

L’Algérie de Gaïd Salah : entre Machiavel et Freud !

Primauté du militaire sur le politique est le crédo du généralissime Gaïd Salah qui doit sa position de chef des armées à son mentor Abdelaziz Bouteflika contre lequel il s’est retourné, sans état d’âme, quand il s’est senti menacé d’éviction.

Ayant échappé à une disgrâce humiliante et ayant une culture boumédiéniste, Gaïd Salah ne peut pas voir l’Algérie sans lui et non caporalisée. C’est-à-dire qu’il ne peut concevoir la gestion du pays autrement que de façon autoritaire, en adéquation avec ses pratiques apprises au sein du système dans lequel, sa vie durant, il a croupi.

Pour lui, c’est à la société d’être à son écoute et non l’inverse. Il ne peut donc comprendre l’objet du soulèvement populaire et particulièrement de la jeunesse. Soumettre cette jeunesse et tuer en elle le goût de l’autonomie personnelle et collective est le seul projet qu’il peut entrevoir, qui peut rentrer dans sa logique. Ce qui est valable pour la jeunesse l’est aussi pour toutes les catégories sociales et politiques.

Recouvrer la souveraineté populaire confisquée par l’état-major général en 1962 comme le réclame la rue à cor et à cri, ne correspond pas à son logiciel. Il campe dans cette fâcheuse dérive de vouloir, à tout prix, tout régenter et dicte ses volontés à partir de structures militaires sans en mesurer les effets.

On a vu comment il est passé à la hussarde, au-dessus des mécanismes juridiques en estimant qu’il lui appartient de tenir la main aux procureurs et aux juges pour qu’ils prennent des décisions et en rédigent les sentences. La magistrature soumise à ses ambitions est pour lui l’enjeu majeur du moment.

Ça lui permet d’éliminer qui il veut, quand il veut, comme il veut. En ligne de mire, toutes celles et ceux qui ne soutiennent pas sa démarche. Elle consiste à reproduire le seul scénario qu’il connaît : organiser des élections présidentielles dans les conditions frauduleuses historiques héritées du système colonial Naegelen trompeur et coercitif repris en copié-collé par le système Boumediene-Bouteflika.

Il s’agit du bourrage des urnes, de la compilation frauduleuse des résultats, de l’achat de voix, des menaces proférées tout azimut, de la censure, des intrigues, des annonces de scores en décalage avec la réalité, etc. etc. La panoplie de la triche est à foison et variée.

Officiers mégalomanes

Ces attitudes ne répondent pas seulement à des considérations politiques, à savoir assurer la reproduction du système et sauvegarder les privilèges de l’oligarchie militaire et de ses clientèles. Elles répondent également à des considérations psychologiques sans lesquelles on ne peut pas comprendre l’acharnement de l’état-major à contrecarrer la révolution en cours. Ce sont des attitudes obsessionnelles caractérisées par un désir inextinguible de puissance, un orgueil démesuré comme les a d’ailleurs rappelées le général Hocine Benhadid, ce qui lui a valu la prison ferme.

Le problème est que le cas de Gaïd Salah n’est pas un cas isolé. Les officiers supérieurs algériens sont mégalomanes, du moins beaucoup d’entre eux et particulièrement ceux qui forment le noyau décideur. Leurs grades leur donnent des ailes. Ils se voient grands et investis d’une mission messianique et ne peuvent comprendre que leurs épaulettes puissent être, en matière politique à tout le moins, un prisme déformant.

Cette surestimation de soi et du corps d’armée auquel ils sont rattachés les boumédiénise au plus profond d’eux-mêmes : elle les plonge dans un délire de grandeur sans fin et les rend quelque peu paranoïaques.

Du coup, toutes celles et ceux qui ne leur obéissent pas au doigt et à l’œil, ne s’alignent pas sur leurs lubies, sont considérés comme des suspects. Ils leur prêtent, sans hésiter, de mauvaises intentions. Ils passent leur temps à chercher des preuves de suspicion et sont capables de réagir de façon disproportionnée comme ils l’ont fait avec Kameleddine Fekhar, Hocine Benhadid, Issad Rebrab, Louisa Hanoune, Salah Dabouz, Lakhdar Bouregâa, les porteurs de drapeau amazigh et tant d’autres.

Le moindre signe allant, à leurs yeux, dans le mauvais sens est considéré comme une offense. Incapables d’écouter les arguments des autres, ils reproduisent un schéma freudien de rigidité maladive incrusté dans la moindre petite institution depuis près de 60 ans par les agents du machiavélique Mohamed Boukharouba (alias Houari Boumédiène).

Quoique le peuple algérien fasse et quoi qu’il lui réclame en le lui signifiant toutes les semaines dans la rue depuis maintenant un semestre, l’état-major reste sourd et rigide. À l’évidence, le moindre fléchissement de la mobilisation populaire conduirait à une reprise en main rapide, autoritaire et violente par l’ANP héritière de l’armée des frontières.

À contrario, une mobilisation forte et continue évitera au peuple algérien une nouvelle ère d’un pouvoir exorbitant incarné par un égocrate entouré d’un quarteron de généraux. L’équation est ainsi posée, le dialogue proposé par Gaïd Salah à partir des casernes n’est malheureusement qu’un leurre grossier !

Auteur
Hacène Hirèche, consultant
 

Commentaires

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Gaïd Salah se prendrait-il pour le Robert Mugabe algérien ?
Ne sait-il pas comment a fini son histoire commencée glorieusement, déchu piteusement et renvoyé comme un malpropre par son peuple qui l'a porté au pinacle des décennies durant.
Rassurons les algériens, Gaïd Salah n'a ni l'histoire, ni l'envergure, ni la formation de Robert Mugabe; Gaïd Salah n'est qu'un "larron" qui a saisi toutes les occasions pour atteindre le cénacle, ce cénacle que lui et l'état-major n'ont utilisé et ne veulent utiliser qu'au premier degré.

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