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DECRYPTAGE

L’Algérie n’a rien à réduire de son quota, le déclin naturel l’a fait à sa place 

Le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab qui s’est effacé ces derniers jours, est revenu jeudi  pour faire un communiqué à l’Agence Presse Service (APS) (01) informant l’opinion publique que l’Algérie a mis en œuvre ses engagements avec l’OPEP+ pour réduire sa part conformément à l’accord du 12 avril dernier.

En tant que président de la conférence, poursuit le communiqué du ministère lit-on, "le ministre exprime sa confiance pour que tous les pays signataires de cet accord respecteront  leurs engagements.» Pour lui, l’objectif primordial est de « réaliser un taux de conformité à 100% pour tous les pays vis-à-vis de cet accord historique entré en vigueur le 1er mai 2020. »

Pour notre ministre, maintenant son optimisme, il fonde principalement l’amélioration rapide de la situation du marché et de ses perspectives à très court termes à cette action des pays de l’OPEP+. Pour les analystes, il reste difficile après de telles déclarations de hauts responsables chargés du principal secteur économique, celui de l’énergie qui entraîne tout le circuit économique et social de tout un pays, lisent voire suivent  les rapports internationaux pour ajuster leur mode de gouvernance en fonction de ce qui se passe dans le monde. Pourquoi ?

1- D’abord sur le quota fixé par OPEP+ à l’Algérie

L’accord structuré en trois parties fixe dans sa première à l’Algérie un quota de 23% sur la base de calcul de la production d’octobre 2018. Ce quota est « supposé » égal à 1,056 million de barils par jour, soit environ 240 000 barils par jour. Or,  si l’on considère les chiffres rapportés dans le rapport de l’OPEP de mai  2020 (02)  (03) à la page 46, tableau des quotas basé sur le rapport du ministère de l’Energie (direct communication), nous constatons que  l’Algérie a produit en moyenne en 2018, 16000 de moins que son quota. Ce déficit est remonté en 2019 à 33 000 barils par jour pour redescendre en mars 2020 à 23 000 barils/jour, soit toujours moins que son quota qui lui a été fixé.

La production algérienne a encore baissé au mois d’avril de 29 000 barils /j  bien avant la réduction de l’OPEP+ soit à peine 1.004 million de barils  du quota 1.056 barils/j. C’est la baisse la plus forte depuis 2017. Si on enlève les 240 000 barils/j du quota d’octobre 2018, on tombe exactement à quelque barils prés à la production du mois d’avril donc, on n'a rien à réduire. Ensuite si on suit la courbe du déclin depuis 2017, on produirait moins qu’avril 2020. 

Alors pourquoi le ministre parle-t-il d’une diminution qui ne figure pas dans le communiqué final de l’organisation des pays exportateurs du pétrole et ses alliés ?

 2- Ni l’OPEP+, ni l’OPEP tout court, n’ont un pouvoir sur le marché actuellement

Le marché pétrolier est revenu à ses fondamentaux, c'est-à-dire l’offre et la demande. Aujourd’hui, la demande est en berne à cause de la crise sanitaire et une offre pléthorique à cause du stockage aussi  bien sur terre que sur mer. Si le prix du baril de pétrole est sorti de la zone du danger dite « Break Even Cost », ce n’est pas la réduction opérée à compter du 1er mai comme l’affirme le ministre mais les stocks américains qui ont baissé et une reprise progressive du raffinage. En effet, l’agence américaine pour Energy Information administration (EIA) dans son bilan hebdomadaire des stocks américains que de nombreux analystes prévoyaient qu’ils exploseraient à 11,7 millions de barils  supplémentaires, ne sont augmentés en fait que de 9 millions de barils en une semaine au 24 avril pour s’établir à 527,6 millions de barils 

 Les réserves d'essence ont par ailleurs reculé de 3,7 millions de barils, alors que les analystes anticipaient une hausse de 2,5 millions, tant mieux ! Résultat,  le baril du Brent est remonté à l’heure nous écrivons à 32,50 dollars le baril, celui du basket OPEC à 17 dollars le baril alors qu’il s’est confiné durant plusieurs jours à moins de 12 dollars ? Celui du Sahara Blend, référence algérienne, est à 29,88 dollars le baril alors qu’il a frôlé les 11 dollars le 20 avril dernier. Pour le brut new-yorkais le WTI est coté aujourd’hui à 29, 65 dollars le baril alors qu’a la même date, on offrait 37, 63 dollars pour s’en débarrasser. C’est un effort énorme lié principalement à une reprise progressive du raffinage et surtout le déstockage en cours. Il n’a donc rien à voir avec l’OPEP+ et encore l’OPEP tout court.  

3- L’accord de l’OPEP+ est dépassé avant même qu’il naisse 

Grâce au volontariat de nombreux pays producteurs, la production actuelle de la majorité des membres de l'OPEP+ est supérieure à celle à la date de référence d'octobre 2018, c'est un total de 14,5 Mbj par rapport aux niveaux de production de début avril qui sont retirés du marché par l'OPEP+, c’est du moins ce qu’a laissé entendre le secrétaire d’Etat américain à l’énergie. Ainsi, selon d’autres  sources citées par l'agence Reuters, ce sont près de 20 millions de barils qui devraient sortir du marché pendant les mois de mai et juin, ce qui correspond à environ 20% de la demande mondiale avant la pandémie de Covid-19. Donald Trump a lui aussi cité le chiffre effectif proche de 20 millions de barils par jour dans un Tweet publié après le 12 avril 2020.  

Les Etats-Unis, le Brésil, la Canada, et la Norvège vont contribuer à l'effort pour 4,7 millions de barils par jour supplémentaires. Les États-Unis, premier producteur mondial, ne sont pas membre de l'alliance OPEP+ mais selon Alexander Novak, ils « soutiennent l'accord », favorable à leur industrie de pétrole de schiste, en grande difficulté. « Ils disent qu'ils sont prêts à contribuer à la baisse de la production : on a entendu des chiffres allant de 2 à 3 millions de barils par jour », a indiqué le ministre russe juste après la réunion de l’OPEP+. Il a dit ne pas attendre un retournement favorable de la conjoncture économique « avant la fin de l'année, dans le meilleur des cas ». «Lorsque vous additionnez toutes les réductions de production dans le monde, nous allons être beaucoup plus proches de 20 mb / j qui sortiront du marché.» précise le secrétaire américain à l'Énergie Dan Brouillette sur Fox Business.

4- Pourquoi l'Algérie devra d’augmenter la production du brut plutôt que le gaz

Le journal électronique El Confidential citant les chiffres de Cores, la société qui gère les réserves d’hydrocarbures, nous apprend que l’Espagne se rue vers les navires américains pour acheter au marché spot le Gaz naturel liquéfié (GNL) en acceptant délibérément de payer des pénalités en se détournant du Gaz naturel algérien qui lui arrive par le gazoduc Medgaz  à travers le Maroc.

D’abord, de nombreux analystes ont pris cette information qui circulait déjà il y a quelques semaines pour un « fake news » de part le prix de revient d’arrivée au Hub  européen du gaz américain. Il se trouve qu’après renseignement pris, les producteurs du gaz de schiste américains acculés par les banques pour rembourser leurs dettes favorisent les liquidés au prix et donc tant que la crise sanitaire persiste, ils ne fermeront pas leurs puits même s’ils bradent leur gaz.

Cette perte des parts de marché ne date pas d’aujourd’hui mais du début de l’année 2019 mais aucune mesure n’étant prise par les responsables concernés pour y remédier notamment du côté de la Sonatrach. Ensuite le président d’un grand holding d’énergie l’ENN Energy Holding, considéré comme l’un des plus grands distributeurs du gaz naturel en Chine  depuis longtemps n’exclut pas que le prix du gaz naturel subira sous peu le même sort que le prix du pétrole new-yorkais (WTI)  le 20 avril dernier c'est-à-dire bradé à 0 dollar.

On constate désormais poursuit  ce magnat de distribution du gaz que la capacité de stockage de ce combustible se fait de plus en plus rare car la consommation s’est drastiquement contractée  Ce syndrome qui honte les traders suite aux événements du 20 avril dernier où le baril du WTI s’échangeait à -37, 63 dollars le baril même si cela de courte durée sa remontée se fera progressivement en fonction de la reprise des activités économiques dont aucun Etat en a l’assurance ni la certitude.

Les prix de référence du gaz en Asie, en Europe et aux États-Unis ont tous atteint des niveaux historiquement bas cette année, dans un contexte d’offre excédentaire et de demande atone.

Rabah Reghis

Renvoi

(01)http://www.aps.dz/economie/105055-petrole-l-algerie-reduit-sa-production-conformement-a-l-accord-de-l-opep 

(02)-https://www.opec.org/opec_web/en/publications/338.htm 

(03)-https://momr.opec.org/pdf-download/ 

Auteur
Rabah Reghis