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REGARD

L’Algérie de l’ombre sort à la lumière et étonne

Enfants d'un peuple qui refuse les Néron.

On ne croyait plus à un quelconque espoir, on désespérait de voir notre pays subir el hogra et la bêtise, l’incompétence et l’arrogance, la cupidité et la bonne conscience.

Le morne présent troublait la vue des plus optimistes et les empêchait d’entendre les bruits d’une Algérie de l’ombre se préparant à affronter la caste des parvenues. Et cette Algérie-là qui avait trouvé refuge dans les entrailles de son histoire, surgit le 22 février pour mettre à nu la laideur de ces charognards agissant dans l’obscurité de peur de la lumière.

Cette Algérie-là élit ainsi son mouvement sans ces bulletins factices de votations trafiqués dont le seul but est précisément de cacher toute laideur. Opération nécessaire pour être présentable dans les cénacles du droit international. Sauf que l’Algérie n’est pas uniquement habitée de hâbleurs élaborant des scénarios de fiction pour les forums internationaux. Cette Algérie de l’ombre a été et restera une forteresse de la résistance, les larmes des mères ont arrosé cette terre dont l’Histoire est écrite avec le sang de leurs enfants. Et les enfants de ces enfants, la geste rebelle, la leur, en ce printemps 2019 racontera que la jeunesse algérienne, filles et garçons côte à côte, a brisé les murs du silence.

Enfants d’un peuple qui ne supportait plus un Néron des temps modernes désertifiant le pays dans le seul but de satisfaire son ego. Pâle imitation du Néron de l’antique Rome dont la mégalomanie l’incita à brûler sa capitale dont le secret désir de ne pas être oublié par l’Histoire.

En riposte au message des affidés du Néron ‘’après moi le déluge’’, le peuple remit le pays sur ses pieds et entama sa marche, fier et déterminé. Au fur et à mesure qu’il avance, il balaie ville après ville, rue après rue, brise mur après mur des palais où mijotaient des idées rances, nourricières de la hogra. Une armée de serviteurs zélés protégeaient ces forteresses en contrepartie de largesses sonnantes et trébuchantes. Le pays fonctionnait en marge de la loi.

Un coup de fil anonyme de ces forteresses, une justice de nuit et le tour est joué au détriment du pays et de ses habitants. Il y a bien une constitution mais qui s’en soucie. La vie du pays ressemblait à ces pièces de théâtre où l’apparence grossière des choses ne dérangeait personne parmi la caste des nouveaux seigneurs. Mais celui qui n’en pouvait plus de ce théâtre guignolesque, c’est le peuple.

Et chaque semaine, il vendredira (1) et imposa sa propre lecture de la réalité. Il renvoya l’homme malade qui servait de paravent à la caste qui s’est incrustée dans les rouages de l’Etat. Ladite caste acquiesça à son ‘’sacrifice’’ en application d’une vieille théorie de la politique, savoir amputer un membre pour empêcher que la gangrène n’emporte tout le corps.

Avec ce ‘’sacrifice’’, la caste espérait calmer la révolte, ‘’émousser’’ le mouvement populaire comme l’a dit cyniquement un prétendant candidat à l’hypothétique et future élection présidentielle, un candidat civilement habillé mais dont la tête reste militairement occupée par le règlement des casernes. Et en contrepartie de la sage rentrée à la maison, on promit au bon peuple une transition gérée par des visages connus et fidèles qui ont servi leurs intérêts et desservi ceux de cette Algérie de l’ombre. Rien que ça ! Ah la constitution, en dépit de tant d’infidélités masquées par tant de mensonges et tant de trahisons, on fait encore appel à toi pour faire avorter une révolution qui l’on déjà fait sortir de son lit en juillet 62.

Ce travail de sape pour détourner le fleuve de son lit avait commencé avec la cohorte d’éminents juristes qui échafaudaient des plans sur la comète à partir de certains articles de la constitution du pays. Des plans de fiction mais sans la pâte de l’art(iste). Des plans comme si l’Algérie vivait sous le méridien de Paris ou de Washington.

Comme si le peuple algérien n’avait pas de mémoire, ne déversait pas sa colère et ne comptant que sur lui-même pour atteindre son propre objectif. Ces juristes fétichistes semblant croire sincèrement en l’essence divine du droit, n’avaient tout simplement pas compris que le pays vivait dans une situation révolutionnaire. Il est vrai qu’en bon fétichistes, pour eux toute crise se résorbe et s’éteint par la seule magie de l’application du code pénal.

Tout ce beau monde qui s’échine à faire rentrer dans les rangs ceux qui souffrent de la dure réalité, n’ont rien compris à la colère de ce peuple. Ce dernier a depuis longtemps compris que l’on recouvre du voile cynique de la loi les intérêts des seigneurs pour faire taire les opprimés.

Car le peuple ne veut plus d’une fiction qui plus est, des plus médiocres pour étouffer sa vie. Le peuple est à la recherche d’outils pour écrire sa propre histoire, d’une fiction de l’art qui fait éclater la vérité. Il est en train d’inventer et d’enrichir cette fiction. Celle qui procure du plaisir et des connaissances à l’esprit. La fiction artistique qui saisit la complexité de la réalité pour s’approcher au plus près de la vérité.

L’art dans son essence a d’une certaine façon horreur du déni du réel. Il est à l’opposé des fioritures des lieux communs, du fatras d’idéologie moisie qui brouille le regard et empêche d’avancer.

Pour finir, qu’on laisse le peuple vivre sa fabuleuse aventure actuelle. Il peut, on le voit chaque vendredi déployer son intelligence pour éventer les manipulations politiciennes. Il le peut car sa conscience historique a été nourrie par sa longue résistance à travers les noms de batailles, de femmes et d’hommes qui ont donné ses lettres de noblesse à sa longue, tortueuse et tragique histoire.

Ali Akika, cinéaste

Renvois

(1)  Néologisme ‘’vendredire’’ ‘’fabriqué à partir de vendredi, jour des manifestations et de ‘’Dire’’. Conjugaison d’un mot français et ‘’Dire’’ de l’arabe populaire qui signifie faire. Vendredire peut se traduire ainsi : ‘’nous disons ce que nous faisons et nous faisons ce que nous disons’’.

(2)La geste, acte, mouvement qui raconte un fait, une histoire, magnifiés par la mémoire populaire traversée par le souffle poétique des contes populaires..

Auteur
Ali Akika, cinéaste
 

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