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Manœuvres au sommet autour des présidentielles de 2019

L'assassinat politique programmé d'Ahmed Ouyahia

L’homme des sales besognes est dans de sales draps ! En tout cas c’est l’homme à abattre du moment. Ahmed Ouyahia, qui a remplacé au pied levé Abdelmadjid Tebboune en août 2017, est victime de tirs croisés d’une violence inouïe, de la part du président et de ses hommes.  En effet, et après les attaques subies par le Premier ministre de la part de Djamel Ould abbès et de Chakib khelil,  c’est au tour de la présidence de venir mettre son grain de sable, dans la mécanique gouvernementale déjà très altérée.

Impopulaire en diable, Ahmed Ouyahia a pris le train en marche, dans un contexte de crise économico-financière sévère. Un cadeau empoisonné que l’ancien chef du cabinet présidentiel avait accepté de recevoir. D’aucuns savaient que la mission ne sera pas de tout repos, mais Ouyahia, dont les ambitions présidentielles ne sont un secret pour personne, en a vu, avec son clan formé d’oligarques militaires, une opportunité à saisir avant les présidentielles de 2019.

Le clan de Bouteflika a voulu saisir à son tour l’occasion pour enterrer définitivement celui qui fût toujours imposé au président, et qui a repris la main depuis quelque temps, raflant plus de 100 sièges au parlement, et 600 communes, inversant ainsi la tendance baissière de son influence depuis l’arrivée de Bouteflika en 1999.

Le scénario était de laisser Ahmed Ouyahia faire le travail ingrat dont il est friand, prendre les mesures impopulaires à l’image de la planche à billets, la privatisation des entreprises publiques par cessions ou par ouverture du capital ou encore, l’interdiction d’importer des produits... Il ne reste plus au clan présidentiel que guetter les faux pas, prendre le pouls de la rue  et contrer!

C’est ce qui se passe sous nos yeux : désaveux et rétropédalages sur pratiquement tous les dossiers lourds. Dès son arrivée, un mystérieux communiqué filtre dans la presse généralement proche du clan au pouvoir et provenant du département de la sécurité d’État, relié, faut-il le rappeler, directement à la présidence, parle des mesures prises par Ouyahia et de ses discours comme d’une «menace pour la sécurité et la stabilité du pays». C'est l'estocade de plus depuis le début de l'automne ! Et Ahmed Ouyahia n’a jamais voulu commenter ce mystérieux communiqué.

Dans le dossier des constructeurs automobiles, le premier ministre a dû faire marche arrière en "différant" la mise en application de sa décision de limiter à dix le nombre des acteurs économiques autorisés à opérer dans la filière de l’industrie automobile. "On ne va pas refaire comme avec les minoteries", avait-il pourtant déclaré, avant que la présidence lui ordonne de suspendre sa décision.

Dans le dossier épineux des 1000 produits à ne plus importer par l’Algérie, Ahmed Ouyahia se voit contraint là encore à revoir sa copie. On parle d’une suspension de l’application de la directive gouvernementale.

Maintenant, c’est au tour du dossier de la privatisation des entreprises publiques de capoter, après que le Premier ministre ait reçu, toujours par communiqué de presse, des instructions de la part du président, lui imposant de laisser ce dossier, entre ses mains, outrepassant ses prérogatives et créant un conflit d’intérêt certain ! Pire le communiqué remet en cause l’intégrité du chef du gouvernement en parlant à demi-mots de manque de transparence, d’équité et d’efficacité. "La décision est un acte politique visant, selon une source autorisée, à apporter un surcroît de transparence, d’équité et d’efficience de ce partenariat public-privé, souvent sujet à des suspicions et d'interprétations abusives l’assimilant à un bradage du patrimoine public", rapportait hier une dépêche APS. Une source autorisée que la très officielle APS est sans doute la seule à refuser de identifier. 

Pourquoi diable un président de la République, désavouerait publiquement et par communiqué de presse, son premier ministre si ce n’est dans le but de lui nuire ? Ouyahia ne clame-t-il pas sur tous les toits qu'il ne fait qu'appliquer le programme du président ?

Quand bien même, Ahmed Ouyahia dévierait du programme tracé par le président, il aurait été plus opportun de le convoquer pour un tête-à-tête et le recadrer s’il cela s’avère nécessaire, loin de toutes diatribes médiatiques. C'est au Premier ministre d'annoncer par la suite le changement de cap, en expliquant la décision du président.

Ce qui fait croire que Bouteflika et son entourage ont bien voulu laisser filtrer volontairement ses remontrances, pour d'un côté créer l'illusion d'un président au fait de tous les dossiers, autoritaire et garant du bon déroulement du processus de privatisation des 1200 entreprises nationales, et d'un autre côté, présenter Ahmed Ouyahia, comme un homme qui ne peut garantir le déroulement d'une telle opération dans la transparence, lui l'allié des oligarques et des militaires.

Cette manière humiliante de procéder rappelle le désaveu qu’a subi Tebboune en public de la part du président et de son frère cadet Saïd, avant d’être sèchement licencié en lui collant une étiquette de "traître" ayant négocié en secret avec des puissances étrangères dans une chambre d’un hôtel parisien et en Moldavie ! 

Abdelaziz Bouteflika et son entourage, qui ne comptent nullement céder le pouvoir, continuent à louvoyer usant de subterfuges et de malices qui ont fait d’eux, le clan qui a trôné le plus longtemps sur les rênes du pays.

À moins que la nature où les militaires en décident autrement, le président actuel sera reconduit de nouveau en 2019, et Ouyahia sera, lui, enterré politiquement, comme le furent avant lui Benbitour, Benflis, Belkhadem, Sellal, et Abdelmadjid Tebboune.

Auteur
Hebib Khalil