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TRIBUNE

Le compromis au lieu du consensus en Algérie

Certains se désolent, d’autres s’invectivent par tribunes interposées sur les réseaux sociaux (la partie visible de l’iceberg des combats réels et profonds qui traversent la société algérienne dans sa diversité).

Ce n’est pas un mal en soi, si on fait preuve davantage de mesure, d’éthique politique et de sérénité dans nos débats, en pointant des doigts nos divergences mais en laissant également la porte ouverte aux jonctions futures entre les différents antagonistes. 

Chacun doit s’astreindre à un devoir d’inventaire et un travail d’autocritique, conditions indispensables, pour œuvrer à l’émergence d’un processus de transition impliquant tous les acteurs, y compris le système (Vérité sur les tous les événements qui ont jalonné l’histoire de notre pays, débat ouvert à toute la société pour décider du débouché politique de ces vérités, enfin révélées, comme en Afrique du Sud avec leur CVR, Commission Vérité et Réconciliation…)

Certes cette révolution, par crainte d’être dévoyée, s’est immunisée de toute velléité verticale dans son organisation en instaurant une horizontalité de fait, dans une aspiration à davantage de démocratie et de mainmise sur les événements.

Mais paradoxalement, cette logique privilégie davantage la recherche de consensus et l’évitement du conflit avec les conséquences qu’on est en train de vivre en ce moment, au-delà de toutes les tentatives de contre-révolution déployées par le régime autoritaire via ses satellites et autres fossoyeurs de cette espérance historique. 

Devoir de lucidité

Nous ne pouvons pas disqualifier d’office ceux qui peuvent avoir peur, à tort ou à raison, des velléités hégémoniques des islamistes, pourvu qu’ils n’utilisent pas cette peur pour des desseins inavoués et/ou au service des officines de régime autoritaire, réactivées pour faire avorter cette révolution du sourire. 

Les courants conservateurs et islamistes doivent cesser le jeu de la duplicité et s’engager sur les principes démocratiques en renonçant à la violence et leur rhétorique qui réduit tout aux élections libres et honnêtes. Celles-là seront l’aboutissement d’un long processus avec plusieurs étapes à construire ensemble. 

Le courant démocratique gagnerait en profondeur et en cohérence s’il accepte de sortir des déclarations de principe et du jeu des postures. Son élite doit faire écho aux aspirations qui jaillissent des tréfonds de la société et œuvrer sans cesse à l’émergence de nouvelles formes de lutte, à l’animation, en son sein, d’un débat politique sérieux, sincère et sans calculs étroits et partisans. Comment bien articuler ce besoin vital d’horizontalité (débats participatifs, expression de tous les avis et besoin d’agir localement…)  et l’aspect vertical d’une démocratie représentative… les partis politiques ont tout à gagner s’ils ne veulent pas se couper irrémédiablement de la base. 

Devoir de pédagogie

Renouer avec la vision conflictuelle de la démocratie grâce à la pédagogie politique, sous peine de glisser sur le terrain de la morale et de faire des adversaires politiques des ennemis irréconciliables. Se méfier de l’idée post-politique qui nie l’adversité politique en la transformant en une autre adversité décrites en termes moraux et essentialiste (religieux ou autres…).  L’exemple de la résurgence des courants populistes avec une dérive autoritaire dans plusieurs pays au monde, en est l’illustration parfaite de cette nouvelle forme de «démocratie illibérale », concept forgé par le politologue américain Fareed Zakaria 

Réhabiliter la politique et le politique dans cette insurrection citoyenne pour transformer les ennemis d'hier en adversaires politiques, prenant des engagements publics, clairs et sans aucune ambiguïté sur les principes démocratiques. 

Devoir d'espérance

Il est vain et illusoire de rechercher un consensus, qui est par principe, impossible en politique. C’est une vision néolibérale de la démocratie sans affect et sans conflit ni affirmation des singularités.  

En revanche, Il est plus fertile et prometteur de privilégier les démarches collectives issues des diverses dynamiques de cette révolution et s’éloigner, fermement, des discours et postures populistes afin de donner la chance à l’émergence d’un compromis politique historique. 

Ce compromis sera la première fondation de l’édifice démocratique d’une Algérie libre, plurielle dans le cadre d’un Etat de Droit, décentralisé et au service d’une société de citoyennes et de citoyens. 

 

Auteur
Ahcène Oumeddah