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REGARD

Le 22 février 2019 le peuple retisse le lien avec le 5 juillet 62

Ces deux dates symbolisent la grandeur d’un peuple qui ne peut se résoudre à l’idée que ses enfants passent de la noble période de la libération du pays à l’oubli des idéaux pour lesquels ils et elles, ont sacrifié leur vie.

Les banderoles, les photos des dirigeants historiques brandies dans les manifestations ainsi que la présence physique des combattants à l’exemple de Djamila Bouhired, témoignent d’une soif de renouer avec une séquence fondatrice de l’histoire de cette Algérie qui a joué un rôle dans l’effondrement du système colonial mondial.

5 juillet 62, le pays fait son entrée à l’ONU sous un tonnerre d’applaudissements des délégués du monde entier. Ce jour-là, le pays, le peuple a eu la peau des prédateurs, ceux d’un colonialisme qui a bafoué sa dignité et occupé son territoire. Ce jour-là, le peuple renouant avec son histoire espérait que plus jamais il ne serait entravé dans sa marche.

Des marches en ces jours de juillet 62, le peuple en a battu ô combien le pavé, envahi par l’euphorie et le sourire retrouvé alors que l’ALN défilait sous les applaudissements des foules bigarrées et mixtes. Hélas, la conquête de l’espace public fut de courte durée quand l’armée des frontières et celle de l’intérieur se mirent à se disputer el koursi du pouvoir dans la capitale. Ces tristes jours où des frères d’armes se sont affrontés avaient engendré le mot d’ordre ‘’un seul héros, le peuple’’ devenu légendaire mais hélas ne mit pas fin aux batailles entre combattants ayant tenus les mêmes tranchées de la même cause.

Renouer avec l’Histoire, se réapproprier l’espace public sans être fauché par la mitraille comme en 1988 et 2001, voilà la bonne et inattendue nouvelle qui frappa le cœur battant du peuple en ce jour du 22 février de l’An 2019. Des jeunes et des moins jeunes, des femmes et des hommes lassés de voir le bateau Algérie sans vaillant et visible capitaine, brisa le mur de la peur pour afficher son droit à ne plus supporter l’insupportable. L’insupportable, ce sont ses enfants qui brûlent leur vie dans l’eau de cette méditerranée jadis jardin antique d’Homère transformée de nos jours en frontière de la mort.

L’insupportable, c’est le silence méprisant qui provenait des Palais sourds aux bouillonnements d’une société excédée par un théâtre burlesque qui livra le pays à la risée du monde. Souvent ces Palais derrière leurs murs, festoyant à l’abri des regards, perdent le sens des réalités (c’est Ibn Khaldoun qui l’avait analysé) et quand ils se réveillent, ils ne peuvent pas réagir, handicapés par leur rupture avec le réel. C’est ainsi que l’histoire eut droit à la célèbre réaction mais néanmoins apocryphe de Marie Antoinette reine de France ‘’s’ils ont faim de pain, donnez-leur des brioches’’.  Les Palais de chez nous n’avaient pas de soucis ayant cru que l’entreprise d’infantilisation de la société avait atteint son objectif.

En cas de remu ménages, ils pensaient, comme à leur habitude, calmer le jeu avec des propos mielleux portant sur des promesses accompagnées de quelques miettes financées au besoin par la planche à billets. Ils ont oublié que le peuple a une fière idée de lui et un respect scrupuleux de son histoire.

Le 22 février, il prit d’assaut non les supermarchés mais la rue, l’espace public où se décide et se joue le devenir des pays. Le peuple avait compris la nécessité de combler l’espace/temps qui le séparait du 5 juillet 62 non en remontant le temps mais en se projetant dans l’avenir en imitant le courage et l’intelligence politique des 22 dirigeants de la révolution qui allumèrent le feu contre le colonialisme. Et ce formidable saut, alimenté par le souffle d’un certain 1 novembre 54, avait pour destination la planète dénommée ‘’Djazaïr, Algérie houra démocratia’’.

Comme après le congrès de la Soummam, le chemin est encore long et parsemé de difficultés pour arriver à bon port. Une transition est nécessaire pour consolider les fondations de la nouvelle planète/Algérie.

Pour cela, il faut éviter les pièges, contourner les obstacles, tâtonner avant de trouver le bon rythme, aider les sceptiques, calmer les impatients. Et cette tâche titanesque ne fait pas peur à cette jeunesse animée d’un violent désir de participer à une aventure belle comme la poésie et l’humour des mots d’ordres des manifestants.

A propos de ces mots d’ordre, j’avais écrit ici même, il suffit de saisir ce qu’il y a derrière les mots d’ordre et leur humour pour élaborer un programme de la transition (1). J’avais aussi signalé que les zaïms et autre Bonaparte pouvait surgir durant une période de transition.

Si le 22 février a réussi à faire partir un président censé être ‘’indéboulonnable’’, il sera à l’évidence plus facile de donner congé à un ‘’intérimaire’’ en ce jour du 9 avril. Lequel intérimaire ne possède aucun contrat pour prétendre diriger au nom d’une constitution dont il a cautionné la violation du haut de son perchoir du Conseil de la Nation.

Je terminerai par une maladie particulière au régime de dictature. Ladite maladie transforme le dictateur en personnage de fiction. Coupé de toute réalité dans sa tour d’ivoire, il ne voit et n’entend pas la colère du peuple. Quand le crépuscule de fin de règne frappe aux portes de son palais, il ne supporte pas le spectacle Son et Lumière du peuple dans les rues qui perturbait le calme de sa résidence. Il sortit dans son balcon et, imitant les César de la Rome antique, il ordonna à sa garde prétorienne de faire entrer cette plèbe (3) dans ses taudis.

Une immense clameur de rires répondit au dictateur qui ne comprenait toujours pas que son divorce avec la réalité l’avait métamorphosé en personnage de fiction.

Ali Akika, cinéaste

Renvois

(1)  L’intelligence, la finesse et l’humour des mots d’ordre facilitent la rédaction des objectifs à réaliser durant la période de transition (article la transition, un seul mot d’ordre’’ dans le Matin du 21 mars 2019.)

 Pour ceux qui penseraient que j’ai repris cette idée de Tabou, homme politique dans sa déclaration du 31 mars, je signale que ladite phrase est écrite noir sur blanc dans le Matin d’Algérie du 21 mars.

(2)  Plèbe dans l’antiquité, la société était divisé entre les gens d’en haut et d’en bas, l’aristocratie et la plèbe, les pauvres, les exploités de nos jours. L’idée de haut et de bas se retrouve dans la Bible, comme quoi !!!!

Auteur
Ali Akika, cinéaste
 

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